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Joseph Damour, gérant de la société World Energy Company à Pau


Originaire d’une famille d’agriculteurs de Saint-Philippe, Joseph dit « Jarod », élève doué en mathématiques, débarque à l’âge de 12 ans sans chaussettes et en chemisette en métropole pour rejoindre son frère. Après avoir beaucoup voyagé et travaillé dans le secteur de l’énergie, il dirige, à 42 ans, la société World Energy Company à Pau dans le Béarn, spécialisée dans le développement de technologies liées aux énergies renouvelables.


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Joseph Damour

D’où êtes-vous à la Réunion ?

Je suis né à Saint Joseph et j’ai grandi à Saint Philippe, à Baril les Hauts, au milieu d’un champ de cannes à sucre. J’ai suivi ma scolarité classique jusqu’à l’âge de 12 à l’école primaire du Baril Saint Philippe et au collègue de la même ville. D’une famille nombreuse et très modeste, père petit agriculteur et mère au foyer, j’ai vécu dans une petite maison bois sous tôle. A l’époque, nous n’avions pas d’eau courante ni d’électricité à la maison. L’origine de l’intérêt que je porte pour l’énergie remonte à cette époque, aux alentours de 1977. Alors que j’avais 10 ou 11 ans, la Compagnie d’Electricité avait installé des poteaux et des compteurs dans les petites maisons de mon village. Mais elle n’avait pas prévu les opérations nécessaires pour amener la lumière et des prises électriques dans la maison. Après être resté dans l’attente plusieurs mois, j’ai pris l’initiative de voir chez mon oncle qui vivait à Saint Jospeh, comment fonctionnait une ampoule. J’ai dit à ma mère « je peux mettre de la lumière chez nous ». Et c’est comme ça que nous avons été la première maison éclairée du village et que je suis devenu le premier électricien du coin en répétant la même opération dans toutes les maisons avoisinantes !

Dans quelles conditions avez-vous été amené à quitter l’île ?

A mes douze ans et demi, j’ai travaillé au restaurant du Baril comme plongeur et jardinier, ce qui m’a permis d’avoir un peu d’argent de poche. J’ai effectué pendant les vacances scolaires des travaux agricoles chez mon oncle et de temps à autre chez mon père, dans la canne et les plantations de vanille. Dans mon village, la plupart des paysans étaient illettrés. Etant un gosse ayant beaucoup de facilités dans les mathématiques, physique et chimie, j’avais compris que mon avenir ne se ferait pas à La Réunion. D’ailleurs, je me souviens d’un de mes professeurs, qui me voyait arriver en courant à l’école sous la pluie battante, après une marche à travers les sentiers, sans cartable, avec pour seuls outils une petite ardoise et un bâton de craie distribués par l’instructeur qui me disait souvent « je ne comprends pas comment tu peux être aussi doué en mathématiques alors que tu ne prends aucune note, que tu ne ramènes aucun de tes devoirs, et que tu passes ton temps à faire le pitre en classe ». Il ajoutait « toi, tu n’es pas fait pour La Réunion, tu devrais aller suivre une scolarité en métropole ».

Qu’avez-vous fait ?

Un beau jour, j’ai pris la décision de quitter mon île. J’avais un frère qui vivait à Lyon. J’ai flatté ma mère pendant plusieurs semaines afin qu’elle me laisse partir le rejoindre. Avec du recul, je pense que ça n’a pas du être facile pour elle. Et c’est avec les sous économisés lors de mes petits boulots que j’ai fini par me payer mon billet d’avion (d’ailleurs je suis reconnaissant à M. Tesnier, propriétaire du restaurant Le Baril, qui m’a donné la possibilité de travailler si jeune et de réaliser mon objectif). C’est comme ça qu’accompagné de Henri-Claude Sautron, âgé de 17 ans, rencontré dans le labeur d’un champ de canne à sucre, nous avons pris l’avion ensemble pour la métropole.

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

Je n’ai amené à l’époque que peu de choses, car je n’avais pas grand-chose. Mais j’ai amené en mémoire la beauté de mon île et sa géographie. Je dirais même qu’elle fait partie intégrante de mon code génétique. J’ai beaucoup voyagé depuis aux quatre coins du monde, mais j’ai toujours gardé La Réunion comme l’endroit où j’aimerais finir mes jours.

Racontez-nous vos débuts en métropole.

Je me souviens avoir débarqué à l’aéroport Satolas (aujourd’hui Saint Exupéry) en plein hiver, avec des petites chaussures toutes neuves achetées la veille, sans chaussettes, en chemisette manche courte, un pantalon style bas-large (époque Disco). Mon frère n’était pas au courant que j’arrivais et le seul lien qui me reliait à lui était une adresse récupérée sur une enveloppe dans j’avais dans la poche. J’ai été traumatisé à l’ouverture des portes qui donnent sur le grand parking de l’aéroport. Il y avait un brouillard si intense que je ne m’apercevais même pas les voitures garées sur ce parking. Nous sommes restés là, plantés devant la porte, frigorifiés, et nous nous sommes empressés de mettre plusieurs chemises sur nous, extraites de nos valises, à défaut de vestes. Je me souviens de ma première réflexion faite à mon ami « Mais l’avion n’a pas encore atterri ! Nous sommes encore dans le ciel ! Regarde dehors les gens marchent et disparaissent dans les nuages ». Je découvrais pour la première fois un brouillard aussi dense. Une famille créole passant par là nous a proposé de nous déposer à Lyon. Et c’est comme ça que j’ai sonné un beau matin, chez mon frère.

Et ensuite ?

J’ai poursuivi ma scolarité à Lyon. A mes 17 ans et demi, je suis entré à l’école militaire à Besançon dans la spécialité de l’énergie sous haute pression. J’ai travaillé ensuite dans la recherche pour l’armée française et participé à des missions opérationnelles à l’étranger (Tchad, guerre d’Irak…). J’ai eu l’occasion par la suite de travailler pour des grandes entreprises françaises comme Airbus, Turbomeca, Chantiers Navales de Saint Nazaire, Rhône-Poulenc à Lyon, Uralys à Pau. En 2008, j’ai eu un passage à vide, suite à une perte d’emploi et des problèmes familiaux, je me suis retrouvé un beau matin dans les rues de France et de Navarre comme SDF. Depuis 2009, j’ai fondé la société WORLD ENERGY COMPANY avec mon associé qui me fait confiance pour la réalisation de ce grand projet. A titre d’information, j’ai rencontré mon associé qui est ingénieur énergéticien et investisseur, en faisant du stop sur les routes de Landes.

Quels sont vos projets ?

Devenir leader mondial dans la vente en ligne des équipements en énergies renouvelables. J’ai le projet de réaliser la première centrale à énergies renouvelables au monde qui pourrait alimenter une ville de 30 000 personnes. Je souhaiterais d’ailleurs que le premier prototype soit réalisé à La Réunion. J’ai transmis un premier dossier à la CCI Réunion et au Conseil Régional l’an dernier. De plus, je crée une société, WORLD-ENERGY OCEAN INDIEN, pour faciliter la réalisation de l’ensemble de nos projets sur le territoire de La Réunion en matière d’énergies renouvelables.

Quoi d’autre ?

Je souhaite également développer un centre de recherche de développement de nouveaux procédés sur les énergies renouvelables à La Réunion en complément de notre bureau de recherche en métropole. Dans nos bureaux d’études, nous avons déjà inventé en 2009, un panneau dit « volcanoïque à canalisateur de photons » à haut rendement. Nous sommes actuellement en discussion avec nos partenaires pour la réalisation d’un camion frigorifique à refroidissement à air-comprimé. Nous sommes dans l’attente d’une publication au journal officiel de notre invention de lampes publiques qui permettront une économie de plus de 60% d’énergie et fonctionnant à l’énergie renouvelable. WORLD-ENERGY COMPANY est l’éditeur du site internet www.world-energy.com, boutique en ligne pour particuliers et professionnels, également site d’information sur les énergies renouvelables et conventionnelles.

Que vous a apporté la mobilité ?

La mobilité m’a apporté l’accession à la connaissance, l’ouverture sur le monde et les civilisations et m’a permis de m’épanouir et de rencontrer des gens de tous les horizons. A l’époque dans mon village ces éléments n’étaient pas réunis et en 1977, il n’y avait d’université à La Réunion.

Qu’est-ce qui vous manque de la Réunion ?

La famille, les amis, car je suis très fidèle à mes amis d’enfance. Le piton de la Fournaise me manque car je suis passionné de volcan. J’aurais beaucoup aimé exercer le métier de volcanologue.

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

Je dirais que La Réunion a beaucoup de cartes en main et qu’elle n’utilise pas encore tous ses atouts. Si beaucoup d’efforts on été faits dans le tourisme, à mon regard de Réunionnais de l’extérieur La Réunion n’a pas réalisé les efforts suffisants pour une transformation de son économie en puissance industrielle pour toute la zone océan indien. Le marché reste encore trop local. Pourtant l’île a à sa disposition des ressources humaines compétentes de haut niveau et elle a également des équipements industriels, grâce au soutien de la métropole et de l’Europe. Cependant, les produits manufacturés Made in Réunion en haute technologie, ou sur des secteurs plus simples comme la transformation des produits agricoles ou d’élevage sont encore peu exportés dans les pays voisins Australie, Afrique du Sud, Madagascar. La Réunion se donne l’image d’un pays de consommateurs. Pourtant toute économie constructive et évolutive pour une société se doit de produire des biens et de services et de les exporter. La stabilité financière de l’île en dépend, mais également l’évolution de la courbe de son taux chômage.

Que faudrait-il faire ?

Pour le développement économique de l’île, il serait judicieux que les industriels réunionnais aient la possibilité maritime et aérienne d’exporter efficacement leurs produits. Il me semble important de mettre en place une compagnie spécialisée dans le fret maritime et aérien, dédiée aux départements et territoires d’outre-mer, financée par les subventions européennes, nationales et les industriels, afin de faire baisser les coûts de transport qui sont aujourd’hui encore trop élevés pour l’exportation des marchandises.

Quels ont été les avantages / inconvénients du fait de venir de la
Réunion dans votre parcours ?

A mes débuts en métropole, je pense que mon accent m’a fait du tort. Dans les années 80, La Réunion passait pour un pays sous-développé et le fait de mal m’exprimer en français m’a fait perdre de la crédibilité et m’a beaucoup pénalisé dans mon évolution professionnelle. J’ai été aussi assez souvent refoulé à l’entrée des boîtes de nuits... Les avantages de venir de La Réunion, c’est que nous sommes des hommes et des femmes débrouillards, qui s’adaptent rapidement à beaucoup situations. Savoir d’où l’on vient nous procure davantage de volonté de réussir quelque chose de concret et de passionnant dans la vie.

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

Je pense que La Réunion aujourd’hui à une image très positive. Je le ressens dans mon entourage professionnel. Je dirais même que l’office de tourisme de La Réunion a fait du bon boulot ces 20 dernières années, car ils ont réussi à inverser une tendance qui n’était pas gagnée d’avance. Mais comme les anciens créoles disent, « un créole ne doit pas s’endormir ». Les efforts doivent être permanents.

Vous même, quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses
habitants ?

La région Aquitaine où je me trouve, et en particulier le département des Pyrénées Altantiques, est un lieu agréable à vivre. La ville de Pau, où j’exerce mes activités professionnelles est une ville dynamique par sa jeunesse débordante de vie et ses universités, ses pôles économiques et industriels dans l’air du temps. Sa position géographique aux pieds des Pyrénées, à une centaine de kilomètres des plages de l’océan Atlantique, me rappelle un peu La Réunion, ses montagnes et ses plages. J’ai été impressionné par la réactivité de la CCI de Pau Béarn pour l’accueil et l’accompagnement des jeunes entrepreneurs et porteurs de projets prêts s’épanouir dans la région. Nous avons un pôle de compétitivité très développé (TOTAL Centre Scientifique Développement et de Recherche). D’ailleurs, je pense que la CCI de La Réunion et celle de Pau Béarn devraient développer un partenariat basé sur l’échange économique et le transfert de savoirs dans l’intérêt des deux régions.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Réunionnais ?

Je suis convaincu que la Réunion d’aujourd’hui a les ressources humaines compétentes nécessaires pour un développement réussi et pour donner une image de La Réunion, en tant que puissance industrielle et touristique. Pour cela, les jeunes Réunionnais doivent prendre leur destin en main, ne pas avoir peur de se retrousser les manches, et encore moins être complexés. La mobilité peut être gagnante si la jeunesse croit à ses capacités de revenir avec des connaissances pour participer au développement de l’île. Pour cela, il serait très important que les élus réunionnais qui siègent au niveau national et européen apportent tout leur soutien aux projets portés par les Réunionnais. Si nous ne faisons pas confiance à notre jeunesse, une bonne partie d’entre elle quittera l’île définitivement et apportera ses connaissances à d’autres nations.

Que pensez-vous du site www.reunionnaisdumonde.com ?

J’ai découvert ce site récemment par un de mes collaborateurs réunionnais. Je dirais qu’il a une très bonne réalisation graphique et un menu assez varié et attractif, qui retient tout de suite l’attention. De mon point de vue, le site joue un rôle important dans ce lien que les Réunionnais peuvent avoir entre eux, mais aussi pour la possibilité qu’il donne à tous les Réunionnais du monde entier de suivre l’évolution de leur île. Rien que pour ça, toutes mes félicitations et merci. A travers ce site je vois toute l’invention et les grandes idées que les réunionnais ont en eux. www.reunionnaisdumonde.com en est une. Une pensée à tous mes amis réunionnais !

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