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De plus en plus de Réunionnais aux postes de cadres

Publié le 6 novembre 2020
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À La Réunion, en 2016, 14 500 cadres sont natifs de l’île. Ils occupent près de la moitié des emplois de cadre sur l’île contre un tiers en 1990. En 25 ans, le nombre de cadres natifs de la Réunion travaillant sur l’île a été multiplié par quatre. La proportion de cadre natifs dans le département suit l’élévation du niveau de diplôme de la population et rattrape le standard hexagonal. 62 % des cadres nés sur l’île y restent ou y reviennent pour travailler...

Les principaux enseignement de l’étude « Emploi des personnes nées à La Réunion, de plus en plus de natifs et natives parmi les cadres » publiée en novembre 2020 par l’Insee, l’Université de La Réunion et le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement de La Réunion (CCEE).


À La Réunion, en 2016, 76 % des 256 000 personnes en emploi sont natives de l’île. Les Réunionnais, comme les Antillais, travaillent plus souvent qu’ailleurs dans leur région natale. En métropole, hors Île-de-France, seules 65 % des personnes en emploi exercent dans leur région de naissance. L’éloignement géographique de l’île contribue sans doute à freiner les départs vers la France hexagonale, que ce soit pour des questions de coût ou d’attachement à sa région natale et à ses proches.

En 1990, les natifs de l’île étaient davantage présents parmi les personnes en emploi (84 % en 1990, 76 % en 2016).Cette évolution a suivi la même tendance dans les régions de France de province (71 % contre 65 %) ou aux Antilles (86 % contre 77 %), les populations se déplaçant plus facilement qu’avant.


Parmi les travailleurs, les cadres sont particulièrement mobiles, à La Réunion comme ailleurs. Ils sont donc moins souvent en poste dans leur région de naissance. En 2016, parmi les 31 000 personnes exerçant un emploi de cadre à La Réunion, 47 % y sont nées. C’est moins qu’en province, où les natifs occupent en moyenne 52 % des emplois de cadre dans leur région de naissance. Aux Antilles, la part des natifs parmi les cadres est plus élevée encore (57 %) ; c’est l’inverse en Corse (45 %).

Le nombre de cadre réunionnais en forte progression

Toutefois, les natifs forment une part croissante des cadres travaillant à La Réunion : en 1990, seuls 33 % d’entre eux étaient nés sur l’île. En 25 ans, le nombre de cadres natifs a ainsi été multiplié par quatre, passant de 3 700 en 1990 à 14 500 en 2016.
L’évolution du marché du travail est favorable aux cadres, avec les besoins accrus de l’économie réunionnaise en main-d’oeuvre qualifiée. Ils occupent dorénavant 12 % des emplois contre 8 % en 1990. Entre 2011 et 2016, chaque année, 800 cadres supplémentaires sont en emploi sur l’île : 69 % d’entre eux y sont nés, contre 45 % entre 1990 et 1999.


Des natifs mieux formés pour prétendre au statut de cadre

Le niveau de formation des natifs s’est fortement élevé depuis 1990 et explique qu’ils accèdent de plus en plus souvent à des emplois de cadre. En 2016, parmi les habitants de La Réunion qui ont terminé leurs études avec un diplôme supérieur au bac, 58 % sont nés sur l’île, contre seulement 40 % en 1990. Leur nombre a ainsi considérablement augmenté sur la période : de 7 500 à 60 000. Disposer d’un niveau de diplôme élevé accroît les chances d’être cadre. À La Réunion, les natifs sont désormais aussi nombreux qu’en province parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au bac. Cependant, les natifs ne sont pas majoritaires parmi les habitants les plus diplômés : à partir du master, il n’y a plus que 46 % de natifs en 2017.À La Réunion, les natifs sont désormais aussi nombreux qu’en province parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au bac.

Des chefs d’entreprise et des jeunes professeurs « péï »

Être cadre revêt plusieurs formes : chef ou cadre d’entreprise, professeur et profession scientifique, cadre de la fonction publique ou encore profession libérale. Au sein des chefs d’entreprise de dix salariés ou plus et des cadres d’entreprise, 5 100 personnes sont nées à La Réunion. Les natifs sont maintenant majoritaires : 51 % contre 37 % en 1990. Les natifs sont notamment nombreux (plus de 1 000) parmi les chefs d’entreprise : six sur dix sont nés sur l’île, une part stable depuis 1990. Ensuite, parmi les cadres administratifs et commerciaux, 2 700 personnes sont nées à La Réunion. Les natifs sont désormais majoritaires en 2016 (38 % en 1990). Enfin, 43 % des cadres techniques comme les ingénieurs sont des natifs, soit 1 400 personnes (22 % en 1990).


Le cas des professeurs et de la fonction publique

Les natifs constituent aussi 41 % des professeurs et des professions scientifiques en 2016, contre 30 % en 1990. Parmi ces 4 300 natifs, 80 % sont professeurs. La quasi-totalité des enseignants supplémentaires depuis 2006 sont des natifs. Le concours de professeur des écoles garantit en effet un premier poste dans l’académie de réussite du concours. En outre, les natifs bénéficient de priorités dans l’Éducation nationale pour être affectés dans leur territoire de naissance.

Hors enseignants, 59 % des cadres de la fonction publique sont des natifs (soit 3 000 personnes), contre 33 % en 1990. Cette forte hausse s’explique notamment par la montée en puissance de la fonction publique territoriale suite aux différentes lois de décentralisation promulguées depuis 1982. Or les trois quarts des cadres des collectivités locales sont des natifs : ils sont 1 700 cadres en 2016 contre 600 en 1990.

Les natifs restent en retrait parmi les professions libérales

Avec seulement 1 400 cadres, les natifs sont en revanche peu nombreux parmi les professions libérales. Depuis 25 ans, seules un tiers des personnes exerçant une telle activité sont nées à La Réunion. Moins diplômés des filières longues, les natifs sont notamment peu nombreux dans les professions médicales : 19 % des médecins et dentistes libéraux de l’île.

Peu de natifs sur les postes à fortes responsabilités

En 2016, au sein des cadres, 5 800 « hauts responsables » sont en poste à La Réunion. Il s’agit de dirigeants, professionnels et experts de haut niveau. Parmi eux, 34 % sont nés sur l’île, soit 1 950 personnes. Cette part a augmenté depuis 1999 (28 %), en lien avec l’augmentation des natifs parmi l’ensemble des cadres. Mais elle reste nettement moindre que dans les régions de province (46 %) et aux Antilles (44 %). L’élévation plus récente du niveau de formation des Réunionnais explique là aussi la persistance de cet écart. Les postes de cadre à fortes responsabilités requièrent en effet une qualification élevée : trois quarts des hauts responsables en France ont au moins un master en 2017. Ils requièrent aussi une expérience qu’il faut plusieurs années à acquérir après la sortie de ses études. La nouvelle génération de cadres réunionnais cumule ces atouts : les natifs occupent ainsi 64 % des hauts postes supplémentaires entre 2011 et 2016 à La Réunion contre 37 % entre 1999 et 2006.


Parmi toutes les personnes en âge de travailler nées à La Réunion, seules 5 % justifient au moins d’un master en 2017 contre 7 % et 11 % de celles nées respectivement aux Antilles et en province. Il y a par exemple plus de médecins parmi les natifs des Antilles que ceux de La Réunion (1 000 contre 700). Des effets de génération peuvent jouer : l’unité de formation et de recherches de santé a vu le jour en 2010 sur l’île quand la structure homologue date de 1998 aux Antilles.

Les natives, de plus en plus cadres

À La Réunion comme ailleurs, les femmes accèdent davantage au statut de cadre que par le passé. Plus de 6 300 femmes nées sur l’île y occupent un emploi de cadre en 2016, contre 1 200 en 1990. Parmi les cadres nés et travaillant sur l’île, 44 % sont des femmes contre 33 % en 1990.


Cette progression est cohérente avec le fait que les natives sont depuis longtemps majoritaires parmi les plus diplômés. En 1990, elles représentaient déjà 53 % de l’ensemble des personnes nées et résidant à La Réunion avec un diplôme supérieur au bac, et 59 % en 2016. Elles restent même majoritaires parmi les diplômés d’un master et au-delà (55 %). Pour autant, elles accèdent nettement moins souvent que les hommes aux emplois les plus qualifiés : 38 % des natifs et natives occupant des postes à fortes responsabilités sont des femmes.

8 600 cadres nés à La Réunion travaillent dans l’Hexagone

En plus des 14 500 natifs de La Réunion qui occupent un emploi de cadre sur l’île, 8 600 « kréopolitains » natifs de l’île, occupent un emploi de cadre dans l’Hexagone. Ils convergent vers les grandes agglomérations qui concentrent les emplois qualifiés. Ainsi, l’Île-de-France, l’Occitanie, Paca ou Auvergne-Rhône-Alpes.

Pourtant, la plupart des cadres nés sur l’île (62 %) y restent, ou y reviennent, pour travailler. Comme La Réunion, la Guyane, Mayotte ou la Corse gardent leurs cadres tout en en attirant d’autres de l’extérieur. D’une part, l’attachement à la région natale y est fort : certains cadres privilégient cadre de vie et attaches familiales à des mobilités professionnelles. De par leur isolement géographique, les cadres natifs des Drom sont davantage confrontés à cette réalité que ceux des régions de province. D’autre part, l’élévation tardive du niveau de diplôme des natifs de La Réunion a généré l’arrivée de personnes aux profils qualifiés et spécialisés.


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