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Le jour où… Nous avons partagé des gâteaux dans la rue à Barcelone

Publié le 12 octobre 2010

Aventuriers réunionnais de la mobilité, Nirina et Rodolphe font le tour du monde depuis quatre ans sans réel budget. Ils nous racontent leur voyage dans une série d’articles. Episode 7 : Le jour où… Nous avons créé les « Postres Parties », en plein cœur d’El Born, le centre historique de Barcelone, Espagne.

copyright : Rodolphe Sinimalé
Le principe : cuisiner et partager des pâtisseries avec les passants barcelonais.

Journal des aventuriers - juillet 2007 :

« Les gens m’ont toujours profondément fasciné et touché. Que ce soit un sourire gratuit, une rencontre fortuite ou encore les prémices d’une amitié naissante, je voue ne véritable passion pour l’échange avec mes semblables. Ils sont « La » raison qui me pousse à voyager, la force qui me fait grandir et m’ouvrir, mon inspiration. Tous ces êtres, ces frères et sœurs de tous pays, sont ma famille mondiale, mon socle universel. Leur bonheur m’obsède et me poursuit.
Leur tristesse, aussi.

Bien souvent, nous commençons nos pérégrinations dans quelque capitale – Bangkok, Paris, Tokyo, Auckland ou encore Rome. Ces lieux denses et bétonnés, presque déshumanisés et deshumanisants, sont aussi l’épicentre de puissantes forces créatrices, de terrifiantes agitations intellectuelles, de grandes impulsions constructrices. Le mouvement saccadé des piétons, le ballet sonore des autos, l’offre pléthorique et la demande intarissable, tout concourt à une émulation certaine, une excitation physique, une transcendance émotionnelle. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire. La solitude et la souffrance indicible de la masse me frôle, m’atteint puis me bouleverse. Aussi, une question me tourmente :
Comment rapprocher les individus les uns des autres ?

Il est clair pour nous, les deux quêteurs, que tous les hommes et les femmes rencontrés de part le monde ne cherchent qu’une seule et même chose : être heureux. Pourtant, nous déployons des trésors d’imagination pour emprunter les chemins de l’affliction et de la misère. Nous nous enchainons, volontaires et décidés, à une souffrance somme toute optionnelle.

Barcelone - copyright : Rodolphe Sinimalé

En cet été 2007, nous sommes à Barcelone, la chaleureuse et chatoyante capitale catalane. Cette ville, si unique, si accueillante, se réinvente constamment et attire ainsi chaque année des millions de voyageurs, ébahis par tant de beauté. L’énergie phénoménale et la proximité immédiate de la méditerranée donne le « la », tandis que Dali, Picasso et Gaudi s’inscrivent en majeur sur une partition flamenco que Paco de Lucia jouerait volontiers au visiteur mélomane émerveillé.

Nous habitons dans le Born, un quartier historique devenu "hype" et éclectique, où de nombreux artistes de divers horizons ont élu domicile. A deux pas de notre petite mais attachante chambre, l’Eglesia Santa Maria Del Mare nous séduit de ses belles et sensuelles courbes, toute de grise vêtue. Bâtie en… 1329 (!) je ne me lasse pas d’imaginer le nombre incalculable de personnes qui sont venus s’asseoir, tout comme nous, sur ses marches mythiques et mystiques…

En ce mois de juillet estival, le ciel est bleu, infini et audacieux. La lumière égaye les vies, et rend tout ce qu’elle touche sensuel et beau : c’en est presque violent. Les rues ne désemplissent pas depuis des semaines, l’émulation des âmes est à son paroxysme. Pourtant, toujours ce même et étrange sentiment d’une foule solitaire.

Un moyen de rassembler les gens, voila ce qu’il faut ! Je souhaite qu’ils se parlent, là, dans la rue, comme le ferait une grande famille. Nous sommes tous des êtres humains, après tout ! Alors pourquoi tant de distance ? Mais je sens bien que cette discrète frontière qui nous sépare, simple illusion et projection de notre propre esprit, ne demande qu’à être franchie.

copyright : Rodolphe Sinimalé
Tapas de Barcelone

Je ne bois pas d’alcool et ne prend pas de drogue. La voie spirituelle en générale et méditative en particulier nécessite d’heureux sacrifices (mais le lecteur intéressé et l’adepte de l’assise savent que le jeu en vaut largement la chandelle). Il m’est donc plus difficile de"socialiser". Quant à Antoine de Maximy, notre maitre à voyager, il se retrouve souvent gai, sans soucis et bien entouré après avoir trinqué avec de nouveaux amis.

Ce soir cependant, dans la cuisine, en pleine cuisson de l’un de nos desserts favoris – un crumble fondant à la banane et aux morceaux de chocolat noir, relevé d’une pointe de cardamome et de quelques zestes d’orange amère - une idée jaillit en même temps que le four sonne la charge de la fin de cuisson. Nous descendrons dans la rue armé de ce gâteau, nous y installerons nappes et bougies et bataillerons ferme avec les passants pour qu’ils viennent déguster un moment d’amitié chocolaté.

Nous venons de créer les « postres » - « desserts » en espagnol - « parties » - « fêtes », dans la langue de Shakespeare. L’idée est simple : nous préparons des desserts que nous partageons ensuite dans la rue avec les passants – en échange d’un sourire et/ou d’une conversation - amusés et séduits par cette exquise et succulente initiative sucrée.

Le premier essai est transformé et nous conforte : un avocat américain féru d’histoire s’approche, intrigué par ce manège. Un « Welcome ! Please have a bite ! » chaleureux et enthousiaste suffit à venir à bout de l’interminable brouhaha mental – vous savez, celui qui vous empêche d’aller vers ce(tte) charmant(e) personne qui semble pourtant n’attendre que vous (« j’y vais pas, j’y vais, j’y vais pas », puis la charmante apparition disparaît brutalement tandis que vous restez la, prisonnier dans les mailles du filet d’un singe-esprit moqueur (« J’aurais du y aller »)).

copyright : Rodolphe Sinimalé
Nirina cherche un appartement à Barcelone...

Entre deux « This cake is just fabulous ! Meurci Beaucoupe ! », nous aurons droit à un magistral cours sur l’architecture des lieux. Suivront deux anglaises Erasmus perdues mais à l’appétit féroce, un couple de catalans timide et amoureux, un colombien retiré des « affaires », un brésilien puis des brésiliennes aux voix suaves, un Dj excité au chômage, une cycliste fan de Fernando Meirelles à la nationalité indéterminée… Toutes ces personnes nous avouent, dès les premières bouchées, leur timidité puis leur joie d’être là, de pouvoir parler « comme ca », librement, facilement, amicalement.

Face à un tel accueil, tant d’amour, nous réitérons l’expérience chaque vendredi soir : fondant ou moelleux au chocolat, tarte aux pommes et à la cannelle, gâteau bananes pays, tourte aux fruits rouges, mousse de patates douces… Nos compétences culinaires s’affinent à mesure que ces rencontres deviennent populaires, et nous sommes très vite rejoins par des hordes de pâtissiers en quête de socialisation : Rahman, Fanelie, Karl, Christina, Frédérique… Nous apprenons tellement les uns des autres !
Quelques jours avant notre départ pour le pays aux 10 millions de moutons - la Nouvelle-Zélande compte en effet un peu plus de 4 millions d’habitants pour deux fois plus d’ovins ! - nous découvrons que le Centre Culturel Français de Barcelone souhaite prendre part à ce projet…

Voici notre message, cher lecteur : nous sommes tous les mêmes ! De l’Asie aux Amériques, de l’Afrique à l’Europe, tous les êtres, sans exception, ne cherchent qu’une seule et unique chose : le bonheur ! Être heureux !
Lorsque nous comprenons réellement cela, nous pouvons alors sincèrement ouvrir nos cœurs, partager et grandir. Nous pouvons alors nous épanouir et laisser jaillir notre nature véritable. Et devenir ainsi ce que nous sommes : des Femmes et des Hommes.

A suivre…

Lire aussi :
Aventuriers réunionnais de la mobilité : ils font le tour du monde…
- Episode 1 : Le jour où... Nous avons traversé le Japon sans un rond
Episode 2 : Le jour où… Nous avons fêté l’Independance Day à Chicago
- Episode 3 : Le jour où… J’ai fait une retraite dans un monastère bouddhiste thaïlandais
- Episode 4 : Le jour où… Nirina a fêté son anniversaire au Mont Cook en Nouvelle Zélande
- Episode 5 : Le jour où… Nous avons conduit un scooter à Saigon
- Episode 6 : Le jour où… Nous avons appris à faire des pizzas en Italie
- Episode 8 : Le jour où… J’ai dormi chez un chauffeur de taxi en Inde
- Episode 9 : Le jour où… Nous avons rencontré un couple de Réunionnais en Australie
- Episode 10 : Le jour où… Nous nous sommes faits arrêter par une fausse milice à Madagascar
- Episode 11 : Le jour où… Nous nous sommes faits arrêter par une fausse milice à Madagascar 2/2
- Episode 12 : Le jour où… J’ai rencontré ma famille mondiale (1ère partie)
- Episode 13 : Le jour où… J’ai rencontré ma famille mondiale (2e partie)
- Episode 14 : Le jour où… Nirina partagea un moment lyrique
- Episode 15 : Le jour où... j’ai rencontré le maître de méditation américain Alan Wallace
- Episode 16 : Le jour où… J’ai visité le PIA Mind Centre en Thaïlande
- Episode 17 : Le jour où... j’ai rencontré Matthieu Ricard, moine bouddhiste et écrivain
- Episode 18 : Rodolphe et Nirina : plaidoyer pour le sourire
- Episode 19 : Le jour où... J’ai fait goûter le gâteau patate partout dans le monde
- Episode 20 : Le jour où… J’ai pris le temps de vivre à Madagascar
Aventuriers réunionnais de la mobilité : l’heure du retour
Les secrets du voyageur : sourires, réseaux et partage
Rodolphe et Nirina, l’interview

Joindre Rodolphe et Nirina : enlight[email protected]


Rodolphe Sinimale is a traveler, meditation teacher and writer.
In 2006, he left his position and sold out every little thing to focus entirely on the spiritual path. His search has led him all over the world - from Madagascar to Vietnam, from New-Zealand to Japan, from USA to Thailand – in order to learn, to give and to share.

Rodolphe Sinimale holds a M.B.A in Human Resources Management, from the Paris Graduate School of Management, France.

copyright : Rodolphe Sinimalé
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