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Maxime Laope un chanteur populaire – extraits

Publié le 3 septembre 2020
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"Un soir que j’avais le mal du pays à Diego, j’ai écrit « La rosée tombée », sur une mélodie qui m’était venue comme ça. De retour à la Réunion, j’avais fait arranger et transcrire la musique par Jules Arlanda. J’ai ressorti cette chanson de mes cahiers et je l’ai proposée à Benoîte…"

Extraits du livre « Maxime Laope un chanteur populaire » - Souvenirs, textes et chansons - d’Expédite Laope-Cerneaux et Bernadette Guillot paru aux éditions Orphie.


Chanteur, conteur, comédien, Maxime Laope a commencé en 1947 son parcours artistique qui s’est achevé à sa disparition en 2005. Derrière celui qui est resté dans la mémoire des Réunionnais le symbole du séga, il y a aussi un « patriarche », un témoin de son temps, avec des souvenirs plein la tête. Il a été le seul chanteur réunionnais dont la carrière s’est étendue du 78 tours au CD. Ce livre, dont la première édition date de 1999, nous fait partager une partie de ses souvenirs. Au travers de ses chansons, on peut voir les images d’une Réunion vivante et changeante qui mérite bien d’être « mise en livre ».

Expédite Laope-Cernaux aujourd’hui retraitée, était chargée de mission illettrisme au Conseil régional de La Réunion. Après avoir rédigé la biographie de son père en collaboration avec Bernadette GUILLOT, elle a publié en 2014 un premier roman : Clotilde de la servitude à la liberté, aux éd. L’Harmattan. En 2017, elle a réalisé une traduction en créole réunionnais de l’Evangile selon SaintMarc, aux éd. Bible Society of Mauritius. Se consacrant désormais entièrement à l’écriture, elle a publié son premier ouvrage aux éd. Orphie en 2018, intitulé Le grand saut, une chronique de l’émigration de la jeunesse réunionnaise vers la France hexagonale des années 60 à 90. Depuis 2018, elle collabore également au webjournal 7 Lames la Mer.


Quelques extraits :

Souvenirs d’enfance (P. 29)

Ma mère élevait aussi des cabris, mais les cabris rejoignaient les cabris sauvages dans la montagne et restaient dans les cavernes. Elle était alors obligée de payer des hommes pour aller les chercher. Quand ils les ramenaient, elle les faisait abattre et donnait une part de viande à chaque homme. Personnellement, je n’aimais pas la viande de cabri, je n’en mangeais jamais. Ma mère suspendait la tête du cabri dans sa cuisine pour se faire un cari spécial le lendemain. J’avais horreur de ça, je regardais furtivement cette tête de cabri qui me fixait, les oreilles dressées, les yeux hagards... Tant que cette tête était là, je fuyais la maison, passant le plus de temps possible à acheter des bonbons ou à jouer au ballon avec les copains. Je ne rentrais que le soir, en allant directement à ma chambre pour éviter de voir la tête de cabri.


La chanson : une passion dès l’enfance (P.30, 31)

Ce que j’aimais le mieux dans le catéchisme de persévérance, c’est la place accordée au chant. On chantait beaucoup, et le curé nous donnait des bonbons pour nous encourager à chanter, mais moi, je n’avais pas besoin de cela : j’adorais chanter. C’est au catéchisme qu’on a commencé à dire que j’avais une belle voix et que je chantais bien. Moi, je n’y voyais rien d’exceptionnel, vu que je chantais depuis toujours. Pour moi c’était aussi naturel que rire, courir, m’amuser. Le prêtre de la Délivrance avait aussi remarqué ma voix, et il a demandé aux filles de la chorale de me convaincre de me joindre à elles. Je n’y suis pas allé parce que j’avais honte des filles, elles n’étaient pas toutes de mon quartier. Il est venu en personne une deuxième fois, j’ai encore refusé. Mais pendant la période du catéchisme de persévérance, j’ai rejoint la chorale de Saint-Jacques.


La rencontre avec Benoîte Boulard (p. 159)

L’année suivante, 1952, c’est une date mémorable : j’ai fait la connaissance de Benoîte Boulard. En chantant « Vers une île », j’ai eu le 3ème prix du radio-crochet. Je ne sais toujours pas qui est l’auteur de cette chanson que j’avais apprise à Diégo. Le 1er prix a été remporté par trois sœurs qui chantaient ensemble : « Le Trio Fadeuille ». Ce Trio avait déjà raflé plusieurs fois les premières places des concours de chant. Le 2ème prix est allé à une jeune chanteuse que personne ne connaissait jusque-là : Benoîte Boulard.

Benoîte et moi, nous avons sympathisé et nous avons décidé de nous présenter ensemble au radio-crochet de l’année suivante pour tenter de battre le Trio Fadeuille. Dix ans plus tôt à Diégo, un soir que j’avais le mal du pays, j’avais écrit une chanson appelée « La rosée tombée », sur une mélodie qui m’était venue comme ça. De retour à la Réunion, j’avais fait arranger et transcrire la musique par Jules Arlanda. J’ai ressorti cette chanson de mes cahiers et je l’ai proposée à Benoîte. Nous l’avons préparée pour notre premier duo de 1953. Nous sommes sortis premiers. C’est une date qui compte parce que, pour la 1ère fois, j’ai été primé pour un morceau dont les paroles, en créole, et la musique étaient entièrement de moi.


Madina – commentaire (p. 159)

On considère « Madina » un peu comme un classique du séga ; c’est une chanson très connue. Elle a été reprise plusieurs fois : par Madoré, par Benoîte Boulard, par beaucoup d’autres... Dans les années 60/70, son intro servait d’indicatif à l’ORTF le matin. On y retrouve l’atmosphère des veillées mortuaires dont j’ai déjà parlé. Quand quelqu’un mourait, il fallait avoir au moins du café, du sucre pour aller avec, du rhum, qui attirait des habitués des veillées et, bien sûr, des raconteurs d’histoires. Les parents et connaissances du mort n’hésitaient pas à faire des grands déplacements pour assister à la veillée ou à l’enterrement.

Donc il fallait avoir de quoi nourrir ceux qui venaient de loin. Mais il était d’usage aussi que les parents et amis contribuent chacun selon ses moyens. Il y a toujours une solidarité lorsqu’il y a un décès. Dans la pièce où se trouve le mort, les gens, surtout les femmes, prient, disent le chapelet, ou chantent des chants religieux. Les hommes, une fois qu’ils ont rendu hommage au décédé, s’installent à l’extérieur sur des tables et des bancs empruntés à la mairie ou à l’église. Ils boivent, ils jouent aux cartes et aux dominos, et racontent des histoires, avec souvent des tas d’enfants qui traînent autour. Ça peut paraître bizarre quand on est dans le deuil, mais ce sont nos traditions... D’un autre côté, cela montre aux membres de la famille qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a beaucoup de gens autour d’eux, malgré la mort. Et puis, ils n’ont pas le temps de penser à leur chagrin parce qu’il faut s’occuper de tout ce monde. Ça rend la mort moins triste en quelque sorte.


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