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Emotion à Paris lors de la projection d’Une enfance en exil


L’histoire des enfants réunionnais de la Creuse a une nouvelle fois suscité l’émotion à la Mairie de Paris le 16 septembre 2013, où une projection du documentaire Une enfance en exil était organisée en présence d’un nombreux public et d’ex enfants exilés dans les années 60.

Texte & photos : Betty Cerveaux-Mayer - sept2013


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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

Message du réalisateur William cally : Le documentaire sera diffusé sur toutes les chaînes Première d’outre-mer en octobre 2013 et sur France Ô en novembre 2013. Sortie DVD en novembre 2013.


Lundi 16 septembre 2013, est projeté le documentaire de William Cally "une enfance en exil" dans l’auditorium de la Mairie de Paris. En partenariat avec le Conseil Général de la Réunion, l’association Rassin Anlèr (rasin.anler@yahoo.fr) a été reçue par Madame Danièle Apocal, déléguée générale à l’Outre-mer de la ville de Paris. Sensible et très émue par cette tranche d’Histoire de notre ile, elle dit trouver les témoins de cette tragédie courageux de la démarche entreprise et les encourage sur cette voie.

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

Le film débute par des images de la Rénion lontan, les souvenirs foisonnent pour certains. Voir la vie réunionnaise : une petite fille portant un "fer-blanc" rempli sur la tête, le car courant d’air sur la route en corniche à peine goudronnée, ou encore des enfants heureux jouant insouciants. On y voit de la joie, des sourires en pensant nous même à notre jeunesse… On rentre à pas feutré dans l’histoire des enfants volés à leur parents, un témoignage puis un autre et encore avec parfois des sanglots dans la voix.

Il faut qu’on sache, il faut qu’ils témoignent. Le plus poignant c’est cet adulte (présent dans la salle) qui raconte le viol qu’il a subi gamin. Ou encore la "sœur" d’une des déracinées qui raconte leur enfance.

Leur séparation avec la vie réunionnaise débute en 1963 pour ne finir qu’en 1982. C’est sous la députation de Michel Debré que 1 630 enfants réunionnais (voire 3000) ont été pris, arrachés à leurs parents par les autorités et amenés en France dans le but de repeupler plusieurs départements métropolitains. Le taux de natalité quatre fois supérieur à celui de la moyenne française, M Debré n’a pas trouvé mieux : le transfert du surplus de population réunionnaise pour corriger les déficits démographiques de 64 départements français environ.

Leur souffrance sur l’écran fait écho dans cette salle émue qui essaie de comprendre.

Comment était-il possible ? Quels ont été les arguments qui ont fait pression sur les parents pour faire signer ces papiers ? Est-ce l’illettrisme ?, la méconnaissance de la justice ?, le manque de moyens ?, la situation monoparentale ? ou une fratrie nombreuse ? Pour les parents qui ne savaient ni lire ni écrire, l’empreinte du pouce suffisait pour céder leur droit à l’autorité sociale. La France pour ces parents était un espoir de sauver leurs enfants de la misère. Ils allaient vers un futur qu’on leur faisait miroiter comme l’eldorado. La promesse de réussite sociale et d’un retour certain au pays natal. L’institution a contraint les familles à parapher des documents qui étaient en fait les maillons invisibles d’une chaîne. Pensant partir vers un meilleur destin, certains de ces enfants ont vécu l’enfer. L’Histoire se répétait. Ils devenaient esclaves "modernes" eux aussi des années après, comme leurs ancêtres.

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

Le départ vers la Tour Eiffel, l’Arc de triomphe qu’ils ne verront pas, se fait par 10 voire 30 enfants par voyage.
Comme si le choc du dépaysement ne suffisait pas, ils sont accueillis lors de leur arrivée dans un foyer : "la maison de tri". Ils dormaient parfois sur des matelas à même le sol quand il y avait un trop plein d’arrivage : des "contingents" .

La fugue, la déprime, et même les suicides sont à noter dans cette vie chaotique. Certains enfants ont été séquestrés pendant de longues années. Les plus petits étaient choisis par des familles d’accueil, d’autres pour combler le rêve de couples ne pouvant procréer, ces ménages étaient persuadés, documents officiels à l’appui qu’ils étaient orphelins ou abandonnés. Pour eux c’étaient tout simplement des pupilles de la nation alors que leurs pères et mères étaient bel et bien vivants.

D’autres plus grands (la malchance) se retrouvaient dans les zones rurales, chez des paysans qui les utilisaient comme "bonne à tout faire" ou "travailleurs aux champs", à travailler sans salaires (les jeunes paysans étant partis réussir à la ville). Les petits Réunionnais étaient là "pour apporter du sang neuf dans des départements à population vieillissante". Ces dégâts psychologiques touchent encore ceux qui luttent pour faire reconnaitre leur droit bafoué par le pays des droits de l’Homme. Rares sont ceux qui étaient scolarisés alors que la loi l’exigeait*.

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

Les assistants sociaux (nommés dans le documentaire) qui enlevaient ces enfants savaient ce qu’ils faisaient. Ils téléphonaient systématiquement avant de faire leurs visites, ainsi ils les voyaient toujours "dans de bonnes et meilleures conditions". Leurs rapports administratifs étaient toujours positifs. Jamais ils n’ont vu la réalité de vie de certains petits qui vivaient la rupture sociale. "Les services sociaux de la Creuse ont enregistré des cas de ’problèmes d’adaptation’, il n’y a eu aucune désapprobation officielle de Paris avant 1975", précise un journal.

Devenus adultes, le problème identitaire qui tiraillait depuis plusieurs années grandissait : "qui suis-je ?" noir ou métisse dans une famille de blanc, la question revenait souvent. L’envie de connaitre son passé tourmentait. Ils étaient sans famille alors qu’ils avaient leurs racines à la Réunion.

En France, ils étaient considérés, documents à l’appui, comme orphelins de parents et de fratrie. Jean-Jacques Martial, un des enfants, porte plainte le 30 Janvier 2002, pour "enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation". Sa demande d’indemnisation déposée à un tribunal a été étudiée différemment dans l’hexagone. Il demandait RÉPARATION.

Malgré la peur du mot ABANDON ou ORHELIN, collé au corps certains ont pendant des années mené des enquêtes personnelles. Ils ont découvert les mensonges des services sociaux au sujet des fiches d’état civil. Seul et face à beaucoup de difficultés au fil des ans, ils se sont constitués en association pour exiger la réparation de ce déracinement. Ils ont tout perdu et ne pourront jamais retrouver car le sentiment est immatériel, l’amour familiale perdu ne se rattrape pas. Ils aimeraient au moins une reconnaissance morale.

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

Le débat est animé par Sudel Fuma en présence des victimes. Dans la salle, le micro passe de main en main, chacun témoigne l’émotion d’avoir vu ce documentaire. Nos amis antillais se disent incroyablement choqués de découvrir cette page ignorée de notre Ile. Les Antilles n’ont pas connu cette atrocité car ce programme a été mis en place par notre député de l’époque, une idée de Michel Debré**.

Une jeune fille se demande "pourquoi n’y t-il a pas eu de révolte de leur part ?" Quand on est gamin et que l’on vit à la campagne entouré de champs à des kilomètres à la ronde, on n’ose pas s’enfuir lorsqu’on ne voit aucune issue à l’horizon.

"En 2002, une enquête commissionnée par le ministre de la Justice a nié toute responsabilité de l’Etat dans les drames constatés. Ce n’est qu’en 2004 que cette version des faits fut décrédibilisée : d’une part en soulignant que, sauf rare exception, "l’ascenseur social promis n’avait pas fonctionné" car la majorité des enfants sont devenus agriculteurs, ouvriers ou chômeurs ; d’autre part, les préjudices sont tout sauf négligeables, recensées par exemple dans plusieurs demandes d’indemnisation rejetées en 2005 par la cour administrative d’appel de Bordeaux."

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

"Nous sommes sur la voie de la reconnaissance", dit un des membres de l’association Rasin Anler, fondée en 2002. "Certains sont revenus vivre à la Réunion, à la recherche de leurs racines là où "lo nombril lé enterré" et c’est très difficile. D’autres ont réussi à passer outre de ce traumatisme et s’en sont sortis par la résilience."***
 

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

 
"Sous une autre forme l’exil des Réunionnais se poursuit parfois aujourd’hui. Ils sont majeurs, signent les documents sans connaissance parfois de ce qui les attend ici (l‘hexagone). Certains réussissent, d’autres sont en galère. Cela aussi il faut le dénoncer" dit un homme dans l’assistance.

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

L’artiste Christine Salem qui assistait à ce débat dit ceci "i di : fo pa nou oubli in zenfan i grandi …" La preuve, ces victimes traduisent sa phrase en étant présents devant nous pour nous éclairer sur leurs souffrances d’enfants. A noter la présence de messieurs Philippe Bessieres, Alix Cail, de l’historien Bruno Maillard, la chanteuse Yela, le flutiste martiniquais Max Cilla et aussi d’un journaliste antillais pour ne citer qu’eux.

Depuis quelques années, Certains médias ont fait écho de ce drame sur leurs ondes, des reportages dans les éditions télévisées ont été diffusés à heure de grande écoute.
Les journaux et revues ont consacré des articles, des livres et documents ont été publiés : Le Pays des enfants perdus, téléfilm réalisé par Francis Girod, 2004.

Ce mur de silence fait honte à l’état français, pays des droits de l‘Homme. France, qu‘as-tu fais de leur vie ?
Bien que cet épisode de la vie réunionnaise ne soit pas dans nos livres d’histoire, c’est une page de l’Histoire de la Réunion, celle de la patrie, celle de la France.

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

Pour écrire ce texte, j’ai dû lire beaucoup d’articles sur internet, ce fut pénible de parcourir les multiples témoignages écrits et visuels sur certains sites. Emue par le documentaire et le débat à la mairie de Paris, j’ai eu du mal à formuler ma rédaction tant l’émotion me prenait. Les stigmates de leurs passés suintent sous les cicatrices de leurs mémoires. Même si l’enfer pour certains est écarté, ce déracinement est gravé, tatoué, ancré à tout jamais en eux. Frustrés par cette tragédie certains s’en sont biens sortis, d’autres semblent habillés de tristesse et de colère enfouie. Cela se lit sur leur visage.
J’ai un regard différent sur la difficulté d’être ce qu‘ils sont. Et je comprends aujourd’hui ce que voulait dire cette phrase "rent’ la kaz sinon loto rouge va trap’ a ou" La voiture des assistants sociaux était une voiture… rouge J’ajouterai pour conclure "tiembo larg pa".

Texte & photos : Betty Cerveaux-Mayer - sept2013

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

* L’âge minimum de l’Instruction obligatoire, fixée à 13 ans par la loi du 28 mars 1882, avait été allongé par une première étape à 14 ans, par la loi du 9 août 1936 l’ordonnance du 6 janvier 1959, signée par le président de la République Charles de Gaulle, a ensuite décidé de le porter à 16 ans.

** Au professeur Denoix qui s’insurgeait de ces pratiques, M. Debré répond dans une lettre : "L’entreprise doit être poursuivie avec d’autant plus de constance qu’elle peut être combinée avec un admirable mouvement d’adoption que nous n’arrivons pas toujours à satisfaire."

*** Lorsqu’une personne fait l‘expérience d’une grande difficulté existentielle, un abandon, une violence, une tragédie, elle en reste souvent marquée pour longtemps, sinon pour la vie. Une telle situation est particulièrement néfaste dans le jeune âge. Pourtant, certains individus s’en tirent mieux que d’autres. On dit alors qu’ils sont résilients, c’est-à-dire que même s’ils ont été blessés par un traumatisme ou maltraités par la vie, ils ne se laissent pas empoisonner par cet événement. Ils arrivent à vivre « avec » et même à devenir plus trempés, plus endurants. Comme le disait déjà en son temps le philosophe Nietzsche "À l’école de guerre de la vie, ce qui ne me tue pas, me rend plus fort".

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projection du documentaire Une enfance en exil à paris

Une Enfance en exil : le pitch

De 1963 à 1982, plus de 1600 enfants, nés à La Réunion, avait fait l’objet de "transfert forcés" vers la métropole, pour repeupler des régions touchées par l’exode rural. Ces petits Réunionnais étaient généralement issus des classes pauvres et formaient le contingent des "Enfants de l’Assistance". Beaucoup de familles, illettrées, agissant sous la pression d’une administration affolée par la croissance démographique, signèrent les autorisations exigées. D’autres ont été mises devant le fait accompli. Les parents étaient convaincus que leur rejetons partaient pour un avenir meilleur et qu’ils reviendraient régulièrement dans l’île. Mais la plupart n’ont jamais pu revoir leurs enfants déportés dans une soixantaine de départements français. Cette épisode récent est connu comme l’affaire des "Réunionnais de la Creuse".

Vous découvrirez, dans ce documentaire de William Cally "Une enfance en exil", à travers des récits poignants une vérité sur ce passé douloureux dans les années 60 et 70. L’histoire invraisemblable et dramatique du transfert forcé des enfants mineurs ou orphelins réunionnais.


Plus d’informations sur les enfants de la Creuse / La page d’accueil CREUSE (12 membres - 50 articles)

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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse
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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse
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projection Une enfance en exil - enfants réunionnais de la Creuse

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