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Accueil > Journal > Portraits & interviews > Manon Florine Cadet, artiste à Paris

Manon Florine Cadet, artiste à Paris


Elle a quitté la Réunion après le Bac pour intégrer le Cours Florent. Plus jeune de sa promotion, elle en est sortie diplômée avec mention. A 22 ans, Manon Cadet alias Fiarana fait ses premiers pas en public et sort ses premières compositions. Elle revient sur ses études, ses débuts et ses ambitions.


Pouvez-vous vous présenter ?

Manon Florine Cadet (je me fais appeler Fianara pour certains projets), 22 ans, originaire de Saint-André. C’est au Petit Conservatoire de Champ-Borne que j’ai pris mes premiers cours de guitare vers 8 ou 9 ans. Malgré mes réticences à l’apprentissage du solfège (qui ressemble trop à des mathématiques pour moi), mes professeurs m’ont toujours encouragé à la création. C’est avec eux que j’ai fait mes premières scènes et que j’ai écrit mes premières chansons.

Au lycée Sarda Garriga, madame Isabelle Girault me fait découvrir le théâtre. Elle programme des sorties, invite des intervenants (auteurs, dramaturges… ), dont la chanteuse Kaloune en 2013 ! Kaloune et Isabelle m’encouragent à continuer l’écriture et à m’affirmer dans le chant et le théâtre. C’est pendant cette même année que je reprends les cours de danse à Saint-André, avec madame Isabelle Hacquard, qui m’encourage aussi à poursuivre dans cette voie. Une fois le Bac obtenu en 2014, je prends l’avion direction Paris pour un stage intensif de dix jours de Comédie Musicale au Cours Florent. Ce stage a abouti à audition d’entrée dans l’école…

Comment a été prise la décision de partir aussi jeune ?

J’ai la chance d’avoir des parents à l’écoute. Au lieu de lister les difficultés, ils m’ont demandée qu’elles étaient mes intentions. Ils ont choisi de croire en moi. Bien sûr ma mère n’était pas prête à laisser son bébé quitter la case mais elle savait que j’avais une volonté et une détermination aussi forte que la sienne. Mon père a regardé avec moi, qu’elles étaient mes options, et avant même que je ne passe le Bac ils avaient déjà réservé les billets d’avion ! Le cours Florent étant une école privée, j’allais avoir un statut « d’élève en formation » ; je n’ai donc pas eu droit aux aides étudiantes : pas de bourse, pas de logement, pas de billets prit en charge... J’ai toutefois eu droit à la continuité territoriale, et la Région Réunion ainsi que Ladom aident à rembourser une partie des frais scolaires à condition que l’élève valide son année.

Racontez-nous vos débuts au Cours Florent.

Une semaine après les résultats du Bac, direction Paris accompagnée de mon Papa. J’ai pleuré dans la voiture allant à l’aéroport avec mes parents, j’ai pleuré en serrant mes amis dans mes bras, j’ai pleuré en lisant la lettre que m’avait écrite une amie (avec obligation d’attendre qu’elle soit partie pour la lire, j’ai pleuré au décollage, j’ai pleuré à l’atterrissage… et j’ai cessé de pleurer pour me concentrer sur mon but : intégrer les cours Florent.

Pour quitter son île, son foyer, il faut avoir un minimum de volonté, d’ambition, de détermination, et beaucoup de rêve. Je n’avais pas encore atteint ma majorité à la rentrée, et j’ai toujours été la plus jeune de ma classe. J’étais en double cursus : théâtre et comédie musicale. Cela représentait 27 heures de cours (danses classique, hip-hop, modern jazz, claquettes, chant, théâtre, solfège), sans compter les heures de répétitions, seule, ou avec mes partenaires, tout en vivant seule. Partir… c’est une expérience. On mûrit d’un coup. A l’école personne ne me croyait en entendant mon âge. Mes camarades, pour certains, vivaient chez leurs parents, ou rentraient toutes les semaines… ce n’était évidemment pas mon cas. Mais je n’avais pas trop le temps de me morfondre. J’adorais mes cours, je m’amusais comme une folle, je découvrais un nouveau mode vie.

Quels ont été les avantages / inconvénients de venir de la Réunion ?

Quand on vient de loin, on sait qu’on vient pour une raison. Que c’est important. Que notre famille compte sur nous, aussi. Cela fait une grande différence dans le travail. Qu’est-ce qui fait la différence pour les professeurs : une élève dépaysée mais déterminée, ou un élève qui paie mais qui ne fait pas la moitié du boulot demandé ? Dans le chant ou le théâtre, on nous demande d’apporter notre corps, notre voix, nos sensibilités à un personnage. L’avantage d’être réunionnaise, c’est que ça me démarque de mes partenaires de scène. J’ai dû apprendre à avoir un accent neutre, sans les intonations chantées du créole, avec des -o et -e fermés (ex : prononciation de jaune, rose, heureuse). Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas, et mes amis à Paris sourient à chaque fois que mon accent sort (et maintenant, hors scène, je n’y fais plus attention !) Je me souviens de mon premier cours de chant à Paris. Je suis assez claire de peau, bien que très mate par rapport à la plupart des métropolitains et on a du mal à me mettre dans une case. Après avoir chanté, mon professeur me dit : « c’est marrant, t’as une voix de noir ». Remarque étonnante pour moi. Je ne savais pas quoi répondre à ça à part : « Normal, je suis réunionnaise ».

Quel bilan tirez-vous de cette formation ?

Pendant trois ans, je n’ai pas eu à choisir entre danser, chanter, ou jouer. Pendant trois ans, j’ai jonglé entre le cursus Théâtre et le cursus Comédie Musicale, un cursus pluridisciplinaire : neuf heures de danse (claquettes, hip-hop, classique, mais surtout modern jazz), neuf heures de technique et coaching vocal, ainsi que neuf heures de cours de théâtre. Je suis sortie du Cours Florent avec mention, et me suis lancée dans divers projets*.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Après quatre ans, je ne me considère toujours pas comme Parisienne. Et pourtant, après quatre ans, je peux marcher 11km dans la ville sans me perdre (à défaut de faire de la randonnée sur le front de mer de sainte Suzanne à Sainte Marie, je marche dans Paris !). Et je dois avouer que, depuis que j’ai décoré mon appartement, ajouté un peu de mon île à Paris, que je me suis fait des amis, que j’ai un compagnon et du travail, je me sens aussi chez moi ici ! Pour un revenu stable, je travaille en tant qu’agent d’accueil intérimaire. J’accepte toujours quelques Babysittings pour dépanner les parents pour qui je travaillais quand j’étais à l’école.

Quels sont vos projets ?

J’ai sorti mi-novembre un clip pour une de mes chansons, une chanson en créole qui parle de mon départ de la Réunion, du manque de ma famille, du créole... J’ai écrit cette chanson en 2014 après m’être installée loin de mon Île, à Paris, pour mes études. Cette chanson parle de mon arrivée dans la capitale, de mon mal du pays, et de la crise identitaire qui en a résulté. Mes projets pour la suite, c’est d’essayer de sortir en vidéo ou en audio des chansons ou slam de ma composition, tout en continuant de travailler pour mes autres groupes. Et de chercher des lieux pour me/nous produire !

Comment vous sentez-vous en métropole ?

Ma vision de Paris : sale, polluée, puante… mais magnifique quand on lève les yeux ! J’adore me balader le long des quais. Le Pont Neuf est mon préféré, et ce n’est pourtant pas le plus beau. J’ai rencontré de très belles personnes dans cette ville. La grande majorité de ces personnes n’est, comme moi, pas originaire de Paris. Et la métropole en général ? Je découvre encore. J’ai tendance à dire qu’aucun paysage n’égale celui de La Réunion, mais je sais que c’est loin d’être vrai. En métropole je trouve que ça manque de relief, mais je découvre petit à petit de très belles régions qui m’étaient complètement inconnues !

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

J’avais un baton de pluie, un porte clé mural en bois Île de la Réunion avec un margouillat, des maniques de cuisine Île de la Réunion, des lambas de Mayotte et de Madagascar (ma maman est métisse de Mada et Mayotte), une fourchette… Depuis, on m’a ramené la grande chaise en bois traditionnelle malgache du salon de mes parents, j’ai des photos de paysages de l’île, qui me manque cruellement (certains coins ici manquent de reliefs). J’ai acheté des albums de Yaelle Trüles, Davy Sicard. On m’approvisionne en rhum et en Goyavlet, et quand quelqu’un est de passage, cette personne doit ramener des sarcives, du songe, des samoussas, des letchis, de la papaye confite…

Qu’est-ce qui vous manque de la Réunion ?

De mon Île, il me manque les saveurs, la beauté de la nature, l’ouverture d’esprit, la langue. Surtout la langue je pense. C’est marrant quand on sait que je parlais peu créole à la Réunion. Ma mère est mahoraise et malgache, quelle que soit la langue qu’elle parle, elle a un accent. Mon père est réunionnais, il avait l’accent du nord de la Réunion. Et bien entendu, quand je parlais créole, je n’avais pas que l’accent de mon père, mais aussi celui de ma mère. Du coup je n’osais pas parler créole si c’était pour qu’on se moque de moi. A Paris, avec le manque, j’ai commencé à libérer mon créole et à affirmer mon identité. J’en ai d’ailleurs écrit une chanson et pour la première fois, j’ai écrit en créole : « Maintenant que mi l’est loin, mi commence cause créole. Mon Îl y manque amoin tellement mi veux vole au-delà des frontières, au-delà de la mère, retrouver pour un jour mon case sur le front d’mer. »

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

A Paris, j’ai eu droit à tout et n’importe quoi. Entre ceux qui ne situent pas la Réunion sur une carte, ou qui sont persuadés que nous sommes dans le Pacifique, ceux qui me prennent pour une Marocaine et pour qui je ne peux pas être réunionnaise, parce qu’un insulaire -aux origines africaines de surcroit- est forcément noir comme charbon ! Ceux pour qui je dois être chabine, et insistent sur le fait que « la Réunion, la Guadeloupe, c’est pareil non ? » ou « La vie doit être beaucoup plus simple sur une île, vous n’avez pas de problèmes là-bas » … Pour faire simple, beaucoup ignorent tout de la Réunion, et se font des idées préconçues. Mais ils ont malgré tout une image globalement positive (excepté concernant les requins).

Pour mes proches, c’est autre chose : ils veulent ABSOLUMENT venir ! Ils veulent goûter à tous nos plats, ils me demandent de leur apprendre un peu de créole, ils veulent faire des randonnées... Maintenant je leur parle créole quand ça me chante, et ils comprennent de mieux en mieux ! Mon groupe, Les Harpies ou chiennes de Zeus, n’attend que l’opportunité de jouer à la Réunion, idem pour la compagnie In Sysiphe pour la pièce Erotidia !

Qu’est ce qui pourrait vous convaincre de revenir vivre à la Réunion ?

Pour revenir vivre à la Réunion, il me faudrait un public réunionnais qui me soutienne, être sûre de pouvoir travailler une fois rentrée, assez de moyens pour faire des concerts avec mes groupes en métropole, à la Réunion, et ailleurs. Il faudrait que ma moitié accepte de me suivre…

Suivre Manon sur la page www.facebook.com/ManonFlorineCadet

Une présence artistique multiple

J’ai monté un groupe de musique théâtrale avec deux amies du cours Florent, pour lequel j’écris, compose et chante : Les Harpies ou Chiennes de Zeus sont un trio polyphonique accompagné d’un violoncelle, d’un banjo (parfois guitare) et d’un percussionniste (qui est d’ailleurs Réunionnais du Tampon, Gaël Payet !) Nous avons fait nos premiers concerts cette année, et sommes en train de préparer un clip ainsi qu’un EP de 4 morceaux. Nous composons dans nos langues : français, créole, basque, anglais...
Page fb : www.facebook.com/Les.Harpies.ou.Chiennes.de.Zeus

Je fais partie de la compagnie théâtrale In Sisyphe, créée avec d’anciens camarade du Cours Florent, pour laquelle je suis chanteuse, parolière, compositrice, musicienne et actrice. Nous avons joué sur huit dates en septembre 2018 une pièce écrite par mon ami Alexandre Vanier, traitant de sujets d’actualités tels que l’homo.trans.biphobie, le viol, ou encore les problèmes liés au sexisme.

J’écris aussi à mon compte, des slams et des chansons en créole ou français. En ce moment j’accompagne un peu le chanteur Loki Lonestar (lui-même réunionnais, du Tampon. C’est grâce à lui que j’ai rencontré Gaël, percussionniste des Harpies) sur des concerts privés. Loki, que j’ai rencontré par l’intermédiaire d’une des Harpies, nous a permis de faire nos premiers pas en public dans des bars toute cette année.

Je chante aussi dans un autre trio, Les Groupies du Pianiste (un piano, trois voix), dans des bars lorsque l’occasion se présente.

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