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Le vivre ensemble multiculturel réunionnais : héritage et projet de société


Contribution de l’association Amarres à l’atelier 8 des Etats Généraux de l’Outre-mer : Identité, culture et mémoire à la Réunion.


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association Amarres

Contexte

La société réunionnaise est multiculturelle. Dans sa définition la plus basique, la multi- culturalité correspond à la coexistence, au sein d’un mÍme ensemble sociopolitique, de plusieurs segments de population se différenciant par la pratique d’une religion autre que celle du groupe majoritaire, ou encore par la référence à une filiation historique ou à une identité culturelle spécifique. Affirmer qu’elle est multiculturelle ne signifie en aucun cas qu’elle est parfaite. Les tensions et les inégalités entre les milieux culturels sont bien réelles ; l’organisation socio-raciale inégalitaire héritée du système colonial s’imbrique aujourd’hui à un contexte socio-économique dans lequel, les inégalités sociales, les écarts entre les classes ne cessent de se creuser. Un contexte qui appelle des solutions politiques, sociales et économiques adaptées.

Certains auteurs dénoncent une multiculturalité réunionnaise "phantasmée" et mythifiée. Et quand bien même le serait-elle en partie, en quoi l’existence de ce rêve collectif, de cet idéal pose-t-elle problème ? N’est ce pas là un mythe fondateur comme dans toute société ? En quoi serait-il plus critiquable ou moins acceptable qu’un autre ? L’important est qu’il fasse société, qu’il fédère, qu’il génère des valeurs communes, qu’il fasse rêver et agir nos enfants.

Cette situation multiculturelle est l’un des héritages que nous leur laissons. Nous avons inventé, au fil des migrations et dans un cadre politique français républicain "exotique", recodé dans une réalité insulaire éloignée, dans un contexte particulier, une manière bien spécifique de vivre ensemble, mais aussi de regarder le monde, de parler, de rêver, d’aimer et de détester, de rire, de souffrir, de manger et de boire… en d’autre termes, une culture commune. Là réside la créolisation. Et créoles, nous le sommes tous au sens anthropologique du terme, parce que nous partageons tous, quels que soient notre couleur de peau, nos origines, cette culture faite d’entre-croisements de nos différentes cultures. Mais aussi parce que, et c’est l’autre versant de la créolisation, nous nous revendiquons du pays de ces ancêtres plus ou moins identifiés, plus ou moins rêvés, Européens, Africains, Malgaches, Indiens, Chinois, Indochinois, Mahorais, etc. Et, paradoxalement, cette revendication nous permet de mieux nous ancrer sur le sol réunionnais… C’est bien là que se trouve notre richesse, dans cette façon si particulière de vivre ensemble, en créant des ponts entre nos différences, mais aussi entre l’Ici et l’Ailleurs. C’est dans cette configuration que se déploie la multi-culturalité réunionnaise, entre création et entretien d’un "en-commun" d’une part, expression et maintien de diversité d’autre part.

Vers une (ré-)appropriation collective de l’ héritage

Pour avancer aujourd’hui, pour construire ensemble la société demain, il faut qu’il y ait réappropriation collective de cet héritage. Nous pensons que cela est aussi important que les mesures socio-économiques visant à réduire le chômage et les inégalités sociales. Nos enfants doivent savoir d’où ils viennent, ils doivent connaître leur histoire en lien avec celle de tous les pays d’où sont partis les premiers mouvements diasporiques (France et Europe mais aussi Afrique, Asie etc.) à l’époque de la colonisation. Il est important qu’ils comprennent, à partir de matériaux pédagogiques tirés de la littérature par exemple mais aussi des travaux socio-anthropologiques, ce que l’on ose appeler le "miracle" de la créolisation. Il nous semble indispensable d’intégrer ces aspects dans les programmes scolaires, en enrichissant l’approche historique par l’approche anthropologique : comment cette histoire a-t-elle façonné notre regard sur le monde, nos rapports aux autres et nous-mêmes ? Comment se sont entrecroisées les cultures que nous portons en nous ? Comment ont-elles évolué ? Etc. Nous devons être fiers et forts de cela, tout comme de notre langue, vecteur privilégié de notre culture. Nous pensons également que l’intégration de certains aspects de nos histoires, à nous, Réunionnais, Antillais, Français d’origine maghrébine etc. dans les programmes scolaires français contribuerait certainement à la construction d’un espace commun plus important… il y a aujourd’hui, en France continentale, une prise de conscience de la nécessité de prendre en compte dans les programmes, l’ensemble de ces histoires, qui sont partie intégrante de l’histoire de la France, mais nous n’en sommes qu’au début.

D’une manière générale, sur le plan de l’éducation et de la formation, les dispositifs visant à la réappropriation des savoir-faire inscrits dans la culture sont importants. Nous pensons à l’artisanat mais aussi à la cuisine. Sur ce dernier aspect, les enjeux ne sont pas uniquement culturels, ils sont aussi d’ordre sanitaire. Il est important qu’une société organise son alimentation, en cohérence avec ses systèmes de valeurs et sa culture. Les pathologies alimentaires, tels que le diabète ou l’obéité sont souvent adossées à la fragilisation des modèles alimentaires et à une situation anomique dans ce domaine. Toute tentative en matière de santé publique qui ne prend pas en compte les dimensions culturelles de l’alimentation est vouée à l’échec.

Valorisation des productions artistiques endogènes …pour ne pas être envahis par l’imaginaire des autres.

Autres vecteurs d’appropriation de la culture, les musées. Ceux existants sur l’île jouent ce rôle de sauvegarde et de mise en contact de la population avec son patrimoine culturel. Ils permettent aussi une meilleure connaissance extérieure de ce patrimoine, à travers les visites touristiques. Il est important dans ce domaine de laisser aussi une place à la culture vivante, avec ses mouvements, ses transformations, en prenant garde à ne pas la mettre "sous cloche". C’est un travail difficile, qui nécessite une grande objectivité dans l’organisation du discours muséographique, dans la mise en scène et la communication de notre histoire, mais aussi une certaine ouverture sur la population, sur la vie sociale. Sur ce point, la future Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise est une initiative prometteuse. Le musée peut aussi constituer une ressource supplémentaire pour l’imaginaire collectif. Ce qui nous amène à déplorer la faible production filmographique à La Réunion. La réappropriation culturelle passe aussi par celle de l’imaginaire, avec sa mythologie, ses contes, ses légendes mais aussi la mise en scène de la société, passée et présente, des grandes questions mais aussi des phantasmes qui l’animent. Nous sommes envahis par l’imaginaire des autres…

Le rôle fondamental de la recherche

Il nous semble évident que, pour tous les points abordés, le domaine de la recherche constitue un levier d’action primordial. Une recherche au service des acteurs sociaux et politiques, non pas au sens où elle serait inféodée, mais inscrite dans une réalité sociétale, avec ses questionnements, ses besoins, ses urgences… Tout cela appelle à davantage de financements locaux et nationaux. Mais également à une meilleure connaissance des problématiques locales lorsque les financements sont nationaux. Trop souvent encore, les projets de recherche sur les DOM et les COM évalués dans l’hexagone ne le sont pas à leur juste valeur et font "sourire"… car connotés "recherches cocotiers". Ce thème de la recherche amène à s’interroger sur l’absence de département de sociologie, de psychologie, de philosophie… à l’université de La Réunion. Comment est-ce possible dans le contexte et face aux enjeux sociaux et sociétaux actuels ? Les Réunionnais titulaires d’un doctorat dans ces disciplines désireux d’intégrer l’université réunionnaise doivent bien souvent se contenter d’un statut précaire tant sur le plan institutionnel que matériel (cela n’est pas d’ailleurs propre aux chercheurs en sciences humaines). D’autres deviennent chercheurs en France continentale ou ailleurs, d’où ils tentent tant bien que mal, parfois dans une situation quasi schizoïde, de travailler sur leur société d’origine. Souvent d’ailleurs, sous le regard amusé de leurs collègues métropolitains pour lesquels les "sociétés créoles" ou les sujets relatifs aux "outre-mer" restent des sujets mineurs, voire anecdotiques. Nous aurions intérêt à développer les échanges, en matière de recherche mais aussi plus généralement, avec à la fois d’autres sociétés créoles (outre les Antilles au Brésil par exemple), mais aussi des sociétés-matrices sur le plan culturel comme l’Inde, l’Afrique, d’autres pays d’Europe. Des échanges existent déjà dans l’univers marchand ou dans le cadre de voyages affinitaire-diasporiques. Ils peuvent se développer davantage autour de réflexions et de recherches communes.

La créolisation comme mode de gestion culturel de la différence

En tant que Réunionnais vivant en France métropolitaine depuis plus de dix ans, nous portons un regard particulier sur certains débats relatifs aux revendications identitaires. Les revendications pour une reconnaissance identitaire et culturelle constituent des enjeux importants pour l’hexagone, comme pour de nombreuses sociétés modernes au sein desquelles la question du "vivre ensemble", en dépit et avec les différences, se pose avec force. Jusqu’à présent, la réponse apportée en matière de gestion de la diversité a consisté pour l’essentiel à "diluer" la notion de différence dans celle d’égalité, portée par l’idéal démocratique républicain. Face aux réticences à "ethniciser", le discours dominant en France reste celui de la fonction "intégrative" de l’Etat et du modèle assimilationniste républicain ; le multiculturalisme en tant que dispositif politique de gestion de la multiculturalité est encore perçu comme un ferment de décomposition de l’Etat-nation et d’atteinte à l’idéal égalitaire.

Nous partageons l’idéal républicain dans ses fondements et avec lui, l’histoire de la France qui est aussi la nôtre, bien évidemment. Mais en tant que Réunionnais, nous savons aussi qu’ils ne sont pas forcément contradictoires avec l’expression des différences dans l’espace public et la construction d’un "en-commun". Les dynamiques à l’œuvre dans le processus de la créolisation constituent finalement un mode de gestion culturel de la différence. En tant que Réunionnais et Français, nous nous demandons comment l’expérience réunionnaise pourrait contribuer à la réflexion sur ces questions qui agitent l’hexagone. Nous avons l’expérience de la diversité au quotidien, dans nos familles, à l’école, dans les lieux publics. La diversité est présente dans les phénotypes, les religions, leurs signes extérieurs, les interdits (nous pensons notamment à la prise en compte des spécificités religieuses dans les cantines scolaires) et elle ne nous empêche pas de vivre ensemble, tout en étant français. Nous savons que ces symboles sont importants, qu’ils conditionnent aussi le vivre ensemble. Ne pourrions-nous pas contribuer à construire un nouveau regard sur cette société française, multiculturelle, qui semble se refuser comme telle ? ou qui ne sait pas (encore) se penser comme telle…

Une contribution de l’association Amarres

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