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Emma, 22 ans, étudiante à Science Po à Aix en Provence


Arrivée à la Réunion à l’âge de trois ans, elle a vécu au Tampon puis suivi une classe prépa au lycée Leconte de Lisle... avant d’attraper le virus du voyage qui ne l’a plus quitté depuis.


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Racontez-nous votre parcours.

Je suis née en Métropole et j’avais trois ans lorsque je suis arrivée à la Réunion. J’ai grandi au Tampon. Après mon bac, j’ai fait deux ans de classe préparatoire à Saint-Denis. Après ces deux années à étudier intensément, j’ai eu besoin de bouger. J’avais l’impression d’être un poisson qui tourne en rond dans un bocal. J’avais besoin de partir, de voyager. On nous parle de tas de choses à la télévision, on lit énormément dans les livres, dans les journaux, on nous apprend des valeurs à l’école… J’avais envie de vivre tout ça plutôt que de les entendre ou de les voir.

Qu’avez-vous fait ?

J’ai cherché des moyens d’avoir des sous pour partir, et je me suis rappelée d’une affiche que j’avais vue sur un mur du lycée, pour des bourses de voyage Zellidja. Ca a été le déclic : j’ai fait un dossier, ils m’ont retenue. Depuis, je n’ai pas arrêté de bouger : un mois et demi en Europe Centrale, un an à Aix en Provence, deux mois à Cuba, un an à Istanbul, deux mois à traverser les Balkans…

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette bourse de voyage ?

Pour expliquer brièvement le principe de la bourse : il faut avoir entre 16 et 20 ans, partir tout seul (n’importe où) pour une durée d’un mois minimum, avoir un projet d’étude qui organise et structure le voyage. J’ai fait mon projet sur l’Europe, parce que les dimensions historiques et identitaires de l’Union Européenne m’intéressaient. Depuis la Réunion, on en fait partie, même en étant à l’autre bout du monde... Qu’y a-t’il de commun entre un Portugais et un Finnois, entre nous et des Tchèques ? Comment peut on construire quelque chose ensemble, et quel sens ça a ?

Quel a été votre parcours ?

J’ai fait mon projet sur le rideau de fer. Durant l’été 2006, j’ai longé ce qu’il restait de l’ancienne frontière, de l’Allemagne jusqu’à l’Italie, pour voir ce qu’il en restait : matériellement d’abord (quelles traces de cette ancienne frontière ?) et moralement : comment les gens ont vécu cette période de séparation ? Chaque côté de cette ligne était le bout du monde d’un univers, qu’il soit communiste ou occidental, et s’est retrouvé au début des années 1990 catapulté au coeur d’une nouvelle entité : l’Europe ! Comment gère t’on le rapport à ses voisins, comment vit on les différences, comment pense t’on l’Europe, est ce que, au final, l’identité européenne a un sens ?

Et ensuite ?

Je suis entrée à Science Po, à Aix en Provence. Je me rappelle de cette arrivée comme quelque chose d’assez étrange. Pour le coup, j’avais passé l’été dans des pays complètement différents, où je n’avais pas de repères linguistiques ni culturels, et je pensais à mon retour en France me sentir plus "chez moi" : faux ! J’ai presque vécu mon arrivée en France comme j’ai vécu mon passage par des pays étrangers : il fallait à nouveau s’adapter, et prendre des repères, même si pour des raisons évidentes, c’était plus facile qu’ailleurs. C’est à ce moment là je crois, que je me suis rendue compte que j’étais, que je suis Réunionnaise avant d’être Française. A partir du moment où l’on sait d’où on vient, on s’adapte partout.

Quels sont vos projets ?

Continuer à courir le monde ! J’ai attrapé le virus du voyage et de la découverte. J’aimerais partir quelques temps, prendre la route et le temps d’apprendre différemment. Au niveau professionnel, je ne sais pas encore. Je suis maintenant en quatrième année à Sciences Po, dans une section qui nous pousse vers la recherche (en anthropologie, sociologie, politique comparée, ce genre de matières). Vu la situation actuelle de la recherche française, c’est un peu mission suicide, alors, j’ai envie de croire au journalisme... Il me reste un an pour faire des choix, mais quoi qu’il en soit je pense que je serai amenée à toucher à diverses choses, et à m’adapter. Ca fait aussi partie de la formation généraliste que j’ai reçue.

Que vous apporte cette expérience de mobilité ?

Le goût de la vie. La mobilité permet de sortir de ces repères, de prendre du recul, d’apprendre et de mûrir. Elle donne aussi de nouvelles envies.

Qu’est-ce qui vous manque de la Réunion ?

Ma famille, surtout. Et la nature.

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

Un bertel. Ca fait rire les gens d’ailleurs, ma colocataire appelle ça un "sakapanyé" (elle s’invente son propre créole...)
Des épices. Bon je ne fais pas venir, à Marseille on trouve facilement de quoi s’approvisionner, mais quand même, j’ai mes épices dans ma valise !

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

Le taux de chômage est élevé, et la Réunion est très dépendante économiquement. Mais elle a aussi un potentiel énorme à bien des niveaux ! Je pense qu’il y a beaucoup de défis à relever.

Quels ont été les avantages ou inconvénients du fait de venir de la Réunion dans votre parcours ?

L’avantage c’est que les gens sont curieux et s’intéressent à vous. Ca aide à se sociabiliser. Ca peut-être un avantage aussi dans le milieu professionnel, puisque les Réunionnais qui partent en Métropole ou à l’étranger ont déjà fait l’expérience de la mobilité et de l’isolement. Ils ont donc une plus grande capacité d’adaptation.

Avez-vous des contacts avec des Réunionnais ?

J’ai énormément de contacts amicaux et familiaux. Mon petit frère est à Montpellier et les amis que j’avais à la Réunion sont aux quatre coins de la Métropole. On essaie de se voir le plus souvent possible.

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

Les gens imaginent une espèce de paradis tropical, avec des montagnes et un volcan, où les habitants parlent une langue étrange. En France, en général les gens savent où c’est, même si les images qu’ils en ont sont parfois dignes des livres de Jules Verne. Ca n’est pas la même chose à l’étranger. Je suis devenue une pro pour faire des petites cartes du monde en deux deux et pour faire une croix sur la Réunion : je viens de là, et oui ! C’est la France ! Enfin... Ca m’a valu de belles rencontres, à Cuba notamment, je me rappelle d’un musicien, qui jouait sur un tambour un rythme proche du maloya, et on a commencé à discuter, il était surpris que ce rythme m’interpelle. On a discuté, de tout de rien, de musique, de l’esclavage, je lui ai fait mon petit dessin, et au final j’ai eu droit à un : "Aaaaah ! Mais tu viens d’Afrique ! Il fallait le dire tout de suite hein ! C’est pas pareil !" D’un coup j’étais devenue Africaine malgré ma peau blanche, j’étais une "soeur", et ça a complètement changé sa façon de me parler. S’en est suivie une longue introduction à l’art du toque cubain et aux liens entre la musique et la religion afro-cubaine, ponctués de "et ça ? Il y a chez toi ?"

En général, à l’étranger, il faut une demi heure (minimum) pour expliquer que non, ça n’est pas une colonie, que oui, c’est un territoire français au même titre que Paris, ou Toulouse, et comment on vit là bas, évoquer le métissage, la langue, la culture. Ca intrigue beaucoup les gens, et j’avoue que chaque fois que je prends un peu de temps pour raconter tout ça à des inconnus, quel que soit le coin du monde, je repars en me disant "cool ! Lui, il va avoir des choses à dire quand il va rentrer chez lui ce soir ! Mission accomplie !"

Vous-même, quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

Question piège ça ! C’est une très belle région que la région PACA, et l’influence Méditerranéenne est très agréable et riche en diversité. Il n’y a qu’à voir Aix en Provence et Marseille... Rien à voir : vitrine chic du cliché provençal pour la première, Port cosmopolite qui brasse le monde entier pour la seconde. C’est aussi intéressant d’être au Sud de la France, et de voir comment les gens se définissent, se positionnent. On entend souvent chez les Marseillais dire que le Nord commence au dessus d’Avignon, et effectivement, les gens sont très tournés vers la Méditerranée, ils sont sudistes, et fiers de l’être ! Ca montre aussi la diversité de la métropole. Il y aurait énormément de choses à dire sur la région...

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Réunionnais ?

Pour ceux qui ont la bougeotte, partez ! Allez voir ailleurs comment tourne le monde. Pour les autres, profitez de la Réunion, et faites la vivre.

Que pensez-vous du site Réunionnais du monde ?

C’est une superbe initiative ! C’est très important de témoigner de nos expériences, et de partager. Nous avons tous quelque chose de commun, et quelque chose de fort, de structurant : en partager la conscience nous permettra sans doute de créer ce que l’on peut sur cette base !

Virginie Baret, Etudiante en journalisme à Info-Com

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Info com Réunion

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