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Les grands cyclones : 1948 (photos d’époque)

Publié le 8 décembre 2021

Causant 165 morts, le « cyclone du siècle » frappe une île à peine relevée des privations de la guerre. Dans les jours suivant son passage le 26 janvier 1948, il donne lieu à une opération jusque là jamais tentée à la Réunion : le parachutage de médicaments et de vivres pour sauver de la famine les écarts isolés par les crues, Cilaos, Trois-Bassins, Saint-Gilles-les-Hauts, et Saint-Leu.

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Sélection réalisée à partir des photos postées par les membres du Groupe Facebook Réunionnais du monde et l’Iconothèque historique de l’océan indien


Le cyclone 48 arrive sur une île mal en point. La décennie 40 est pour la Réunion une période terriblement sombre. La seconde guerre mondiale qui a déchiré le monde a empêché l’exportation du sucre et l’importation de vivres et de matériaux. En 1948, la population est donc fatiguée et sous-alimentée suite à ces années de privation. Pour rien arranger à la situation, les cyclones d’avril 1944 et avril 1945 ont laissé l’île dans le dénuement et le désarroi absolu.


C’est donc sur une île où règne un état de misère qu’intervient le pire épisode cyclonique de l’histoire de la Réunion. Dans la nuit du 26 au 27 janvier 1948, un cyclone tropical intense frôle la côte Ouest ... le "cyclone du siècle", le mythique cyclone de 1948.


En 1948, on n’a pas encore pris l’habitude de doter les cyclones de prénoms : la coutume ne sera inaugurée qu’avec Jenny en 1962. Le cyclone de 1948, donc, prend naissance le 23 janvier, au Nord-Est de Saint-Brandon. Jusqu’au 26, le cyclone fait route à l’Ouest. Mais dans la matinée, il inféchit sa trajectoire de 90°, s’orientant plein Sud, droit sur l’île...


Au plus fort de la nuit du 26 au 27 janvier, on estime que les rafales de vents dépassent les 300 kilomètres à l’heure. Le centre du système passera à moins de 50 km de l’ouest de l’île.


Au matin du 27 janvier 1948, La Réunion se réveille paralysée : le téléphone ne fonctionne plus, et on ne peut plus circuler dans tout un secteur de l’île. Seule la côte Est a été en grande partie épargnée.


Les premiers bilans sont faits à Saint-Denis. Ils sont désastreux. Les bas de la ville et le Butor ont particulièrement souffert, et on ne compte plus les bâtiments sans toit. Le pont du Barachois, fierté des Dionysiens, avait déjà perdu quelques travées en 1944. Cette fois, il a été complètement coupé du rivage.


La mer a remonté la rue de l’Embarcadère, envahissant la ruelle Floricourt, et la rue Juliette Dodu.


Le mur Nord du cimetière de l’Est a été bouleversé, des tombes ont été affouillées et on trouve des cercueils et des ossements dispersés dans tout le secteur. A Sainte-Clotilde, toutes les cases du littoral ont disparu. Le vent a arraché une partie du toit de la cathédrale.


La préfecture, les bâtiments de la place du Barachois, la station de T.S.F., l’hôtel de ville ont subi de graves dégâts, et sont particulièrement découverts.


Au Butor et à Sainte-Clotilde, quartiers les plus touchés, les maisons en bois n’ont pas résisté. Toute une partie de la population, sans abri, a été obligée de se réfugier dans l’église de Sainte-Clotilde.


A la Montagne, on estime que 90% des maisons ont été atteintes. Le laboratoire du Père Raimbault, à la léproserie, a été totalement détruit. Saint-Denis compte 7 morts, mais la capitale est loin d’être la plus atteinte.


Rapport du père Raimbault, directeur de la léproserie de Saint-Bernard, à La Montagne : "Dans la nuit, j’ai entendu une violente détonation. C’était une décharge électrique qui fut suivie d’une secousse sismique... A ce moment précis, ma nouvelle église en construction fut ébranlée, perdit six grandes fenêtres de 16 m de hauteur, très solidement construites et la façade de l’église fut également renversée. Des blocs de plus de 1000 kilos gisent sur le sol. En même temps s’écroulait notre hôpital, ensevelissant trois religieuses infirmières ; une quatrième a été grièvement blessée. Le diable est vraiment fort !"

Saint-Leu à gauche, Pont de la Rivière des Galets à droite

Mais c’est l’Ouest qui a le plus souffert ; la commune de Saint-Paul compte à elle seule 58 morts. Beaucoup ont péri par l’eau : le raz-de-marée d’un côté, le flot du Bernica et de toutes les ravines en crue de l’autre noient toute la basse ville.


L’océan déchaîné empêche l’étang de se vider normalement. Il y a quatre mètres de fond devant le palais de justice.


La pluie abondante sur tous les hauts de l’Ouest a creusé de nouvelles ravines : certains villages resteront isolés pendant plusieurs jours.


On n’aura que tardivement des nouvelles de Mafate, mais les pertes y sont estimées à une vingtaine de morts pour tout le cirque.

Saint-Leu

Saint-Leu a également été atteint par les inondations. On compte 16 morts. 80% des maisons ont été détruites par l’eau, la boue ou les galets.




Les thermes de Cilaos

A Cilaos, on compte plusieurs morts et les thermes sont totalement détruits.


Les cultures vivrières ont été anéanties, le géranium a été détruit de 70 à 90%, le cheptel bovin de 50 à 60% selon les régions. Seule la canne à sucre a assez bien résisté, la perte n’est que de 20%.


Avec près de 3 000 maisons détruites, plus de 15 000 sans-abri, la situation au lendemain du cyclone est désastreuse.


De Madagascar, de Maurice partent des bateaux chargés de vivres et de médicaments. Mais auparavant, il faudra sauver de la famine les habitants des zones isolées, par une opération jusque-là jamais tentée dans l’île : le parachutage de vivres et médicaments, effectué à Cilaos, Trois-Bassins, Saint-Gilles-les-Hauts, et Saint-Leu. Le Junker et les parachutistes envoyés de Madagascar sauveront ainsi plus d’une vie humaine.


A Mafate, trois mille personnes sont isolées dans le cirque, dénuées de tout. Elles seront sauvées par une caravane de 32 soldats et plus de 150 porteurs bénévoles, qui apporteront 7 tonnes et demie de médicaments, vivres, couvertures, lait...













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