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Le cryptogramme du forban La Buse


Un extrait de l’ouvrage « Pirates de l’océan indien » de Charles-Mézence Briseul etEmmanuel Mezino paru en 2017 aux éditions Feuille Songe. Charles de La Roncière.


L’océan Indien a abrité, et abriterait encore, parmi certains des plus importants trésors de pirates de tous les temps avec ceux de Kidd et de La Buse. Des corsaires y auraient également caché leur butin. Mais plus encore que les trésors, objets de tous les fantasmes et de beaucoup de folie, ce sont les chercheurs de trésors qui font partie de l’histoire de la piraterie et parfois même la réécrivent. L’île de La Réunion possède à cet égard un patrimoine de trésors supposés et réels tout à fait exceptionnel.

Ce sont ces récits, dont nous avons tenté de démêler le légendaire du factuel, que nous vous invitons à découvrir, avec des informations inédites et spectaculaires. Charles de La Roncière, en 1934, est le premier à s’être penché sur le trésor de La Buse. En 2017, Emmanuel Mezino, romancier et chercheur, nous offre une synthèse remarquable de l’état actuel de la chasse aux trésors à La Réunion.

Le Cryptogramme de La Buse - Charles de La Roncière

Que Messieurs les bibliothécaires chargés des catalogues se gardent de classer parmi les romans l’œuvre présente. Encore qu’elle débute comme un conte d’Edgar Poe, c’est de l’histoire pure. Les trésors cachés ou engloutis ont de tout temps passionné la foule. Plus d’un a une longue histoire, depuis le galion amiral de l’Invincible Armada, coulé avec ses richesses dans la baie de Tobermory, jusqu’au Lutin de la flotte britannique, dont l’épave, chargée de lingots pour une trentaine de millions, gît depuis 1799 sous les sables voisins de l’île de Terschelling.

Et que dire des galions de la Flotte d’argent, sabordés en 1702 au fond de la baie de Vigo, dans le cul-de-sac de l’anse San-Simon, pour ne pas tomber entre les mains des Anglo-Hollandais ? Le vice-amiral espagnol Fernando Chacon, prisonnier, emmené en Angleterre, y avait fait une déposition sensationnelle. Il déclarait que, faute de mulets de bât, on n’avait pu décharger qu’un petit nombre de galions, avant qu’ils fussent coulés avec leur cargaison intacte d’or : si bien que les opérations de sauvetage ne cessèrent de se succéder au xviiie et au xixe siècles…

Mes études maritimes m’ont valu, de loin en loin, l’interview de prospecteurs en mal d’aventures, dont l’un, précisément, convoitait les galions de Vigo. Les questions qui m’étaient posées en pareil cas, allaient droit au but. Mais qui aurait pu flairer une affaire analogue sous la singulière entrée en matière que voici : « Je voudrais avoir en main Les Clavicules de Salomon », demandait naguère à la Bibliothèque Nationale une lectrice venue d’une région lointaine de l’Afrique ?

La question parut si étrange au bibliothécaire de service et, pour tout dire, si saugrenue, qu’il jugea indispensable d’en référer à son chef. La légende prêtait bien à notre grand établissement d’extraordinaires débris humains : une pseudo-momie de Cléopâtre, un manuscrit sur peau de femme… Aurait-il donc possédé aussi les osselets d’un roi qu’entre autres hauts faits un jugement a rendu célèbre ? — Non. Ces vénérables reliques de Salomon n’étaient autres qu’un volume, dont voici l’histoire :

Voir l’article : «  Les clavicules de Salomon »

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Olivier Levasseur, dit La Buse. Dessin de Michel Faure.

En figurant sous un même signe un groupe de deux lettres, la première exponctuée, la seconde non exponctuée, le forban a réduit de moitié le nombre des signes de son alphabet. Ces signes, par leurs caractères angulaires, rappellent quelque peu l’hébreu carré. Mais ce qui accroît la difficulté de leur lecture, c’est qu’une dizaine d’entre eux se traduisent indifféremment par une lettre ou par un chiffre. Autre inconvénient : le forban n’a pas toujours exponctué la première lettre du groupe, si bien qu’on peut lire t où il faudrait s, f ou il faudrait e, etc.

Voici donc, pour la commodité du déchiffrement, la valeur de chacun de ces signes. La transcription du cryptogramme est des plus délicate. Certaines lignes sont même incompréhensibles. Voici ce qu’on déchiffre à peu près sûrement :

(1e ligne) I. Prenez une paire de pijon, virez les
(2e ligne) 2 cœurs… tête de cheval… une kort
(3e ligne) fil winshient écu prenez une cullière
(4e ligne) de mielle… outre vous en faites une ongat
(5e ligne) mettez sur le passage de la…………
(6e ligne) …………prenez 2 liv cassé sur le ch-
(7e ligne) (ch)emin, il faut… toit à moitié couvé
(8e ligne) pour empêcher une femme……… vous n’avé
(9e ligne) qu’à vous serrer la………… pour ve-
(10e ligne) nir………… épingle… juillet………
(11e ligne) ………faire piter un chien turc un
(12e ligne) …………de la mer… bien sèche et sur…
(13e ligne) ………………………………ku’unne femme q-
(14e ligne) (qu)i veut se faire d’un…………
(15e ligne) dans………… dormir un homm(e) r
(16e ligne) ……… faut en rendre… q
(17e ligne) (q)u’un diffur ( ?)………………………

Si l’on peut émettre une hypothèse sur l’auteur de ces lignes bizarres, c’est que certaines prononciations dures semblent révéler un homme du Nord-Est de la France : k’unne, kort (pour corde), piter (pour bitter, qui consiste à enrouler un cordage autour de la bitte d’un navire). À la ligne suivante, la douzième, les deux points qui suivent mer sont faciles à remplacer par deux lettres : par décence, je ne le fais point : le lecteur les devinera.

La lecture — approximative — du cryptogramme laisse au premier abord un sentiment de stupeur. Avec ses pigeons, son onguent, son chien turc, on se demande si le forban n’est pas un farceur désireux de mystifier les chercheurs. Fort heureusement, un plan, soigneusement dressé d’un domaine de l’île mystérieuse, permet de contrôler les données de son cryptogramme. Je l’ai sous les yeux. Et nous voyons tour à tour apparaître les repères qu’il a nommément visés : les deux cœurs qu’il s’agit de virer, c’est-à-dire de contourner, ainsi que le A, pour arriver à la tête de cheval proche de la plage. Au sud, derrière un glacis également proche du rivage, se trouvent le chien turc et le toit à moitié coupé, dont parle le cryptogramme. L’abondance des gravures rupestres d’alentour, lézard, tortue, chien patte levée, toit pointu, œil du monstre, deux ailes… semblent bien indiquer qu’il faut chercher dans ces parages le trésor. C’est là que les forbans séjournaient.

Le cryptogramme était-il le seul legs du forban ? Non. Nous avons de lui une donnée astronomique qui dénote l’œil exercé d’un capitaine au long cours :

Pr N nord 24 B 39 Pas 2° sud — 2° sud ST 62.39 faites 3 toises.

Cette donnée vise une des gravures rupestres, — le toit à moitié coupé mentionné dans le cryptogramme. La latitude est, en fait, inférieure à la réalité. Mais sur quelle carte pouvait-on alors la pointer ? Le premier atlas précis de l’océan indien, le Neptune oriental, d’après de Mannevillette, parut un quart de siècle après la disparition des forbans.

L’autre élément du point, la latitude, était au reste, si difficile à déterminer avec les garde-temps, que Dieu, disait-on, en avait interdit la connaissance aux humains. Il faudra attendre les chronomètres perfectionnés de nos jours et l’heure donnée instantanément par la télégraphie sans fil, pour fixer, à quelques mètres près, le méridien, et vérifier ainsi l’hypothèse de Wegener sur la dérive des continents. Chercher l’emplacement du trésor par l’intersection de la latitude avec la longitude est donc enquête illusoire.

Un rébus, laissé par le forban, offrirait plus de sécurité si on pouvait le développer. Le voici :
Pr Ier passe avec pre de pqtx
En prendre L 2 V L f SN I Clot de même
Et de L Sce E fre la ge Cm I0 gat L me
Sur l’θ : page de la source
Pr 1 h2 8 Ca ghe pse pour L ch de la Me
Bn ghe L frote Ctre la pse Srd g L V t qe
Pser cher S fre X d lde L D Gle D L0
D du Cble du Ceur

J’ai sous les yeux l’explication fort ingénieuse que donne de ces signes la propriétaire du domaine où gisent les gravures rupestres indiquées par le forban. La discrétion me fait un devoir de ne pas la divulguer. Deux des indications sont à peu près intelligibles : la plage de la source, — et il y a effectivement près de la mer une source dans le domaine en question ; et le Cble du Ceur, que l’on peut interpréter comme « le Comble du commandeur ». Mais Ceur pourrait tout aussi bien s’interpréter le « Conservateur », titre que portait, nous le verrons, un chef de forbans français. Et, en ce cas, la conclusion que je formulerai à la fin de ce volume se trouverait sujette à caution.

Si l’on adopte la lecture « le Commandeur », il faut entendre par là le contremaître chargé du commandement des nègres ; et tel autre forban, dont nous conterons l’histoire, en possédait un bon nombre. C’est pour cette interprétation que j’incline. Mais le contrôle est impossible. Entre le moment où les forbans séjournèrent dans l’île et l’instant où elle fut définitivement habitée, il y eut un intervalle d’une vingtaine d’années où elle resta déserte. Il y eut rupture de tradition dans la nomenclature. Seules, les gravures et les sculptures rupestres restaient les témoins du passé.

Mon enquête commence

Au fur et à mesure que se déroulaient les péripéties passionnantes de cette aventure, s’imposait à mon esprit l’obligation de les passer au crible d’une sévère critique. Et, d’abord, était-ce une habitude chez les flibustiers d’ensevelir leurs trésors dans quelque cachette, d’eux seuls connue ? La réponse à cette question fut péremptoire.

– Dans de petites îles sablonneuses, écrit Johnson, historien des forbans, les flibustiers cachent leur butin ; et ils s’y retirent jusqu’à ce que leurs amis aient obtenu pour eux l’impunité de leurs brigandages.

L’impunité se faire parfois attendre si longtemps que la mort la devance, témoin le fait suivant : le vieux soldat hollandais, qu’un officier anglais avait hébergé au cap de Bonne-Espérance, l’appela à son lit de mort. « Voici, dit-il, un papier que je tiens de mon père, qui était flibustier. Je vous le remets en signe de gratitude pour vos bons soins. » Le document renfermait des relèvements précis pour repérer l’endroit où avait été enfoui un trésor.

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La tombe de La Buse au cimetière de Saint-Paul - Réunion

Dès que l’île Bourbon, en 1810, eut passé sous la domination anglaise, l’officier se rendit dans la plaine du Butor ; et là, de nuit, à l’insu du propriétaire, il déterra, non loin de l’église de Sainte Clotilde, un trésor qui valait 200 000 F. Il y a d’autres trésors de forbans à découvrir et, pour n’en citer qu’un, celui du capitaine Teach, dit Barbe-Noire, dont Johnson fait un portrait affreux. Une barbe noire prodigieusement longue, tressée avec des rubans qu’il enroulait autour des oreilles, trois paires de pistolets passés dans une écharpe en bandoulière, deux mèches allumées qui lui pendaient du chapeau, donnait à Teach l’aspect d’une furie.

« Faisons un enfer de nous-mêmes » disait-il. La veille du jour où il fut tué, on le pressait de révéler à sa quatorzième femme l’endroit où il avait caché le fruit de ses rapines : « Il n’y a que moi et…

A suivre….


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