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Un nouveau modèle agricole réunionnais

Publié le 7 mai 2020
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Plus écologique, rémunérateur et moins dépendant des importations… Article rédigé par les collectifs locaux du Pacte pour la Transition de La Réunion*, qui porte sur la co-construction d’un modèle agricole plus respectueux de l’environnement, plus rémunérateur pour les agriculteurs et moins dépendants de facteurs extérieurs.

Texte : www.facebook.com/Collectif-Pacte-Transition-Saint-Denis-R%C3%A9union-106099950934371 / Photos d’illustration : www.facebook.com/chambreagri974

Marché des producteurs à destination du personnel soignant de l’hôpital de Saint-Pierre permettant « d’avoir accès à de bons produits en circuit-courts » (mai 2020) - photo : www.facebook.com/chambreagri974

Ces dernières semaines, la crise engendrée par le coronavirus a mis en lumière la vulnérabilité de notre organisation sociétale sous bien des aspects. Aujourd’hui, nous découvrons que la première d’entre elles est probablement le manque de résilience de notre système alimentaire. Pénurie d’oignons, explosion des demandes de colis alimentaires, augmentation du prix des denrées, tous les voyants sont au rouge et appellent une refonte de nos modes de production et de consommation. Dans le cadre du pacte pour la transition, 32 mesures opérationnelles ont été élaborées avec les élections municipales par plus de 60 associations et organisations à but non lucratif pour des communes plus écologiques, justes, et démocratiques (pacte-transition.org/). Plusieurs de ces mesures permettent de construire une stabilité alimentaire à l’échelle des territoires tout en prenant compte leurs spécificités respectives.

Le temps où La Réunion était une terre de production alimentaire excédentaire et nourrissait Maurice est révolu. Depuis La Réunion a connu des épisodes de fortes tensions. Outre les destructions récurrentes de récoltes par les phénomènes cycloniques, notre département s’est trouvé pendant la seconde guerre mondiale en situation de forte pénurie. A l’époque, les 250 000 habitants de l’île furent contraints au rationnement.

photo : www.facebook.com/chambreagri974

Depuis la départementalisation, la population réunionnaise a augmenté de 344% tandis que sa production agricole n’a pas suivi cette courbe exponentielle. Aujourd’hui La Réunion ne produit environ plus que la moitié de son alimentation. Les chiffres de la Chambre d’agriculture semblent pourtant encourageants : 80% des besoins en fruits frais sont couverts, 70% pour les légumes frais. Pour la production animale, la couverture est de 50% des besoins pour le porc, la volaille, les œufs et le lait, 25% pour le bœuf.

Néanmoins, un constat doit être fait : nous ne produisons pas assez ou peu, les ingrédients de base de notre culture culinaire tels que le riz, les grains, l’ail, l’oignon et les tomates. De même, nous ne produisons pas l’alimentation du bétail que nous élevons. En réalité, notre capacité alimentaire correspond à moins de 10% de ce que nous mangeons, comme le rappelle l’association Oasis Réunion, qui travaille depuis plusieurs années sur la thématique de l’autosuffisance alimentaire réunionnaise. Cette situation ne prend pas en compte les phénomènes climatiques intenses (fortes pluies, cyclones) qui interviennent en saison des pluies ou les ravageurs (mouches des fruits et légumes). En cas de crise, notre autonomie nous permettra -t-elle de nourrir un habitant sur dix ? Cette question a été posée par Oasis Réunion au préfet de La Réunion et maires de l’île et nous demeurons sans réponse.

Diversification végétale sur une exploitation agricole dans le Sud de l’île - photo : www.facebook.com/chambreagri974

En effet, selon l’IEDOM, nous importons chaque année environ 900 millions d’euros de produits alimentaires issus de l’agriculture, de la pêche et de l’industrie agroalimentaires. Autant d’argent qui quitte notre île, plutôt que de circuler et de créer de la valeur localement. Un gâchis au regard de la situation de l’emploi et du savoir-faire local, de notre économie à la peine et de notre balance commerciale déficitaire.

Au regard des dépendances de notre agriculture à l’importation de pétrole, d’engrais d’origine minière et de produits phytosanitaires, une transition doit être construite sur notre île pour que l’agriculture soit plus locale, plus rémunératrice pour les agriculteurs, plus protectrice de l’environnement et moins dépendantes de facteurs extérieurs.

Le Pacte pour la transition s’articule autour de trois grandes mesures pour une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement avec une forte valeur économique. Ces mesures, qui ont été élaborées par des citoyens et experts de l’agriculture ont été testés à l’échelle des territoires communaux et intercommunaux. Elles peuvent donc être mises en oeuvre sur nos communes et intercommunalités dès demain, avec les acteurs locaux de la filière agricole.

En haut : Guibert Hoareau, producteur-transformateur de curcuma et de rouroute Bio à la Plaine des Grègues - Saint-Joseph - photo : www.facebook.com/chambreagri974

Ainsi la mesure #5 porte sur la structuration des filières paysannes, bio et locales, rémunératrices pour les agriculteurs. Cette mesure se traduit sur le terrain pour les collectivités locales par une aide à la structuration de filières, du ou de la productrice à le ou la consommatrice en passant par la transformation et la distribution. Elles peuvent agir tout du long de cette chaîne, en facilitant les coopérations, en soutenant l’ingénierie de co-construction de projets, en impliquant les acteurs du territoire, ou en investissant dans les infrastructures nécessaires, comme des légumeries par exemple. Les collectivités peuvent également valoriser les initiatives locales et faire connaître les points de distribution bio, locaux et solidaires auprès de leurs administrés. La collectivité peut également être vigilante pour que l’offre de produits bio, locaux n’exclut pas une partie de la population en soutenant des initiatives d’accessibilité alimentaire.

La mesure #6 met en lumière la nécessité de réserver et mobiliser du foncier agricole et accompagner l’installation de nouveaux agriculteurs dans une logique paysanne. Cette mesure demande aux collectivités de geler la constructibilité des espaces verts/agricoles en ville et autour des villes et interdire toute consommation de foncier agricole et/ou naturel au travers du PLU par exemple, en particulier par les grandes surfaces commerciales. Elle demande également de constituer une stratégie foncière territoriale en associant Safer, Établissement Publics Fonciers, organisations professionnelles agricoles, associations et citoyens afin d’initier un observatoire des terres agricoles qui permettrait de mobiliser au mieux les outils réglementaires à disposition des collectivités. Enfin, elle peut se traduire par la participation et au soutien à l’installation agricole en investissant un Espace test Agricole et en fédérant les acteurs de l’accompagnement sur le territoire.


Enfin, les collectivités locales peuvent au travers de la mesure 7, proposer une alimentation biologique et/ou locale et/ou équitable, moins carnée, dans la restauration collective. Cela demande la formation et la sensibilisation du personnel des cantines scolaires. Elle se traduit par la création d’une régie agricole municipale (allant d’un potager municipal, à la mise en culture de terres de centaines d’hectares appartenant à la commune) pour approvisionner la restauration collective en fruits et légumes locaux et bio. D’autres collectivités sont allées plus loin en réalisant un Projet Alimentaire Territorial qui donne une large place aux habitants et aux producteurs dans la définition et le développement des politiques alimentaires et agricoles locales.

Construire une modèle agricole résilient sur notre île est possible. Il demande un engagement fort de la part des collectivités mais également la construction d’une culture alimentaire adaptée à nos territoires en utilisant les forces de notre terre et climat.

Collectifs locaux du Pacte pour la Transition à La Réunion


* Le pacte de Transition c’est 32 mesures proposées par plus de 60 associations (dont Greenpeace, Attac, Utopia, Réseau Action Climat, Emmaüs…) Basées sur la formation et la sensibilisation à la transition, la participation citoyenne à la politique locale, la prise en compte de l’urgence sociale et climatique dans l’arbitrage de projets locaux, ces mesures peuvent être consultées à l’adresse suivante  : www.pacte-transition.org

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