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Deuil national en Pologne : Vincent Vélio témoigne

Publié le 20 avril 2010

La rubrique 974 World News réalisée en partenariat avec Le Quotidien donne la parole à des Réunionnais qui témoignent de l’actualité dans leur pays d’adoption. Vincent Vélio livre son sentiment sur les derniers événements qui ont marqué la Pologne. Il a quitté la Réunion en septembre 2007 et s’est installé à Varsovie pour être testeur linguistique (en français) dans les jeux vidéo. Au bout de deux mois il a trouvé un petit boulot peu payé dans une société au sein de laquelle il a évolué en tant que technicien informatique.

Vincent Vélio

Quelles conséquences sur votre vie quotidienne a eu la catastrophe aérienne qui a coûté la vie au président Lech ?

Pour ma part, l’accident du 10 avril n’a eu aucun impact, je ne m’attendais de toute façon pas à de grands changements. Le jour de la mort du président, la plupart des magasins ont fermé plus tôt que prévu, le lendemain, la majorité des commerces étaient fermés. Ce week-end la vente et l’achat d’alcool ne sont pas autorisés, mais les transports en commun ce samedi étaient gratuits à Varsovie.

Plus généralement, comment les Polonais que vous côtoyez ont-ils réagi ?

Pour ce qui est de la réaction des Polonais que je côtoie, je n’ai pas du tout remarqué de changements, mais en règle générale pour les Varsoviens, j’ai plutôt eu l’impression d’un élan de patriotisme. Le premier week-end tout d’abord, Varsovie était incroyablement calme. Sur les rues menant au palais présidentiel il y avait des vendeurs de fleurs, de bougies et de drapeaux un peu partout. Lors de ce week-end, c’était véritablement l’endroit où tout le monde allait. Les jours suivants des drapeaux étaient accrochés aux immeubles, aux balcons, aux voitures, aux bus...

La thèse officielle de l’accident fait-elle l’unanimité au sein de la population ?

La thèse de l’accident a été remis en cause par une de mes amies, qui se demandait si les Russes n’étaient pas dans le « coup », à part cela je n’ai rien entendu de particulier.

Le choix d’enterrer Lech Kaczynski au Wawel de Cracovie, sorte de Panthéon de la Pologne, fait polémique. Comment était considéré le président défunt ? Etait-il populaire ?

Pour ce qui est de la popularité du président, étant peu concerné par la politique en Pologne, je n’ai malheureusement pas de détails à ce sujet. Ce qui est sûr, c’est que les Polonais en général on été touchés par la nouvelle. On peut le voir à la foule qui continue à affluer aux alentours du palais présidentiel, que ce soit pour prier, pour lui rendre hommage ou simplement par curiosité.

photo : Vincent Vélio

Craignez-vous que la Pologne entre dans une période d’instabilité ?

Je ne pense pas malgré tout que la Pologne entre dans une période d’instabilité, les gérants d’entreprises sont, je pense, compétents.

Etes-vous optimiste pour le développement économique de la Pologne, dont les Français avaient stigmatisé le plombier polonais accusé de leur voler du travail grâce à son petit salaire ?

Je n’ai pas de doute sur le développement de la Pologne, après tout, elle est entrée dans l’Europe ; en revanche je pense que ce développement ne sera pas extrêmement rapide. De plus les salaires sont toujours relativement bas, même si en Pologne avec 500€ par mois, on peut payer son loyer, sa nourriture et ses loisirs. Mais pour économiser, avec 500€ par mois, c’est difficile. Donc oui, l’image des bas salaires des pays de l’Est à toujours lieu d’être. Cela ne veut pas dire que c’est la misère, et comme partout, il y a des personnes qui gagnent énormément plus que la moyenne polonaise, on peut clairement le voir sur les routes où on peut croiser voitures de luxe et de sport.

Envisagez-vous de faire votre vie là-bas ? Et pourquoi ?

Faire ma vie en Pologne... c’est possible. C’est un pays dans lequel je me plais, où les gens sont en général sympa ; c’est donc tout à fait envisageable. Cependant je ne sais pas encore si je serai toujours là dans un an ou deux. Tout dépend des opportunités qui se présenteront à moi.

Quels conseils donneriez-vous à un Réunionnais souhaitant faire carrière en Pologne ?

Un, ne pas craindre les préjugés des gens. Pour beaucoup encore, un métis ou un Noir, n’est forcément pas Français. Deux, il y a beaucoup d’entreprises françaises, et même si on commence en bas de l’échelle, c’est possible d’aller très haut si la motivation est là. Trois, les Polonais (et Polonaises...) sont en général bien sympas. Donc, Réunionnais, sors de ta belle île et découvre le monde !

Interview réalisée par Franck Cellier parue sur lequotidien.re

photo : Vincent Vélio
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