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Accueil > Journal > Reportages > Inondations à Maurice : gestion d’urgence et failles (...)

Inondations à Maurice : gestion d’urgence et failles démocratiques


Journaliste, politologue, la Réunionnaise Catherine Boudet collabore régulièrement à des revues scientifiques internationales. Installée à Maurice depuis 2009, elle témoigne des violentes inondations qui ont causé la mort d’une dizaine de personnes le week-end dernier à Port-Louis. L’occasion pour elle d’aborder un côté obscur de la démocratie mauricienne.


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Catherine Boudet

Comment avez-vous vécu personnellement les inondations du 30 mars 2013 ?

Ce fameux samedi noir, j’étais à l’Institut Français de Maurice, à Rose-Hill. Tout le monde s’est fait surprendre par le déluge, moi comme beaucoup d’autres. Pour rentrer où j’habite à Quatre-Bornes, la rue qui mène chez moi était déjà en train de se transformer en rivière et j’avais de l’eau jusqu’au mollet. N’empêche que personne ne s’attendait à un tel drame, ce samedi de Pâques, à autant de morts d’un coup. J’ai appris et suivi les événements tout au long du week-end par la presse en ligne et par Facebook, parce que je n’avais pas le courage de regarder ça à la télé. Voir Port-Louis ravagée comme ça c’était dur : les gerbes de fleurs, les pompes pour vider l’eau des parkings sous-terrain encore en action une semaine après la catastrophe... Je n’ai pas eu le courage d’aller au mémorial installé devant le Caudan, même si je passe devant en bus. Port-Louis est une ville traumatisée, les gens sont sur le qui-vive, les commerces ferment plus tôt. Toute la nation mauricienne est traumatisée.

Quelle a été la gestion de la situation par les autorités ?

Ca été une gestion d’urgence ou plus exactement, de panique. Les Mauriciens se sont beaucoup plaints de cette gestion. La société civile s’est mobilisée très vite pour apporter de l’aide et de l’assistance aux sinistrés. La séance parlementaire spéciale de mardi au sujet des inondations, à laquelle j’ai assisté, a été très houleuse. Explication « officielle » : la tragédie est imputée à Dame Nature et au changement climatique.

Selon vous quelles sont les véritables raisons de ce drame ?

Il ne faut pas avoir fait l’école des Mines pour se rendre compte que le manque de planification du développement urbain et l’absence d’un plan intégré de gestion des risques atmosphériques ont été fatals ce week-end. Moi-même en tant que journaliste j’avais déjà écrit plusieurs articles pour tirer la sonnette d’alarme à ce sujet, depuis 2009. Ces brusques montées d’eau à la moindre pluie se produisent de plus en plus souvent j’ai remarqué. Dès qu’il commence à pleuvoir, l’eau monte très vite dans les rues et on risque de se faire surprendre. Il m’est déjà arrivé de me faire coincer en plein Port-Louis à l’heure de la pause-déjeuner par une brusque montée des eaux et de devoir me réfugier dans une galerie commerciale. C’est la raison pour laquelle personnellement je marche toujours en savates deux-doigts.

Les médias mauriciens ont-ils enquêté et rendu compte des tenants et des aboutissants de ces événements ?

Oui, la presse mauricienne a fait du très bon boulot. Les médias indépendants ont mené des enquêtes sur les différents aspects du problème, et ils ont donné la parole aux spécialistes. La presse mauricienne a bien joué son rôle d’interface avec le public, non seulement pour informer sur ce qui s’est passé exactement, mais aussi pour éclairer sur les manquements qui ont conduit à la tragédie, et pour témoigner de ce qu’on souffert les familles endeuillées, dans le respect de leur douleur. La presse mauricienne s’est montrée très responsable. On ne peut pas en dire autant de certains médias français qui n’ont pas hésité à faire dans le voyeurisme, en montrant les corps des victimes…

Globalement, quelle est l’ambiance en ce moment à Maurice ?

Ces derniers mois, le climat social est devenu très tendu à Maurice. Les scandales politiques se succèdent, surtout depuis les élections municipales, en décembre dernier. Et puis il y a beaucoup d’arrestations : de journalistes (dont la mienne), de syndicalistes, d’activistes… Dans ce contexte, les gens sont à cran. Ils conduisent comme des fous sur les routes, il y a des accidents mortels toutes les semaines. On note une recrudescence des suicides, des bagarres de voisinage et des guerres de gang liées à la drogue. La population mauricienne n’est pas contestataire et n’aime pas descendre dans la rue pour manifester, alors le malaise social s’exprime différemment. La société retourne la violence et la frustration contre elle-même. Il y a eu plusieurs départs d’émeutes au cours des derniers mois dans des quartiers défavorisés. Beaucoup de Mauriciens disent que nous sommes assis sur une bombe sociale. Le spectre des émeutes plane.

Quelle est l’image des Réunionnais sur l’île sœur ?

Comme beaucoup de Mauriciens ont de la famille à La Réunion ou y sont déjà allés, c’est un bon sujet de conversation pour faire connaissance avec quelqu’un. Je trouve que l’image des Réunionnais a changé. Il y a quelques années encore, on passait plutôt pour des assistés, mais maintenant je n’entends plus trop ce discours. Au contraire, les Mauriciens mettent en avant le côté professionnel et « cool » des Réunionnais, le fait que nous autres Réunionnais nous avons des principes et que nous ne sommes pas corrompus.

Comment selon vous les deux « îles sœurs » pourraient-elles mieux travailler ensemble pour un bénéfice commun ?

Je trouve que la COI propose de très bonnes pistes de partenariats, par exemple le forum de prévisibilité des risques météorologiques, et maintenant les études qui viennent d’être mises en place pour pallier aux catastrophes naturelles. C’est dans un cadre régional que Réunion et Maurice ont le plus de chances de travailler ensemble efficacement.

Article paru dans Le Quotidien du 7 avril 2013


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Lire aussi : Catherine Boudet, journaliste et politologue à l’île Maurice

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