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Ingrid Hoarau, 33 ans, diplômée d’un Master 2 en japonais


Tombée amoureuse du pays du soleil levant, Ingrid est partie vivre à Tokyo dès son diplôme de japonais en poche. De retour à Paris depuis la fin de son stage linguistique, elle est actuellement à la recherche d’un emploi en accord avec sa passion pour le Japon.


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Ingrid Hoarau
A Nishi-Shinjuku, devant la tour HAL (en forme de plume), dernière création de la société d’architectes de Kenzo Tange, Tange Associates.

D’où êtes-vous à la Réunion ?

Ma famille est originaire des Avirons mais mon père a souvent déménagé pour son travail. Issue de la classe moyenne, je n’ai jamais eu droit à aucune bourse. J’ai donc travaillé pour financer mes études et j’ai pu effectuer mon stage linguistique grâce aux économies de mes parents.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours d’études ?

Après un bac scientifique au Lycée Georges Brassens de Moufia, j’ai suivi des études d’Arts plastiques à l’Université Rennes II Haute-Bretagne. Désirant travailler dans le cinéma d’animation, j’ai tenté le concours de l’école des Gobelins, la seule école financièrement abordable. Le concours est très sélectif : seules 25 personnes sont reçues sur plus de 700 candidats. Ayant échoué, j’ai décidé de faire des études de japonais après mon DEUG d’arts plastiques. Tout en travaillant à temps plein comme adjoint administratif, je suivais les cours du soir à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) à Paris. J’ai obtenu mon Master 2 de japonais en 2007. Pour finaliser mes études, j’ai pris un congé sans solde pour pouvoir suivre un stage linguistique à Tôkyô au Japon.

Racontez-nous vos débuts au pays du soleil levant.

Bien que mon master fraîchement en poche, mon accent n’était pas très bon alors les Japonais avaient du mal à me comprendre. Je m’exprimais donc souvent en anglais le premier mois de mon séjour. Communiquer dans une langue étrangère pour les deux interlocuteurs est pratique : on parle plus lentement et on utilise un vocabulaire limité... Comparé à Paris, j’ai trouvé Tôkyô gigantesque mais, comme j’aime me promener à pieds, la ville m’a parue bien plus abordable car les rues sont tracées un peu comme à la Réunion : des parallèles et des perpendiculaires. De plus, les Japonais sont prévenants envers les étrangers. Dès que l’un d’eux me voyait dans l’embarras, il n’hésitait pas à m’aborder pour m’aider. Et ils étaient ravis lorsque je m’exprimais dans leur langue, même si je faisais des fautes.

Et ensuite ?

En vivant au Japon, je me suis rendue compte que l’image extérieure de ce peuple était totalement tronquée. Il y a beaucoup de préjugés sur ce pays. On dit que le Japon est fermé mais à Tôkyô, il y a beaucoup d’étrangers, aussi bien touristes que résidents, et les autorités font en sorte de faciliter leur intégration. Toutes les informations importantes sont bilingues. Par exemple, dans le métro, les annonces sont en japonais et en anglais, les noms des gares sur les panneaux sont écrits en româji (caractères romains), l’affichage des distributeurs de billets ou de tickets de métro peut se faire en anglais, les lieux touristiques ont des fascicules en plusieurs langues. Même chez le médecin, à la sécurité sociale ou à l’agence pour l’emploi, il y a des questionnaires et des fascicules en anglais. Dans les magasins également, on trouve facilement des employés parlant la langue de Shakespeare... Autre cliché : les Japonais travaillent tout le temps. C’est vrai, mais il faut savoir qu’il y a au moins un jour férié par mois environ. Les "ponts" sont automatiquement attribués. Cela donne donc deux périodes de vacances pour tous : la golden week, début mai qui dure souvent entre une semaine et demie et deux semaines, et la fête de nouvel an qui dure trois jours.

Parlez-nous de la cuisine japonaise.

Je me suis régalée car bien que les plats et les goûts soient différents, on retrouve beaucoup d’ingrédients de la Réunion. Par exemple, la margose qui se trouve dans les plats typiques d’Okinawa ou que l’on peut manger dans les salades composées, les tsukemono (légumes salés conservés dans la saumure) qui ressemblent un peu aux achards, le curry rice, une sorte de ragoût avec une sauce au curry servi sur du riz blanc, les yakisoba qui font penser au sauté de mines... Je pense que les Réunionnais apprécieraient beaucoup la cuisine japonaise !

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Réunionnaise au Japon
A Mitaka, sous les cerisiers qui commencent timidement à fleurir.

Que vous apporte cette expérience de mobilité ?

Une grande ouverture d’esprit et un caractère plus fort et autonome. Je crois que je suis faite pour bouger. Je n’ai jamais eu de problèmes d’adaptation, ni en Métropole, ni au Japon. Je n’hésite pas à demander quand je ne sais pas quelque chose, ayant pour principe que je suis une étrangère venue apprendre... Par exemple, en France, comme je ne savais pas comment utiliser le métro ou le train la première fois que je les ai pris, je n’ai pas hésité à demander aux vendeurs en prenant mes tickets. Paris m’a paru impressionnante, comparée à Saint-Denis ! Mais après l’avoir parcourue à pieds, je me suis rendue compte que ce n’était pas si grand. Par la promenade, j’apprends à apprécier la ville. Aujourd’hui de retour en région parisienne, je découvre des coins charmants qui ne sont pas forcément présentés dans les guides touristiques.

Quels sont vos projets ?

Je n’ai pas trouvé d’emploi pour l’instant avec la crise économique. Même dans l’administration, avec les restructurations qui touchent l’emploi public, je suis toujours en attente d’un poste depuis quelques mois... Tout d’abord, je vais tenter le Test d’aptitude de japonais de niveau 1. C’est un diplôme reconnu internationalement. J’ai obtenu le niveau 2 au Japon durant mon stage : c’est suffisant pour travailler à l’étranger mais pour les métiers de la traduction par exemple, le niveau supérieur est recommandé. J’aimerais travailler dans un domaine faisant appel à mes compétences en langues mais je ne m’arrête pas à un métier précis, j’irai là où le travail me mènera !

Avec le recul, quel est votre regard sur le Japon ?

C’est un pays magnifique. Il y a une richesse culturelle et historique que l’on peut côtoyer au quotidien, durant les fêtes religieuses, en visitant des sanctuaires, des musées... Mon domaine d’étude étant l’ethnologie et le folklore du Japon, j’ai profité de mon séjour pour améliorer mes connaissances. Tôkyô est composé de différents quartiers qui ont chacun leur caractère, leur spécificité. Contrairement à la majorité des touristes qui adorent le quartier de la mode, Shibuya, ou le quartier de l’électronique Akihabara, je préférais plutôt les quartiers populaires comme Shinjuku et Ikebukuro où les « salary men » (employés de bureau) font la tournée des bars le soir après leur journée de travail. On trouve peu de bâtiments abandonnés, ils sont souvent immédiatement détruits et remplacés. Comme il y a des policiers de quartier, on a un fort sentiment de sécurité qui se dégage. De grands parcs aèrent la ville, et au printemps et en été, les employés de bureau viennent y manger leur bentô (panier repas) en regardant les fleurs.

Et sur les Japonais ?

Les Japonais sont affables, courtois, mais ils conservent une certaine réserve vis-à-vis d’autrui car il est impoli d’imposer ses sentiments aux autres. On peut trouver cela hypocrite d’un point de vue occidental mais quand on sait que, dans leur culture, il faut éviter de blesser autrui, de le mettre dans l’embarras ou bien de le forcer à être redevable par une obligation, on arrive à mieux comprendre les subtilités de la langue japonaises.

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

La majorité des Japonais ne connaissent pas la Réunion. Certains ne savent même pas que la France possède des territoires outre-mer. Par contre, une grande partie des Japonais ayant étudié le français connaissent au moins le nom de notre île, quelques uns arrivent même à mieux la situer que certains français... En effet, j’ai constaté que beaucoup de métropolitains confondent notre île avec les Antilles.

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Ingrid Hoarau
A Shinjuku, le maneki neko lève la patte pour attirer l’argent devant un stand de loterie.

Que pensez-vous de la situation socio-économique de l’île ?

La Réunion a beaucoup d’atouts qu’elle n’exploite pas ou peu. Par exemple, pour le tourisme, la communication est faite sur le même plan que les îles voisines et concurrentes : plages, soleil, tropiques. Hors ce n’est pas cela qui fait le caractère de la Réunion. Ce qui surprend les étrangers et même les métropolitains quand je présente mon pays, c’est l’harmonie de la société multiculturelle, la cohabitation des différentes ethnies qui ont conservé leurs rites religieux. Les événements historiques qui ont constitué notre île, les musées, les monuments sont peu mis en avant. De même, l’île possède des paysages formidables, presque encore sauvages que l’on peut découvrir lors des randonnées.

Que faudrait-il faire selon vous ?

Pour accueillir une clientèle étrangère, il faudrait qu’un effort immense soit fourni pour proposer un accueil parfait bilingue ou trilingue et une prestation impeccable. Le problème de la Réunion, et qui se retrouve en métropole, c’est que l’on considère le touriste comme un "usager". Par exemple, dans les restaurants, le serveur n’hésite pas à demander aux "clients" de se dépêcher car l’heure de fermeture approche et il expédie son service à la va-vite. Ce comportement est impensable face à une clientèle asiatique. L’expression : "le client est roi" prend tout son sens au Japon, les employés sont au service du client. Quand un restaurant doit fermer, on prévient le client en s’excusant d’avance mais on lui fait son service normalement, quitte à déborder sur l’heure de fermeture. Autre exemple à la Poste, où les files s’éternisent alors que la moitié des guichets seulement sont ouverts : au Japon, n’importe quel employé qui travaille dans les bureaux en arrière, même le chef de bureau, prendra quelques instants le guichet vacant pour s’occuper des clients.

Il s’agit donc d’une question de service et de qualité de service.

Tant que ce comportement ne changera pas, l’accueil naturellement chaleureux des Réunionnais ne suffira pas à faire venir les touristes. Il ne faut pas oublier que notre île est éloignée, plutôt isolée et qu’après avoir payé un billet d’avion hors de prix et des chambres d’hôtel assez onéreuses, le touriste est en droit de s’attendre à des services mettant en avant son confort, et le conseillant au mieux, l’accompagnant dans ses démarches s’il le faut comme le pratiquent si bien l’île Maurice et les Seychelles (chauffeur, aide à la location, à la réservation d’activité, mise en relation avec des guides...). Depuis que la Réunion revendique sa propre culture, elle a tendance à se refermer sur elle-même. Il faudrait que les programmes d’activités culturelles soient présentés dans les hôtels et les aéroports, avec les concerts, pièces de théâtre, fêtes religieuses, shopping, artisanat... Il n’y a pas que la plage et le sport !

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Réunionnais ?

Il ne faut pas hésiter à quitter son nid. On acquiert une richesse culturelle et une ouverture d’esprit qui permet de s’épanouir dans la vie. De même, on apprend à être plus humble vis à vis de soi et d’autrui. Si les moyens manquent, il faut prendre son temps. Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses objectifs.

Que pensez-vous du site www.reunionnaisdumonde.com ?

Le site Réunionnais du monde est très intéressant et mérite d’être connu des non îliens.

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