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Patrik Manent : « Kozmann kèr » - chronique maloya de Benjamin Lagarde

Publié le 23 janvier 2010 974

Il aura fallu attendre presque cinq ans pour qu’avec ce deuxième album l’une des grandes voix du maloya revienne sur le devant de la scène. Ce retour, déjà amorcé aux côtés de son grand-père, Gramoun Bébé, et de ses cousins membres du groupe de maloya-moring Kozman ti dalon, tous réunis pour l’enregistrement du premier disque jamais consacré au répertoire kabaré saint-louisien (Gramoun Bébé, Le maloya kabaré, Takamba/PRMA, 2005), confirme l’importance de ce chanteur dans la scène maloya contemporaine.

Patrik Manent

Remerciements : Benjamin LAGARDE. Doctorant en anthropologie à L’Université de Provence – France, il a publié en collaboration avec G. Samson et C. Marimoutou "L’univers du maloya. Histoire, ethnographie, littérature en 2008" (Océan éditions, La Réunion). L’album « Kozmann kèr » de Patrik Manent est paru en décembre 2007, Oasis.

Véritable lien entre les générations – d’un côté celles qui ont connu le passage de la colonie au département et de l’autre, celles nés après 1982, date à partir de laquelle on fêta officiellement le 20décembre, intégrant peu à peu le maloya aux programmes d’éducation socio-culturelle des quartiers de l’île – Patrick Manent, qui accompagna très tôt Danyèl Waro, incarne la synthèse des traditions religieuses et commerciales du maloya.

Secondé tour à tour par des musiciens reconnus (Stéphane Grondin, Loran Dalo, Eno, Mickaël Talpot, Dédé Lansor…), Patrick joue de tout, notamment du bob, qu’à la suite du Rwa Kaf il replace en couverture d’un disque. Il a aussi invité son grand-oncle « Milo », le fils de ce dernier ainsi qu’un jeune chanteur, « Kabom », tous les trois bien connus des services saint-louisiens, pour un titre traditionnel inédit sur disque : « Kabaré atèr ».

Les autres de ses « mots profonds », tous venus du cœur, abordent les thèmes de l’amour (« Bèl dézil », « Lèr lèr », « Pou lamour »), du racisme (« Zanfan domoun », « Moringèr »), des plaisirs de jeunesse (« Dyalo dyalo », « Bal kador »), du respect des ancêtres (« Larkilwar », « Kal roulèr ») et de la conscience identitaire (« Gou nasyon » d’Arsène Cataye, interprété ici avec les arrangements vocaux novateurs de David Saman).

Sur chacun est laissée maîtresse cette si subtile voix au timbre brillant et aéré, ce que souligne d’ailleurs le brin de reverb du mixage. Arrivant dans un moment où d’autres formations rénovent positivement le genre, on peut espérer que cet album fera lui aussi reculer l’ombrage qui pèse depuis trop longtemps sur une partie de la Réunion.

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Benjamin Lagarde nous livre une revue de quelques-uns des albums de maloya sortis fin 2007. La plupart sont facilement trouvables… à La Réunion ! Pour les Métropolitains ce sera un peu plus dur. L’année 2007 a été marquée par l’envol de Lindigo (avec « Alotika » qui s’écoute partout, des radios aux sonneries de portables, des boîtes de nuit aux cases en tôles) et de Davy Sicard, qui a fait un très beau show à Québec (février 2008). « Pèp maloya », le troisième opus de Kiltir s’est aussi fait une place de choix dans cette discographie. Mais ces représentants de la musique réunionnaise ne doivent pas pour autant faire oublier d’autres, tout autant dynamiques !

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