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Transition agroécologique des productions agricoles à la Réunion : Offre de Thèse CIRAD

Publié le 24 mai 2016 974
Transition agroécologique des productions agricoles à la Réunion : Offre de Thèse CIRAD

CIRAD

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Sujet de thèse proposé : Quelles dynamiques de marchés pour favoriser la transition agroécologique des productions agricoles : cas des agrumes sur l’Île de la Réunion

Contexte et problématique (positionnement du sujet par rapport à la littérature internationale)
En matière de modèles agricoles aptes à répondre aux changements globaux, l’agroécologie a connu ces dernières années une importante reconnaissance, passant du statut de modèle contestataire de la révolution verte à celui de proposition de modèle d’agriculture à diffuser à large échelle (IDAE, 2015). Ce modèle repose à la fois sur (i) l’écologisation de systèmes agricoles visant à utiliser les processus écologiques pour produire des services utiles à la production (Le Gal, 2014) et (ii) l’émergence de nouvelles dynamiques de marchés centrées sur une relocalisation des systèmes productifs (manger local) et l’établissement de nouvelles relations entre producteurs et consommateurs (vente directe, circuits courts, restauration collective). Dans cette perspective, divers systèmes alternatifs d’approvisionnement et de distribution alimentaire se sont diffusés en France et dans d’autres pays (Deverre et Lamine, 2010 ; Niederle 2011) et suscitent un intérêt croissant des acteurs publics (État, collectivités territoriales ou associations de consommateurs) (Le Velly et Brechet ; 2012).
La littérature académique internationale sur l’agroécologie et les autres formes d’agricultures durables est importante. En analysant cette littérature, Bellon et Ollivier (2013) montrent que depuis les années 80, les formes d’agricultures écologisées sont en majorité traitées au travers de l’agronomie multidisciplinaire et des sciences environnementales. Les questions de la relation de ces formes d’agriculture aux marchés et à l’alimentation apparaissent plus tardivement et sont le fait des SHS. Sont ainsi peu à peu étudiés : la structuration des agrifood systems (Allen et al, 2004), les systèmes agroalimentaires localisées (Muchnik et al, 1996) ou encore les formes de certification des agricultures ecologisées (Guthman, 2004). Ces objets invitent à une évolution progressive des niveaux d’organisation et d’analyse de la parcelle au système agri-alimentaire (Wezel et al, 2009).

Cette analyse de la littérature internationale sur l’agroécologie rejoint les évolutions d’autres travaux en géographie et en sociologie qui s’attachent à appréhender conjointement production et consommation, ce que David Goodman dénomme le consumption turn de la sociologie (Goodman 2004, Deverre et Lamine, 2010). Depuis une quinzaine d’années, ces deux disciplines revendiquent une meilleure prise en compte des formes de consommation des produits alimentaires et de leur (re)connection avec les manières de produire (Delfosse 2003, Le Velly, 2011, Rieutort, 2011 ). En France et en Europe, cette reconnection a d’abord été apprehendée au travers des certifications volontaires et des indications géographiques.
Plus récemment, des initiatives locales des organisations de producteurs et de consommateurs, des collectivités locales ou des villes proposent des innovations sur les marchés et réinventent des systèmes alimentaires. On observe l’émergence de nouveaux dispositifs d’échanges et de régulation, à l’exemple des plateformes d’approvisionnement en produits locaux (virtuelles ou non) facilitant la rencontre entre les collectivités et les acteurs publics et l’offre locale (bio ou non). Ces processus par lesquels se fait la "rencontre entre l’offre locale et la demande locale implique d’analyser le travail organisationnel associé (définition des termes de l’échange, des conditions logistiques, des qualités...) et de montrer que cet effort organisationnel ne fait pas que relier une offre et une demande préexistante, mais qu’il implique aussi souvent de les modifier (Le Velly, 2015). Ceci dit ces systèmes alternatifs ont souvent été appréhendés en tant que « situation d’innovation » spécifique quelque peu déconnectée des autres dynamiques territoriales ou sectorielles (filière conventionnelle).
Or, il semble aujourd’hui indispensable de restituer ces innovations dans les relations qu’elles entretiennent avec les autres régulations mises en œuvre sur les territoires. Il n’est pas rare en effet que des démarches d’innovations hybrident des modalités de fonctionnement issues de différents modèles (qualifiés, bio, conventionnel). C’est ainsi par exemple qu’un circuit d’approvisionnement relocalisé, couplé à une définition territoriale de la qualité, peut se développer en s’appuyant sur certains rouages des circuits agro-industriels, tels que les grossistes et distributeurs. Pour se saisir de ce phénomène, Gilles Allaire (2014) parle de marchés découplés. C’est à dire des marchés spécifiques relativement autonomes des filières globales mais aussi imbriqués dans des systèmes de production et de distribution plus large. Les 5 types de découplages proposés par l’auteur sont : (i) les marchés de proximité (vente à la ferme, marchés fermiers, marchés de producteurs vente directe) ; (ii) les marchés qualifiés (le bio, l’agroecologique, ou les IG) ; (iii) les marchés institutionnels (marchés publics, restaurations scolaires et institutionnels, programme d’achat pour des programmes d’assistance à la pauvreté) ; (iv) les marchés de sercices (services environnementaux) ; (v) l’autoproduction (programme de soutien de jardins familiaux autour des villes) (Allaire, 2014). Cette notion de découplage rejoint la notion des marchés imbriqués où les limites avec les marchés conventionnels existent mais les frontières restent perméables (Lev, 2011 ; Polman et al, 2015). Sur l’Ile de la Réunion, nous faisons l’hypothèse que ces marchés sont fortement imbriqués du fait de la taille et du caractère insulaire de ce territoire.

Ce projet de cette thèse part du principe que la mise en marché des agrumes agroécologiques à la Réunion repose sur des petites exploitations familiales, spécialisées ou diversifiées, évolue dans un contexte de forte concurrence avec les produits importés (agrumes d’Afrique du sud et d’Israël) et s’appuie sur des modalités d’interactions spécifiques entre différents marchés.

Apparue dans les années 60, la dynamique agrumicole réunionnaise s’est développée dans les années 70 et 80 chez quelques producteurs cherchant à diversifier leur production. L’augmentation des surfaces plantées est rapide et soutenue par des aides financières et un conseil technique très présent, qui oriente les agriculteurs vers d’autres variétés pour contrebalancer l’import (Combava et Tangor). Au cours des années 90, qualifiées de période d’« euphorie des agrumes », apparaissent les premiers travaux sur les techniques d’agriculture raisonnée. La commercialisation s’organise essentiellement autour du marché de gros de St-Pierre. C’est dans les années 2000 que la déprise de la filière s’amorce, avec un conseil beaucoup moins présent, des crises sanitaires, une urbanisation envahissante, et une surproduction de mandarine combinée à un import extrêmement compétitif conduisant à une chute des prix. De 2010 à 2015, le lent déclin de la filière continue, avec des vergers de moins en moins entretenus en raison de la faible rentabilité économique actuelle des agrumes, liée notamment à leur manque de compétitivité face à la qualité visuelle des agrumes importés, mais également à un vieillissement des agrumiculteurs et des exploitations rarement reprises par des plus jeunes.

Les circuits commerciaux de l’Île de la Réunion se caractérise par une grande diversité avec une prégnance des circuits courts et informels (« bazardiers ») pour les fruits et légumes. La production d’agrumes est également fortement diversifiée avec plusieurs variétés et espèces locales, une forte variation de qualité demandée par les consommateurs / clients, mais aussi une concurrence avec les agrumes importés (oranges, citrons).

Il existe actuellement une volonté de la part des institutions publiques de l’Ile de la Réunion de relancer la production d’agrumes produits localement et de favoriser le développement de la transition agroécologique des exploitations agricoles. Parmi les voies possibles de relance de cette filière impulsée notamment par la Chambre d’Agriculture, l’investissement sur des marchés spécifiques apparaît comme un moyen de mieux valoriser commercialement la production locale au regard des importations, et de relancer la filière de productions agrumicoles locales.

Dans ce contexte, ce projet de thèse vise à approfondir notre connaissance sur les processus à l’œuvre dans la commercialisation des agrumes produits localement et les modalités d’interaction et de coexistence des circuits locaux avec les circuits conventionnels et import.

Question de recherche : En quoi les circuits de distribution des produits agricoles favorisent-ils ou non les dynamiques de transition agroécologique ? Le cas de la filière agrumes à La Réunion

Ce projet de thèse s’inscrit dans une dynamique collective des partenaires scientifiques et techniques et les acteurs de la filière agrumicole locale. La filière agrume réunionnaise présente un contexte particulièrement favorable pour traiter des interactions entre exploitations agricoles et filières. Elle est l’objet de différents travaux développés au sein du dispositif de programmation Cosaq (Co conception de systèmes alimentaires de qualité) financé par La Réunion. Ce travail de recherche vient compléter les travaux engagés par deux autres thèses en agronomie dont la premiere s’intéresse à l’échelle de la parcelle et étudiant les services écosystémiques rendus par l’enherbement des vergers (Marie Rothe) et la seconde porte sur l’analyse et accompagnement des dynamiques de transition agroécologique des exploitations fruitières (Marie Dupré).

RESUME DU TRAVAIL PROPOSE
Le sujet s’inscrit dans l’Axe stratégique 3 du Cirad « alimentation durable », où il contribuera à la connaissance des gouvernances des systèmes alimentaires (conditions d’accès aux marché et stratégies des acteurs de la filière agrumes).
Le travail comprendra les principales phases suivantes, auxquelles se rajoutera en parallèle la rédaction des articles scientifiques sur lesquels sera basé le document de thèse :
• Bibliographie orientée sur les dynamiques de marchés des exploitations agricoles impliquées dans des stratégies de marchés qualifiés (agro-écologique, bio, Indication géographique), des marchés de proximité (marches de producteurs, circuits courts), et des marchés institutionnels (restauration collective) ;
• Analyse sur la base d’enquêtes des pratiques de commercialisation d’un échantillon de commerçants et d’organisations et plateformes d’approvisionnement sur l’identification des différents circuits conventionnels et alternatifs. Caractérisation des principaux déterminants des choix des marchés par les acteurs du marché. Place et rôle des produits de l’agroécologie.
• Analyse sur la base d’enquêtes auprès de commerçants et plateforme de l’évolution des systèmes de commercialisation et de distribution des agrumes, en fonction des types de marchés. Analyse des modes d’interactions filière spécifique / filière conventionnelle
• analyse sur la base d’enquêtes auprès des consommateurs sur leur perception de la qualité en fonction du type d’agrumes, sur leur perception des systèmes techniques agrumicoles (notamment la composante « traitement phytosanitaire, et sur leur consentement à payer un prix plus élevé pour des produits moins traités, en approfondissant les éventuelles contradictions entre une demande pour des fruits « impeccables » et pour des fruits moins ou pas traités.
• et des acheteurs sur leur représentation des produits achetés directement auprès du producteur, et en quoi sont-ils prêts à payer plus cher un produit issu d’une démarche agro-écologique, qu’elle soit ou non certifiée "officiellement" ?
• analyser en quoi les marchés qualifiés et institutionnels sont ils favorables au développement et la relance de la production et quels sont les marchés pour favoriser une transition agro-écologique à l’échelle de la production
• Conception et expérimentation d’une démarche d’accompagnement permettant d’éclairer les producteurs et les acteurs des plateformes d’approvisionnement en produits locaux sur les différentes voies possibles d’évolution de leurs systèmes de commercialisation, prenant en compte leurs propres contraintes, atouts et marges de manœuvre, en lien avec les demandes des marchés.
• Le travail se basera sur une relation de partenariat avec un échantillon d’agrumiculteurs et d’acteurs de la commercialisation envisagé a priori sous deux formes : des enquêtes auprès un premier échantillon couvrant la diversité des situations sur l’Ile ; des études de cas approfondies sur les plateformes travaillant avec tous types de structures professionnelles (restauration collective, grande distribution, réseaux de commercialisation informels autour de ce que l’on appelle les bazardiers).

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