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En direct de Mayotte : la tension est montée d’un cran

Publié le 21 octobre 2011 Mayotte

Enseignante installée à Mayotte depuis 13 ans, Gladys décrit la situation sur place au 21 novembre et donne ses explications sur les causes de la crise : "La tension est montée d’un cran avec la mort de Ali El Anziz. Les magasins sont tous fermés et tout le monde manque de tout. La peur s’installe, certains pensent à partir"...

supermarché Mayotte - Octobre 2011
Réouverture de certains supermarchés le 19 octobre. Aussitôt pris d’assaut par la population mahoraise.

Pouvez-vous nous décrire la situation sur place à Mayotte ?

Depuis quatre semaines, la population mahoraise est en grève contre la vie chère. La situation sur l’île est catastrophique car les Mahorais ne sont pas entendus par le gouvernement. Depuis hier (mercredi 19), la tension est montée d’un cran avec la mort de Ali El Anziz. C’est une crise cardiaque selon le Préfet, mais beaucoup de manifestants et la radio Mayotte Première ne sont pas de cet avis, pointant les effets d’une bombe lacrymogène. A 18h, le rapport du médecin légiste expliquait que le décès était dû à un mauvais massage cardiaque. Ce que réfute la famille, qui va demander une contre expertise.

Comment ce conflit est-il vécu au quotidien ?

Les magasins sont tous fermés et tout le monde manque de tout. La peur s’installe peu à peu : peur de sortir, d’être bloqué dans les barrages, peur de n’avoir plus rien à manger. Certains de mes amis et collègues ont aussi peur que la situation s’envenime encore plus. Si la situation empire, ils partiront. Ma famille à la Réunion est aussi très inquiète.

Avez-vous senti venir cette crise ?

C’était prévisible depuis longtemps. La vie à Mayotte est très chère depuis bien avant la départementalisation. Les Mahorais en ont marre qu’on s’enrichisse sur leur dos. Jumbo par exemple pratique des prix inadmissibles, Air Austral profite de son monopole... Mes explications des événements sont les suivantes : prix exorbitants et inégalités sociales très fortes (soutenues par les primes pour les expatriés).

Mayotte - Octobre 2011
Voiture calcinée servant de barrage routier.

Qu’est ce qui a changé à Mayotte avec la Départementalisation ?

Je dirais rien pour l’instant. Nous avons les mêmes écoles insalubres, le même manque de matériel. En ce qui concerne la santé, on n’a toujours pas de carte vitale. Des pharmacies pratiquent le tiers payant mais ne prennent pas en compte les mutuelles. La vie est toujours aussi chère...

Selon vous quelles sont les ressemblances et les différences avec la Réunion ?

La différence est que la population réunionnaise est mieux entendue que les Mahorais. Lors du mouvement social de 2009 à la Réunion, les consommateurs ont eu une baisse de prix sur plus de 200 produits. A Mayotte, ils ont demandé une baisse sur 11 produits. Pour l’instant, les leaders syndicaux n’ont réussi qu’à obtenir une baisse sur 8 produits et ce pour une durée de trois mois...

Comment voyez l’évolution de Mayotte dans les dix prochaines années ?

Si le gouvernement et les politiques de Mayotte ne réagissent pas rapidement, l’avenir ne sera pas rose sur l’île aux parfums.

Mayotte - Octobre 2011
Manifestants rassemblés au centre de Mamoudzou.
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