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L’école réunionnaise, un modèle ambivalent - Driss Alaoui et Frédéric Tupin

Publié le 20 février 2011
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Extrait de l’ouvrage "La Réunion, une société en mutation".
Contribution de Driss Alaoui
Maître de conférences en Sciences de l’Education
Observatoire Réunionnais des Arts, des Civilisations et des Littératures dans leur Environnement (ORACLE)
Université de La Réunion
et de Frédéric Tupin Professeur en Sciences de l’Education
Centre de Recherche en Education de Nantes.
IUFM de Nantes

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Pour Driss Alaoui et Frédéric Tupin, le système éducatif réunionnais s’est développé, en moins de trente ans, par duplication du modèle républicain sans que soient interrogés ni les conditions nécessaires à sa mise en place, ni les éléments caractéristiques du creuset écologique dans lequel il est implanté. De fait, la mise en œuvre de ce « calque » métropolitain se heurte à des réalités linguistiques, culturelles, économiques et sociales issues de la socio-histoire de l’île. L’Ecole réunionnaise se présente aujourd’hui comme une « combinaison malaisée » entre plusieurs univers culturels divergents.

La longue marche ayant permis de passer, progressivement, d’une école coloniale à l’école républicaine, renvoie à quelques étapes clés : la départementalisation, dont les premiers effets se font sentir à partir des années 1960 avec le développement de l’enseignement primaire, mais surtout la création d’une Académie de plein exercice en décembre 1984. Celle-ci s’accompagne d’une augmentation considérable des moyens financiers et humains qui permettent le développement de l’offre scolaire et la démocratisation de l’accès à l’Ecole. On assiste alors à une progression substantielle des taux de scolarisation et de qualification de la population globale, mais ces progrès, dont ont surtout profité les classes moyennes, marquent le pas après 1997 et l’enclenchement d’un nouveau souffle tarde à se réaliser.

Aujourd’hui, l’échec scolaire des plus défavorisés, la stigmatisation des populations immigrées et la ségrégation scolaire, constituent quelques uns des problèmes témoignant des difficultés de l’Ecole réunionnaise à gérer la massification tout en restant aveugle à la réalité sociologique et culturelle complexe de la société réunionnaise. La progression du système éducatif tient aujourd’hui à sa capacité à développer une nouvelle politique scolaire capable d’instaurer un dialogue plus serein entre l’Ecole et les familles, souvent désorientées face à un univers dont elles ne comprennent pas le fonctionnement, mais également à intégrer les aspects culturels, linguistiques et interculturels qui caractérisent la société locale.

L’introduction, dans la formation des enseignants, des questions liées à la diversité socioculturelle, la prise en compte des spécificités réunionnaises par l’enseignement de l’histoire et de la géographie des Mascareignes, la valorisation de la langue créole et le développement des activités culturelles et artistiques pourraient en partie servir ces objectifs.

La suite dans l’ouvrage "La Réunion, une société en mutation", synthèse
actuelle des connaissances sur la société réunionnaise s’appuyant sur des
travaux scientifiques de référence dirigée par Eliane Wolff et Michel
Watin.

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