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Regard sur l’actualité : une Réunionnaise en Chine

Publié le 23 septembre 2012 Chine

Installée à Shanghai depuis six ans, Jessy Dejean est Chef de production dans une entreprise textile française. Cette Portoise de 29 ans, diplômée en commerce international, fait le point sur l’actualité toujours riche du géant chinois, marquée cette semaine par les tensions avec le voisin japonais.

Jessy Dejan

Pouvez-vous vous présenter svp ?

Jessy Dejean, 29 ans. Je suis originaire du Port. Après l’obtention de mon BTS Commerce International, j’ai quitté la Réunion pour la Métropole afin de poursuivre mes études dans la même branche. J’ai eu l’opportunité d’effectuer un stage en Chine, à Hangzhou en 2004. Très attirée par la langue et la culture chinoise, j’ai poursuivi avec une maîtrise et un master en Commerce International Spécialité Asie. Ce cursus m’a amené à faire plusieurs stages en Chine, en 2005, 2006 et 2007. Je réside à Shanghai depuis presque six ans maintenant. Je travaille en tant que production manager dans une entreprise française spécialisée dans le textile.

Les dernièrs jours ont été émaillés de violences contre les représentations et symboles japonais en Chine. Avez-vous été témoin ou ressenti d’une façon ou d’une autre ces tensions ?

Les tensions entre la Chine et le Japon concernant le contrôle de l’archipel des Daioyu (ou Senkaku pour les Japonais) se sont intensifiées ces derniers jours, avec l’organisation dans plusieurs villes chinoises de manifestations anti-japonaises. Comme plus de 80 villes chinoises, Shanghai et ses presque 20 millions d’habitants, a connu son lot de manifestations, coïncidant avec le 81e anniversaire de l’invasion japonaise. Les images violentes reprises dans les médias, avec ces voitures retournées ou cette concession Toyota incendiée, restent bien heureusement des dérapages isolés et limités, provoqués par quelques nationalistes radicaux nostalgiques du grand timonier.

Jessy Dejan

Quelle est votre explication de ce problème ?

Certains diront que l’exacerbation des tensions entre Chinois et Japonais a pour but de détourner l’attention de la population des problèmes internes, comme l’égalité sociale, la hausse du coût de la vie, les problèmes environnementaux... Il n’en reste pas moins que la Chine et le Japon ont toujours eu des relations très conflictuelles.
La deux guerres sino-japonaise de 1894-1895 et de 1937-1945, sont deux évènements humiliants pour la Chine, auxquels la population fait encore beaucoup référence. A l’issue de la première guerre, la Chine fut contrainte de céder plusieurs îles au Japon, dont Taiwan, les fameuses Senkaku (ou Daioyu). La seconde fut marquée par le sac de Nankin (200 000 Chinois tués). Bien que les derniers événements remontent à plus de 60 ans, le Japon n’a jamais vraiment fait son mea culpa et certains historiens et hommes politiques nippons ont tendance à minimiser, voire occulter les faits, ce qui irrite l’opinion chinoise. D’ailleurs, les dernières grandes manifestations anti-japonaises de 2005 font suite au révisionnisme des manuels d’histoire japonais sur cette période.

Selon vous, comment la situation va-t-elle évoluer ?

Comme lors des précédents mouvements, les intérêts économiques primeront sur les divergences politiques. Les échanges sino-japonais représentaient 340 milliards de dollars en 2011 et font de la Chine le premier client du Japon. Le ralentissement de l’économie au niveau mondial et la diminution des volumes entre la Chine et ses deux principaux clients (respectivement Europe et USA) rendent l’enlisement du conflit peu probable. Si la Chine veut continuer d’afficher une croissance insolente, elle n’aura d’autre choix que de se réconcilier avec son voisin.

De quoi est faite l’actualité en Chine en ce moment ?

L’actualité marquante de l’année est sans nul doute le renouvellement prochain de la classe dirigeante chinoise, et les tensions liées aux successions. L’arrivée d’un nouveau gouvernement et de nouveaux membres au sein du bureau politique - composé d’une vingtaine de membres, c‘est l’organe dirigeant suprême - ne se fait pas sans quelques affrontements internes. La récente disgrâce de BO XI LAI, dauphin de l’actuel président, témoigne des luttes intestines de pouvoir entre courant post Maoïste et pro Maoïste. La désignation probable de Xi Jing Ping, fils d’un héros de la révolution, à la fonction de président de la République populaire de Chine traduit un changement majeur du courant dominant au sein du Parti Communiste Chinois.

Selon vous la Chine est-elle un pays démocratique ?

C’est une question compliquée à laquelle il faut apporter une réponse nuancée. Vu à travers le prisme de l’Occident, cette Chine au parti unique, qui autorise peu les manifestations et qui « harmonise » (censure) les commentaires les plus virulents sur Internet peut nous sembler très imperméable aux valeurs et idéaux de nos démocraties. Cependant ce système, loin d’être parfait, répond aux spécificités et aux objectifs de la Chine : un pays qui s’étend sur 9,5 millions de km2, regroupe 1,3 milliards d’habitants, 56 ethnies et connaît des disparités économiques très importants entre l’Est et L’Ouest de son territoire. La Chine ne pourra continuer de se développer rapidement qu’avec ce modèle.

Jessy Dejan

En tant qu’expatriée, fait-il bon vivre en Chine en ce moment ?

D’un point de vue strictement professionnel oui, il fait bon vivre en Chine. Malgré un léger ralentissement économique, le pays offre encore de bonnes opportunités. Il n’est pas rare de se voir proposer des postes qui nous resteraient inaccessibles en France, par manque de qualification ou d’expérience. Les conditions de vie dans les villes chinoises de premier et de deuxième rang sont très proches de ce que l’on peut connaître en métropole ou à la Réunion. La présence de grands hôpitaux, de magasins occidentaux et la mise en place de transports en commun performants permet une adaptation assez aisée en Chine.

En tant que Réunionnaise, qu’est ce qui vous paraît le plus proche / le plus éloigné en Chine ?

Tout comme à la Réunion, la voiture occupe une place importante pour les Chinois. Elle est symbole de réussite, se doit d’être la plus belle et la plus chère possible, peu importe si l’on doit faire des sacrifices par ailleurs. A ce jeu, les grosses cylindrées allemandes ont généralement la faveur des Chinois. A l’opposé, je dirais que le concept de vacances en Chine est assez différent du même concept pour les Réunionnais. Outre leur rareté, il n’est pas rare ici de devoir travailler le week-end précèdent ou suivant les vacances pour pouvoir s’assurer d’une semaine complète de congés...

Article paru dans Le Quotidien du 23 septembre 2012


Voir le profil de Jessy Dejean , membre de l’association des Réunionnais de Chine

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