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Valmyr Turbot : une figure du Dimitile ouvre son gite

Publié le 27 janvier 2012
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Le contact gite : [email protected] ou 06 92 98 34 73 ! Interviewé dans le cadre du projet "Réunion qui es-tu ?", Valmyr Turbot livre l’histoire d’une vie hors du commun faite d’une douzaine de métiers, mais aussi son amour de la nature, ses rêves et ses projets. "Dans mon gite à Dimitile, c’est comme si j’avais créé une occasion de rencontres et d’évolution. Les gens qui viennent ici mènent certainement une quête personnelle… et des choses se passent. C’est un lieu d’une grande richesse humaine".

Voir la vidéo du "talk" de Valmyr Turbot au TEDx Réunion

Valmyr Turbot
Photo : Dimitri Sans

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Jennifer Vignaud : Comment vous décririez-vous en quelques mots ?

J’ai un parcours atypique, ce n’est pas facile de me décrire… Je peux dire que je suis quelqu’un qui laisse les choses venir à moi, naturellement.

Quels sont vos passions et loisirs ?

Ma passion principale, c’est d’être passionné ! Je suis passionné de l’autre, j’aime la richesse humaine. C’est une quête fondamentale que celle de la rencontre, de l’échange.

Y a-t-il des choses que vous détestez ?

Le manque de savoir-vivre et le manque de respect. Je suis choqué de voir que des sociétés actuelles « évoluées » rejettent les plus faibles. J’aimerais pouvoir éveiller la conscience des gouverneurs sur le fait que beaucoup de civilisations sont mortes, détruites par ce décalage entre la technologie et l’individualisme, au détriment de l’humain.

Quelle est votre plus grande peur ?

Les peurs nous empêchent de vivre. Par exemple, les gens ont peur de la mort. Mais dans cette course contre la mort, ils ne font justement qu’augmenter leur peur. Tout le monde a peur de la bombe atomique, des épidémies, des tsunamis, de 2012… Mais nous allons mourir de toute façon, et il ne faut pas en avoir peur. C’est un chemin initiatique de le comprendre.

Quel est votre livre préféré ?

Conversations avec Dieu.

Quel est votre plat préféré ?

Des langoustes grillées avec une sauce. C’est un plat que je mange à l’île Maurice, un vrai plaisir !

Quelle est votre musique préférée ?

Je dirais plutôt que j’ai un musicien préféré : Bob Marley ; un personnage mythique, une référence.
Je joue moi-même de l’accordéon et de la guitare. J’ai découvert que la musique, comme les larmes, la pluie qui tombe ou l’eau qui s’écoule de nos mains, est un moyen de toucher l’intérieur de notre être.

Pouvez-vous nous parler des plantes médicinales ?

Je connais bien les plantes médicinales et aromatiques. La plante est le véhicule de l’éternité de l’Homme, parce qu’elle était là avant lui, et qu’elle sera encore là après. Ingérer les différentes molécules des plantes qui conduisent à la santé éveille chez l’Homme cette conscience de l’éternité qu’il a en lui. La plante entre en osmose avec le corps.

Quelle éducation avez-vous reçue ?

Mes parents sont mes deux maîtres dans la vie. Mon père, agriculteur, était très lié à la terre. Ma mère était une femme mondaine, attachée à la vie sociale. J’ai dû trouver ma place et mon chemin entre ces deux axes : la voie du milieu.
J’ai eu peur d’aller à l’école jusqu’à l’âge de onze ans. Les autres enfants voulaient sans arrêt se battre avec moi ; j’ai appris à me défendre sans frapper.
Puis je suis allé au séminaire étudier la théologie pendant six ans. C’est une autre école qui m’a fait découvrir des valeurs, une éthique et un autre regard sur l’essentiel.
À dix-huit ans, je suis devenu révolutionnaire : un peu hippie, j’avais toujours une fleur à mon pantalon, je contestais tout. Ma mère me trouvait désagréable !

Quels étaient vos rêves d’enfant ? Les avez-vous réalisés ?

Petit, je voulais être médecin de l’âme, soigner les âmes pour supprimer les maux. Je crois que je suis arrivé aujourd’hui à ce rêve ! Pouvoir toucher l’essentiel, l’authenticité.

Quel est votre meilleur souvenir ?

Ce n’est peut-être pas le plus beau, mais je pense immédiatement au contact que j’avais avec l’eau. J’ai toujours eu la chance extraordinaire d’avoir de l’eau autour de moi. Quand j’étais enfant, on pataugeait dans un cours d’eau près de la maison. L’eau n’était pas limpide, mais on s’amusait ! J’ai compris plus tard que ce rapport à l’eau était une manière de rendre ma vie limpide, de me guérir du lien avec ma mère, qui était une femme déchirée par de grosses violences de la vie. C’est un souvenir magnifique.

Quel est votre pire souvenir ?

Je pense à ma mère qui a eu un coma diabétique, dont elle n’est jamais sortie. Cet événement a été un élément déclencheur dans mon intérêt pour la santé des autres. Je crois profondément que nous ne sommes pas nés pour être malades, qu’il n’y a pas de place pour la maladie dans une vie saine. La maladie apparaît lorsqu’on est en désaccord avec soi-même, qu’il y a négation de soi, qu’il y a un conflit entre ce que nous sommes et ce que nous paraissons.

Quel est votre dernier fou rire ?

C’est difficile de savoir, je ris tout le temps !

Quand avez-vous pleuré pour la dernière fois ?

J’ai pleuré de joie lors d’un concert de mon fils, où j’ai joué de la basse avec lui. C’étaient des larmes silencieuses, mais extraordinaires.

Si vous pouviez remonter le temps, que changeriez-vous dans votre vie ?

Ne pas aller au séminaire. Ne pas connaître la mort brutale de mon frère, la maladie de ma mère. J’aimerais pouvoir changer mon regard sur ce qui s’est passé, et sur ce que j’ai fait et continue à faire aujourd’hui. Les événements ne sont pas forcément bons ou mauvais : c’est notre façon de les interpréter qui leur donne une couleur et une saveur différentes. Et je crois qu’il y a toujours de la joie, même dans la pire des tragédies humaines.

Quel est votre métier aujourd’hui ? Pouvez-vous me le décrire ? Racontez-moi votre journée type.

Aujourd’hui je tiens entre autres un petit gîte au Dimitile. Pour moi, c’est comme si j’avais créé une occasion de rencontres et d’évolution. Les gens qui viennent ici mènent certainement une quête personnelle… et des choses se passent. C’est un lieu d’une grande richesse humaine.

Vidéo captée au gite de Valmyr Turbot au Dimitile : Nature, musique, sourire et bonne humeur sont au rendez vous au dessus des nuages !


Qu’est-ce que le travail représente pour vous ?

J’ai dû faire une douzaine de métiers : directeur commercial d’une société de confiture et d’une société de sport, créateur d’une petite entreprise de publicité, pépiniériste, agriculteur, marchand forain, vendeur des meubles, fondateur de deux écoles de musique… J’ai fait un peu d’enseignement aussi. Et j’ai été directeur du cabinet à Saint-Joseph pendant un certain temps, pour m’occuper des affaires culturelles. Tous ces métiers m’ont appris que le travail n’est pas nécessaire. Il peut amener les gens plus vite vers la retraite et la mort, mais pas vers le « vivre mieux ». Les conditions de travail sont souvent difficiles. On nous dit qu’il apporte de la dignité et de l’honneur, mais j’ai le sentiment que le travail nous méprise. Il faudrait, dans le travail, favoriser les échanges entre les gens, et que les personnes se réalisent pour pouvoir enrichir l’autre.
Tout se résume aux miettes de vie, parce que le travail prend une ampleur telle, la quête pour gagner sa vie est tellement puissante, qu’on passe peut-être à côté d’autres choses. S’asseoir et regarder les oiseaux, laisser le sable crisser sous nos pieds au bord d’une plage ; je trouve ça merveilleux à vivre, tout simplement.

Quel regard portez-vous sur la société ?

J’aimerais qu’on partage les richesses. Que les gens vivent dans la dignité, qu’ils accèdent à une qualité de vie. Les gouverneurs ont les moyens de le faire, mais il faudrait qu’ils changent leur vision actuelle de compétition. Du coup, on a quelques personnes éveillées, et tout un groupe de personnes désœuvrées.
Chacun de nous, à son niveau, devrait pouvoir faire les bons choix. Chacun a le choix de tendre la main ou de tuer son voisin. Le choix de prendre un couteau, ou de partager son pain. C’est le choix de blesser qui conduit à la domination, à la destruction, aux guerres.

Que représente l’argent pour vous ?

Je pense que la relation au travail et la relation à l’argent sont liées. Une mauvaise interprétation de la richesse déséquilibre les sociétés : on parle de la sécheresse en Somalie par exemple, mais ce drame a été préparé par le comportement arrogant des sociétés riches par rapport aux autres sociétés dites pauvres.

Quelle est votre définition de l’amour ?

La première chose dans l’amour, c’est de ne pas s’occuper de l’autre, ne pas vouloir le posséder. Le laisser vivre sa propre vie, sans y apporter la moindre blessure ou contrariété.

Quel est votre plus beau souvenir d’amour ?

Les plus beaux moments d’amour sont peut-être les moments d’amitié !
Mais dans ma vie actuelle avec ma compagne, nous avons des moments d’amour extraordinaires. Parce que ce n’est pas de l’amour tel qu’il se vit aujourd’hui, au sens de l’amour « possession ».

Quelle est votre définition de l’amitié ?

Respecter l’autre, l’accepter tel qu’il est.

Qu’est ce que la famille représente pour vous ?

La famille, c’est sacré. Mais pas au sens religieux du terme ! Il n’y a pas de plus beau cadeau qu’une famille qui vit l’amitié et l’affection. J’ai vécu cela avec mes frères et sœurs, mais, pour beaucoup de raisons que je ne juge pas, cela n’a malheureusement pas marché.

Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

Dans la vision des sages, un enfant est considéré comme déjà adulte ; il possède une prescience. Il est capable de faire l’éducation de ses parents, parce qu’il ne connaît pas encore le mensonge et la duplicité. Il sait déjà, d’une manière intérieure et intuitive, ce qui est bon pour lui.
Mais il faudrait commencer par enlever le sens de la compétition et de la concurrence qu’on met entre les enfants. Cela crée des fossés, et rompt le droit à la justice, à l’équité, au respect.

Ce que je crois être la clé aujourd’hui de la vie, c’est l’émotion. Pour un tas de raisons, éducatives, sociales et religieuses, on a dans le passé, et encore aujourd’hui, bridé nos émotions. Or, l’émotion, lorsqu’elle est libérée, conduit à l’amour. Alors que lorsqu’elle est brimée, elle conduit à la haine, la rancœur, la destruction. Quand on est parents justement, il y a un éveil à faire par rapport à cela. Lorsqu’un enfant pleure, c’est que cet enfant doit pleurer. J’ai eu quatre enfants, et je ne parlais pas comme ça du tout. Donc je m’excuse auprès d’eux. Aujourd’hui je crois que je pourrais être un père plus attentif justement à l’éveil de l’émotion. Alors, comme je le dis, l’émotion ce sont les larmes, mais c’est aussi la joie. Un cri de joie, c’est puissant, c’est magnifique.

Quelle est votre définition du bonheur ?

Je pense qu’on ne naît pas heureux, mais qu’on doit d’abord découvrir qui on est vraiment ; comme si on avait été aveugle et qu’on ouvrait de nouveau les yeux sur le bonheur. On doit décoller lentement cette glu autour de nos yeux, pour que la lumière extérieure entre en nous et nous place en harmonie avec le tout et l’être. Ce n’est que par un chemin intérieur, une prise de conscience de la conscience, que nous pourrons le percevoir. Aujourd’hui, nous avons tous des réactions inconscientes, mais pas forcément des actions conscientes. Le bonheur apparaît lorsque nous posons des actes conscients. Nous avons alors une certaine maîtrise sur notre vie ; nous sommes acteurs de notre bonheur.

Que feriez-vous si la fin du monde était dans six mois ?

Je suis sûr que ce ne sera jamais la fin du monde ! Je dis même que si l’on vit bien chaque jour, on peut rallonger sa vie.
Mais si la fin du monde arrivait, je voudrais être en harmonie avec moi-même, et passer à travers le feu de la fin sans souffrir. Du coup, cela n’est pas très inquiétant.

Pratiquez-vous une religion ?

J’entrerai dans la première religion qui reliera toutes les autres ! La vraie religion, c’est d’arriver à se relier à la source de toutes choses. Une religion qui applique au quotidien l’amour, la vérité et la joie, est une bonne religion. Mais je ne l’ai pas encore trouvée !

Que pensez-vous qu’il y ait après la mort ?

Je pense que la mort n’existe pas, mais que l’on change de forme. Une voiture, une plante, un objet se transforment aussi et passent à autre chose. Lorsqu’on en a la certitude, la mort peut être vue comme une délivrance, et même une source de grand bonheur.

Pour vous, quel est le sens de la vie ?

C’est l’une des plus belles questions. Je dirais à chacun de chercher lui-même la vérité : on a tous en nous les moyens de comprendre la raison pour laquelle nous sommes sur Terre. En ce qui me concerne, j’ai la réponse. Mais il n’y a pas qu’une réponse… et si je la donnais, elle pourrait être un non-sens pour quelqu’un d’autre. À chacun de trouver son propre sens.

Si une fée pouvait réaliser trois vœux, que lui demanderiez-vous ?

Le premier vœu serait que les sociétés, les gouverneurs s’occupent des plus démunis. Non pas en leur donnant, mais en leur apprenant.
La deuxième chose est que je suis intimement convaincu qu’il y a des vies ailleurs que sur Terre. J’aimerais pouvoir lever les yeux vers d’autres galaxies, arrêter cette arrogance de l’Homme de croire qu’il est le nombril de l’univers, pour avoir peut-être la chance d’accueillir d’autres formes de consciences élevées.
Enfin, je voudrais que les peuples puissent détruire toutes les maisons pour se reconnecter à la nature, pour retrouver des sources d’équilibre, de partage, de respect.

Pouvez-vous me décrire la Réunion de votre enfance ?

Je suis né à Saint-Joseph. Nous avons ensuite vécu à Saint-Benoît, à Cilaos, et à Saint-Denis. Je croyais que le créole était une sorte de race, une communauté universelle. Nous habitions loin de la mer, et je pensais que toutes les terres se touchaient ! Nous vivions proches de la nature. Je me rappelle quand j’ai découvert Manapany et la mer avec ses crabes, ses poissons, ses langoustes !

Pouvez-vous me parler de la Réunion d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous cherchons inévitablement l’uniformité. Mais du coup, on perd la différence. On veut faire de la Réunion une région française et couper son cordon ombilical, sa mère de naissance qui est l’océan Indien. Ce n’est pas une idée indépendantiste, mais je constate qu’un glissement est en train de s’effectuer, et qu’il est dangereux pour la terre entière. Certains s’enferment et disent : « Zoreils dehors ! » Ce n’est pas la vérité. La vérité, il faut la chercher dans le respect de la différence. Supprimer les différences, c’est comme couper le courant électrique, ça ne fonctionne plus. Si on enlève le moins, le plus ne fera rien, il n’y aura pas de lumière.

Comment souhaitez-vous voir évoluer la Réunion ?

Il est temps de tendre la main vers les différentes régions. Moi, j’ai la chance extraordinaire d’accueillir des gens qui viennent de toute la planète.

Quel est votre endroit préféré à la Réunion ?

À Dimitile, je suis dans la plus belle phase de ma vie, je réalise que tout est possible. Le ciel est magnifique ; on voit se déplacer les astres, et on voit aussi se déplacer les gens, ceux-là mêmes qui suivent la même quête que moi. Une quête d’universalité, de respect de la nature, de la Terre et de l’univers.

Avez-vous un message pour le Réunionnais ?

Je réalise actuellement une trilogie qui s’appelle Les Couleurs noires de la liberté. Le premier film mettra en scène deux jeunes enfants, un Blanc et un Noir, dans le cadre de l’esclavage où cette dualité les oppose. Ils feront un chemin qui va les transcender. Je fais cela au nom de mon île, parce que j’ai envie qu’elle transcende elle aussi les souffrances inscrites dans son subconscient. J’espère que le Créole prendrait la parole et dira : « J’existe. Je suis une minorité, mais j’existe. » C’est cette quête personnelle, pour ma propre guérison, que je voudrais communiquer à tous ceux qui, comme moi, cherchent à avancer, à évoluer. Quand j’ai voulu réaliser ma cheminée, j’ai pris une pierre et je l’ai posée dans la cuisine, sur le carrelage. Je crois que c’est ainsi que naissent les pensées et les projets. Le premier pas. Peut-être que c’est un premier pas aujourd’hui ?

Comment avez-vous vécu cette interview ?

J’ai l’intime conviction que cette interview n’est pas due au hasard. Je pense que votre différence enrichit la mienne, et j’espère que cet entretien conduira à un éveil de conscience, permettra à des gens de comprendre davantage leur identité, de s’apaiser, de guérir. Vous êtes en train de mettre une pierre à l’édifice d’une belle terre. Je vous en remercie.


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