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Un conte populaire du Tamil Nadu : Lumière et Prospérité

Publié le 22 août 2009 Inde

par Dominique Jeantet. Un homme d’affaires important avait un fils et une fille, tous les deux heureux en mariage. Le frère et la sœur avaient beaucoup d’estime l’un pour l’autre et ils décidèrent que, si l’un donnait naissance à une fille et l’autre à un garçon, ils les marieraient ensemble afin que les liens familiaux ne se rompent pas. Le frère eut trois garçons et la sœur trois filles. L’homme d’affaires devint vieux et un jour il mourut. Comme il avait des dettes, les créanciers prirent une grande part de son argent et son fils se retrouva très démuni...

la déesse Lakshmi

La fille de l’homme d’affaires avait épousé un homme riche qui avait su faire prospérer son entreprise. Il avait donné en mariage leurs deux filles aînées à de très riches négociants et la mère cherchait maintenant un bon parti pour la troisième. C’est à ce moment que celle-ci rappela à ses parents la promesse faite à son oncle. Elle leur annonça aussi que ses cousins refusaient toute proposition de mariage tant qu’elle n’aurait pas épousé l’un d’eux.

Quand la mère entendit cela elle fut stupéfaite. Elle dit : « Tes deux sœurs sont entrées dans des familles riches. Si tu épouses un homme pauvre, qui ne pourra t’offrir que du brouet de riz, comment te respectera-on ? » Elle dit peu après : « Si tu persistes à vouloir épouser l’un de tes cousins, sache qu’une fois mariée je ne veux plus jamais entendre parler de toi. »

Mais la fille était bien résolue à ne se marier qu’avec l’un de ses cousins. La mère ne put faire autrement que dire à son frère qu’elle donnerait sa fille cadette à l’un des ses fils. Quand le frère entendit cela sa joie ne connut plus de bornes. Il organisa tous les préparatifs et le mariage fut célébré. Ses deux autres fils épousèrent des femmes issues de familles pauvres. Quant aux parents de la fille cadette ils ne vinrent jamais la voir ni ne cherchèrent à avoir de ses nouvelles.

Elle était cependant très heureuse dans cette nouvelle vie et ne montra jamais qu’elle venait d’une famille aisée. Les trois frères cousaient adroitement ensemble des feuilles de banian pour en faire des assiettes qu’ils vendaient au marché. Cela ne rapportait pas beaucoup d’argent et leurs jours s’écoulaient, paisibles mais dans une pauvreté extrême.

Le roi de cet endroit, sur les bords de la rivière, faisait un jour son massage à l’huile avant de se baigner. À cet effet il avait retiré sa bague et l’avait posée sur le sol. C’est alors qu’un aigle s’en saisit, s’envola et la laissa tomber dans la maison du fils de l’homme d’affaires. À ce moment-là seule la belle-fille était présente. Elle prit la bague, l’attacha à l’extrémité de son sari et ne parla de rien à personne.

Le roi avait vu l’aigle emporter sa bague. Il fit battre tambour et promit de récompenser quiconque lui rendrait sa bague en lui accordant tout ce qu’il demanderait. La fille cadette vint à savoir cela. Elle alla trouver son mari à qui elle expliqua avoir trouvé la bague et lui proposa : « Allons la rendre au roi. Mais je te préviens que je ne demanderai aucune richesse. Quoi que je lui demande tu devras t’en contenter et ne pas te mettre en colère contre moi. » Le mari accepta et tous deux se rendirent au palais.

Le roi fut très heureux de récupérer son joyau et leur demanda ce qu’ils souhaitaient en échange. La femme dit alors : « Sire, je ne veux aucune richesse. Mon seul vœu est que, pendant la journée d’un vendredi, personne n’allume de lampes dans sa maison. Et que ce jour seules les miennes soient allumées. » Le roi lui dit d’éclairer sa maison le vendredi suivant et fit annoncer partout dans la ville que toutes les lampes devaient être éteintes ce jour-là sous peine de se faire arracher les yeux.

Aussitôt qu’elle obtint cette permission du roi, la fille cadette demanda à ses beaux-frères de lui donner au moins deux pièces de monnaie afin de pouvoir allumer des lampes dans toute la maison ce jour-là. Elle demanda aussi à l’un de ses beaux-frères de rester près de la porte d’entrée et à l’autre de se tenir près la porte arrière de la maison. Elle leur dit que, si quelqu’un demandait à entrer dans la maison ils ne devaient le permettre qu’à la seule condition de ne plus en ressortir et que si au contraire quelqu’un leur demandait à sortir de la maison ils ne devaient l’y autoriser qu’à la seule condition de ne plus y entrer à nouveau.

Les trois frères partirent chercher de l’argent. Les deux jeunes empruntèrent au nom de leur frère aîné et ils achetèrent l’huile, les lampes en terre, les mèches de coton, etc.,pour illuminer la maison.
Le vendredi tant attendu arriva. La fille cadette observa un jeûne avec ses deux belles-sœurs et elle alluma toutes les lampes le soir venu.
Suite à l’ordre du roi, la ville complète était dans l’obscurité absolue.

Lakshmi (lakṣmī)(skr.), la déesse de la Richesse, alla de maison en maison sans pouvoir trouver le moindre rai de lumière. Elle se rendit finalement dans la maison de la fille cadette et là elle vit le beau-frère à l’entrée. Elle demanda la permission d’entrer. Le beau-frère s’enquit de son identité et lui dit avec précision que si elle entrait c’était pour ne plus ressortir.

Comme la déesse Lakshmi n’avait trouvé aucune lumière dans toute la ville elle accepta et entra. À peine eut-elle pénétré qu’il fut impossible à sa sœur Jyeshtadevi (jyeṣṭhadevī) (skr.), la déesse de la Pauvreté, de rester sous le même toit. Elle requit l’autorisation de partir. Le beau-frère qui se tenait près de la porte arrière lui demanda qui elle était et lui fit part de la condition de ne plus jamais revenir si elle sortait. Elle promit de ne plus jamais rentrer et partit par la porte de derrière.
Le lendemain, lorsque les trois frères et leurs épouses s’éveillèrent, ils trouvèrent tous les récipients, les malles, les armoires emplis de pièces d’or. La pauvreté avait disparu à tout jamais et ils devinrent riches. Les parents de la fille cadette et ses sœurs vinrent dorénavant chez elle.
C’est depuis ce jour que les gens laissent toujours leur maison éclairée le vendredi et célèbrent une pūjā pour inviter la déesse Lakshmi.

Lakshmi, épouse de Vishnu, incarne la fortune et la prospérité, c’est elle qui protège la famille. Alakshmi, encore appelée Jyestha (l’ainée) est son antithèse : elle représente la malchance et la pauvreté. Dans le culte, on ne peut atteindre Lakshmi qu’après avoir apaisé Alakshmi, d’où l’importance de cette divinité.

Lors de la construction d’une maison, les Tamouls veillent énormément au respect des règles architecturales, selon les préceptes de Vishwakarma (fils de Brahma), architecte de l’Univers et divinité tutélaire des artisans.

Le seuil de la maison est un lieu de réception. C’est aussi la frontière entre le monde pur et protégé de l’espace intérieur et celui, impur et dangereux, du monde extérieur. S’il n’est pas constamment sanctifié, par des lampes à huile allumées et par des kōlam (dessins de sol faits à l’aide de poudre blanche de farine de riz ou de chaux) qui invoquent la protection de la déesse Lakshmi, des forces néfastes peuvent entrer dans la maison et mettre à mal la santé et le bien-être de la famille.
On peut souvent observer, dans les maisons anciennes, les symboles ou représentations des dieux sculptés sur le chambranle de la porte. Dans ces mêmes maisons, se trouvent des niches, situées de chaque côté de la porte d’entrée, où l’on allume et dispose les lampes à huile réservées au culte.

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