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En direct des manifestations à Hong Kong : Un Réunionnais témoigne

Publié le 3 octobre 2014 Chine

Ingénieur dans une entreprise industrielle, Guillaume How-Choong a vécu cinq ans en Chine avant de s’installer à Hong Kong où il a décroché son MBA. Ce Saint-Pierrois de 30 ans est présent dans la rue depuis le début des manifestations « occupy central ».

Photos : Guillaume How-Choong


 Guillaume How-Choong Hong Kong

Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 30 ans, je viens de Saint-Pierre. Après un diplôme d’ingénieur en mécanique à Lyon, j’ai passé cinq ans à Pékin pour y apprendre le Mandarin puis travailler en tant qu’ingénieur des ventes dans une entreprise française de composants hydrauliques. Après ces années en Chine continentale, j’ai postulé à une école de business à Hong Kong dont j’ai terminé le cursus en MBA. Je travaille maintenant dans une grande entreprise hong-kongaise de l’industrie d’outillage électrique, où je manage des équipes d’ingénieurs.

Quelle est la situation actuelle à Hong Kong ?

L’ambiance est à la fois paisible, malgré les échauffourées de dimanche dernier, et tendue, avec de nombreux touristes chinois venus pendant les congés de la Fête Nationale. Il y a un contraste entre les célébrations organisées pour cet événement et les revendications des manifestants. En se baladant dans les rues, on se demande comment une manifestation d’une telle ampleur peut se dérouler ainsi : tout est extrêmement bien organisé, du support aux manifestants aux plate-formes d’expression libre et de débat, en passant par les équipes de nettoyage et de ramassage des déchets.


Hong Kong Occupy Central

Avez-vous personnellement pris part au mouvement ?

C’est en ligne que j’ai vu en direct dimanche les échauffourées entre police et manifestants, les épandages les jets de grenades lacrymogènes. Cette soirée a été très tendue, avec une escalade des réactions policières tandis que les manifestants faisaient tout pour montrer qu’ils n’avaient aucune intention de destruction. Lundi soir je suis allé au front de Mongkok pour prendre la température. Les discussions du matin entre la police et les organisateurs avaient permis de faire baisser la tension. Les violence policières n’auront été qu’une éruption passagère mais la réputation de la police en a pris un sacré coup. J’espère que cette situation pourra se maintenir.

Comment sont perçues ces manifestations dans votre entourage sur place ?

L’énorme majorité de mes amis hong-kongais participent au mouvement ou apportent leur soutien d’une façon ou d’une autre : relais d’informations en ligne, ravitaillement, etc. Pour mes connaissances expatriées, je dirais qu’une moitié s’y intéresse vraiment, pour l’autre c’est « business as usual ». Mes connaissances chinoises quant à elles, restent très silencieuses...


Hong Kong Occupy Central

Que pensez-vous de la couverture des événements par les médias ?

La presse hong-kongaise livre une couverture énorme, avec des blogs en temps réel d’une grande qualité et des vidéos live ininterrompues. Côté presse internationale, les Américains sont présents avec leur propres équipe. J’ai assisté à deux interviews de CNN réalisées dans la rue. Pour ce qui est des médias chinois, on sait qu’ils sont tous contrôlés par le parti et soumis à la censure… Certains journaux télévisés chinois font passer les manifestations pour des “pré-célébrations de la fête nationale chinoise à Hong Kong”, c’est dire le niveau de désinformation !

On compare la « révolution des parapluies » aux printemps arabes, notamment quant au rôle joué par Internet. Qu’en pensez-vous ?

Les réseaux sociaux montrent leur pleine puissance dans ce « Occupy Central ». Les organisateurs les utilisent pour lancer des appels et diffuser des consignes. C’est par eux que j’ai pu sentir l’ampleur du mouvement. A part cela, je ne pense pas qu’il y ait grand chose à voir entre Occupy Central et les printemps arabes. Occupy Central est un mouvement bien contrôlé par ses organisateurs. Il n’y a qu’à voir la discipline et la maîtrise de soi dont font preuve les participants pour s’apercevoir du caractère unique de cette manifestation. Les revendications sont la destitution de Cy Leung, le « Chief Executive », perçu que comme une marionnette du parti et l’application d’une vraie procédure démocratique, pas un ersatz où les candidats sont choisis par Pékin. Le terme “révolution” me semble exagéré pour décrire ce qui se passe ici. Hong Kong continue à se chercher et à faire durer au maximum sa spécificité sous le régime “1 pays, 2 systèmes”.

Occupy central
Dessin de © Guillaume How-Choong

Qu’est ce qui distingue Hong Kong du reste de la Chine ?

Hong Kong est une « Zone Administrative Spéciale » de la République Populaire de Chine. Le gouvernement n’est pas élu par le peuple, cela remonte à l’époque coloniale britannique. La Chine non plus n’est pas démocratique, mais la grande différence est à voir du côté des libertés. En Chine, la censure est omniprésente, en ligne, dans la presse, dans les travaux universitaires, dans les musées, chez les artistes... Il est impossible d’organiser des rassemblements politiques. La loi est parfois appliquée de façon arbitraire et les gens qui pensent différemment que la ligne officielle du parti se font toujours emprisonner. Rien de tout cela à Hong Kong : pas de censure ni de liberté fondamentale restreinte, que ce soit au quotidien ou dans les affaires. Pour moi c’est la vraie raison de ce mouvement : les habitants redoutent que le retournement de veste de Pékin sur le mode de sélection du « Chief Executive » n’accélère le glissement de la société hong-kongaise vers le modèle chinois continental.

Parlez-nous de votre vie à Hong-Kong.

Hong Kong est une métropole de classe mondiale, extrêmement active et grouillante d’activité. Des gens de tous bords tentent de s’y faire une place. L’éventail des prix y est très étendu, avec certains biens moins chers qu’à la Réunion (nourriture, restaurants) et d’autres où Hong Kong est dans le top-3 des villes les plus chères au monde (immobilier). Malgré le coût du logement et la densité de population, Hong Kong reste une de villes les plus attirantes et excitantes d’Asie et je ne compte plus le nombre de Français qui s’y expatrient. Comme à la Réunion, des gens de multiples cultures se côtoient de façon généralement harmonieuse. Ce mélange est une vraie bénédiction pour qui sait apprécier les différences d’autrui.

Article paru dans Le Quotidien du 3 octobre 2014


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