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Nouvelles vignes à l’Hermitage : bientôt le vin du lagon ?

Publié le 1er juin 2021

Le vignoble français s’agrandit … à la Réunion. Après avoir relancé le Chai de Cilaos, le couple Cadarbacasse est en train de créer un deuxième vin réunionnais. Cinq hectares de vignes ont été plantées près de Mont Roquefeuil, dans les haut de l’Hermitage, fin 2020, avec l’objectif de produire à terme l’équivalent de 40 000 bouteilles . Les premières grappes de raisins sont apparues. Etape par étape, Olivier Cadarbacasse et Véronique Bogenez racontent la naissance d’un vin dont les premières bouteilles ne seront pas dégustées avant 2023.
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De nouvelles parcelles de vignes plantées dans l’Ouest de la Réunion… L’événement est trop rare pour ne pas être souligné. Le vignoble français, le plus réputé du monde, compte depuis l’année dernière 5 hectares de vignes supplémentaires. Plantées sur un territoire « exotique » diront certains, ces nouvelles parcelles font déjà parler d’elles avant même qu’elles ne se mettent à produire du raisin. Il faudra néanmoins que les amateurs du nectar des dieux restent encore patients car selon Véronique et Olivier Cadarbacasse, à l’origine de ce projet ambitieux : « il faut attendre environ trois ans avant de faire une vraie récolte. »

Ce couple de vignerons de Bordeaux n’est pas totalement inconnu à la Réunion. Propriétaires du Château Moulin de Beauséjour, ils ont créé une cuvée au nom bien créole, Allé di Partou. Associé à un ami d’enfance, Bruno Fontaine, propriétaire d’un groupe financier sur la Réunion, le couple a repris l’emblématique Chai de Cilaos en janvier 2019 après une fermeture longue de deux ans, fermeture que nombreux pensaient définitive. Les premières cuvées Ladi Lafé commencent d’ailleurs à se trouver sur le littoral chez les cavistes et sur quelques belles tables.


Amoureux de la Réunion, Véronique et Olivier souhaitent structurer une filière viticole et fédérer autour de leur projet le plus grand nombre de viticulteurs réunionnais en activité ou en devenir. A Cilaos, l’ancienne coopérative a été remplacée par un « vendangeoir » privé qui achète le raisin à une quinzaine de viticulteurs du cirque. Le nouveau Chai vinifie et commercialise les bouteilles. Les viticulteurs n’ont plus à supporter le poids financier, administratif ou commercial du Chai.

Planter dans l’Ouest au-dessus du lagon

Si le terroir de Cilaos permet de produire de bons vins blancs secs ou moelleux et de bons vins rosés, il y est difficile d’attendre la maturité optimale du raisin nécessaire à l’élaboration de bons vins rouges. C’est la raison pour laquelle Véronique et Olivier ont exploré l’ile à la recherche d’autres terroirs. En effet, le climat de la Réunion est tropical et dans l’hémisphère Sud, les vendanges se déroulent en pleine saison des pluies. Il fallait s’orienter vers l’endroit qui restait le plus sec à ce moment de l’année.


C’est au lieu-dit Piton L’Ermitage que le couple a choisi de planter leurs nouveaux pieds de vignes. Et ce ne fut pas de tout repos. Rien à voir avec une plantation classique en métropole. Il a d’abord fallu défricher les parcelles qui avaient été plantées en canne à sucre il y a bien des années. Et on peut dire qu’il fallait avoir de la suite dans les idées pour imaginer planter de la vigne sur ce terrain où la friche était devenue si dense. « Lorsque nous avons fait passer deux bulldozers équipés d’un peigne à l’avant pour déplacer les nombreuses pierres présentes et d’un ripeur à l’arrière pour travailler le sol, nous avons commencé à y voir un peu plus clair » racontent Véronique et Olivier.

Dans le même temps, il fallait réfléchir aux cépages à implanter sur ces sols si différents de ceux dont ils ont l’habitude. Persuadés qu’il ne fallait pas absolument se calquer sur la métropole, Véronique et Olivier se documentent sur des cépages résistants aux maladies de la vigne (mildiou et oïdium), cépages quelque peu méconnus du grand public mais qui permettent de ne pas utiliser de pesticides. Ces cépages élaborés par l’INRA de Montpellier sont très rares et par chance, un client se désiste au dernier moment. Une chance que saisit notre couple pour obtenir du Floréal, de l’Artaban, du Voltis et du Vidoc. Les autres cépages proviennent du Luxembourg et d’Allemagne où les cépages résistants sont également utilisés depuis quelques années.


26000 plants greffées soudés ont donc été commandés et ont voyagé en container réfrigéré à destination de la Réunion : 20000 pour l’Ouest et 6000 pour Cilaos. Pour ne pas risquer d’être bloqués à l’arrivée et risquer ainsi de tout perdre, Véronique et Olivier ont pris les devants en informant les services douaniers ainsi que la DAAF (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) de la Réunion. L’inspection phytosanitaire s’est bien déroulée même si elle a été très méticuleuse pour ne pas faire rentrer sur le sol réunionnais des contaminants dangereux pour les autres cultures. Enfin, arriva le moment de mettre en terre ces plants. Pour se faire, un appel a été lancé sur les réseaux sociaux, qui a permis de constituer une équipe de saisonniers novices en la matière mais volontaires et surtout motivés.


Après avoir décidé de l’orientation des rangs pour optimiser l’ensoleillement du futur raisin, le travail débuta. Une équipe tirait des fils pour tracer les futurs rangs de vigne, une autre marquait le sol pour indiquer l’endroit du futur plant, une troisième e préparait les plants en coupant les racines et en les faisant tremper dans une bassine... Ensuite tout le monde se mit à pied d’œuvre pour planter et arroser en même temps. 


« Après les quelques premiers réglages et hésitations, c’est devenu une vraie machine de guerre » raconte fièrement Véronique. Au même moment, les vendanges approchaient en Gironde et le couple fut obligé alors de se séparer l’espace de quelques semaines. Véronique est restée pour poursuivre la plantation et Olivier est rentré à Saint-Emilion pour mener à bien les vendanges des 31 hectares et vinifier le millésime 2020. A son retour les premiers plants étaient déjà en train de pousser. « Quel bonheur ! Un truc de malade ! » s’exclame encore Olivier.


Depuis, les vignes continuent leur pousse et le travail ne s’arrête pas pour autant. Il faut installer les piquets, installer le palissage ou encore enlever l’herbe qui profite également. Aucun herbicide ne sera utilisé afin de préserver les sols réunionnais. L’objectif à terme est de produire l’équivalent de 40000 bouteilles qui porteront haut et fort la viticulture réunionnaise. Le futur nom de cette nouvelle cuvée n’est pas encore connue.


+ d’infos : www.facebook.com/Alledipartou / www.facebook.com/chaidecilaos


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