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Alexandra You-Seen, étudiante en sciences à Chicago

Publié le 10 novembre 2022

De La Possession à Chicago son chemin est passé par l’INSA Lyon. Alexandra passe sa dernière année d’école d’ingénieur aux Etats-Unis pour obtenir un double-diplôme franco-américain. Elle nous raconte ses débuts et sa découverte de l’Amérique.



Pouvez-vous vous présenter ?

Alexandra You-Seen, 22 ans. J’ai vécu mon enfance à la Possession, dans la maison que mes parents ont construite. J’ai passé toute ma scolarité dans cette ville et j’y reviens quand je rentre pour les vacances car mon père y habite toujours. J’ai commencé ma formation d’ingénieur en 2018 à l’INSA de Lyon et je suis aujourd’hui dans ma dernière année d’études d’ingénieur en Biosciences, à l’Institut Technologique de l’Illinois à Chicago.

Dans quelles conditions avez-vous été amené à quitter l’île ?

Très tôt, j’ai su que je voulais quitter la Réunion pour les études supérieures parce que je me suis persuadée que j’aurais davantage d’opportunités en métropole. J’ai donc postulé sur Parcoursup pour plusieurs écoles en métropole, et quelques écoles à la Réunion en tant que plan B, tout en ne sachant pas réellement ce que je voulais faire et en ayant donc choisi des études générales. J’ai été acceptée dans l’école que je voulais : l’INSA de Lyon. J’ai alors quitté la Réunion en 2018 pour m’installer à Lyon et commencer ma nouvelle vie en tant qu’étudiante.


Comme petite anecdote : j’en ai une pas très marrante mais peut-être rassurante pour ceux qui débutent leur vie étudiante. Lorsque je suis arrivée à Lyon avec ma mère pour m’installer, on est directement allées dans l’appartement réservé à distance depuis la Réunion. Quand je suis entrée, d’après ma mère, ma première phrase a été : « on dirait une chambre d’hôpital ». Ma mère m’a amenée acheter de quoi rendre l’appartement un peu plus chaleureux pour me remonter un peu le moral avant la rentrée. Finalement, après deux ans passés dans cet appart, il était devenu mon chez moi et j’étais très très triste de le quitter. Ma chambre d’hôpital était devenue mon cocon...

Racontez-nous vos débuts à l’INSA.

En tant que Réunionnaise, j’ai d’abord participé à une « école d’été » organisée par l’INSA pour les étudiants venant des DOM-TOM et des écoles partenaires. On est arrivés deux semaines avant les autres étudiants. On a eu droit à des petits cours de « remise à niveau » dans certaines matières (ce qui était surprenant étant donné que nous avions tous un Bac français), ainsi qu’à des sorties culturelles pour découvrir la ville, nous adapter à notre nouvel environnement, et nous faire des amis.


Comme j’ai quitté l’île dès l’âge de 18 ans, j’ai du très vite m’adapter à la vie seule, loin du confort familial : démarches administratives, dépenses, adaptation à une nouvelle ville... Mes parents m’ont permis d’avoir un studio, je vivais seule au lieu de vivre en colocation avec un/e inconnu/e dans les résidences de l’école. Je n’avais pas peur de vivre seule car j’étais déjà assez indépendante. Je me suis fait plein d’amis venant des quatre coins de la métropole. L’inconvénient de venir de la Réunion, c’est qu’on ne peut pas rentrer à la maison comme les autres, les vacances et les week-ends. Mais ça m’a finalement permis de me faire inviter chez des amis et j’ai pu visiter l’hexagone grâce à ces amis !

Aujourd’hui en dernière année d’étudesen Biosciences, à l’Institut Technologique de l’Illinois, quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

C’est la première fois que je vis aux États-Unis. J’étais déjà venue une semaine à New-York étant plus jeune et je me souviens que je n’avais pas spécialement aimé car je trouvais que la ville était sale. Je trouvais aussi tous ces buildings oppressants, et que tous ces panneaux publicitaires étaient du gâchis d’énergie. Ca m’avait presque choquée de voir autant de gâchis à tous les niveaux en réalité : alimentaire, énergétique, au niveau des emballages aussi. Et je trouvais les New-Yorkais très pressés, un peu comme on peut voir les Parisiens. Ici à Chicago, je ressens moins ces côtés là. Il y a beaucoup d’espaces verts, le lac rend la ville très paisible et permet de prendre un grand bol d’air frais quand on se sent un peu oppressé par la ville. Il y a toujours beaucoup de gâchis, partout, tout le temps. C’est désolant d’ailleurs quand on voit les efforts qu’on essaye de fournir en Europe qui ne servent presque à rien étant donnée l’ampleur du gâchis qui est fait aux États-Unis.


Quand j’ai dit à mes parents et à mon entourage que j’allais vivre à Chicago, ils m’ont tous dit : « pourquoi tu veux habiter dans une des villes les moins sûres des États-Unis ? ». C’est vrai que Chicago est connue comme « la ville du crime » mais finalement, si on habite dans le bon quartier, qu’on choisit les bons transports en commun et qu’on ne se rend pas dans les quartiers sensibles, on s’en sort bien. J’avais peur aussi que les Américains ne soient pas très accueillants mais finalement, c’est tout le contraire. Les gens sont très polis, ils n’hésitent pas à tenir la porte même pendant de très longues secondes s’ils voient qu’on arrive, à dire « bonjour, comment allez-vous aujourd’hui ? », à faire un compliment à un inconnu dans la rue ou à aider des sans-abris ou des personnes handicapées dans les transports par exemple. Ils sont globalement très polis et bienveillants.

Quels sont vos projets ?

Pour l’instant, je me concentre sur la fin de mes études, c’est-à-dire l’obtention de mon master américain avant d’effectuer un stage de fin d’études de six mois dans une entreprise pour valider mon diplôme d’ingénieur de l’INSA. Dans l’idéal, j’aimerais faire mon stage ici à Chicago, ou ailleurs aux États-Unis. Je suis en ce moment même à la recherche d’un stage dans le domaine des biotechnologies, biochimie ou biologie... si j’ai la chance de me faire lire par quelqu’un dans ce domaine aux États-Unis ou ailleurs dans le monde !

Qu’est-ce qui pourrait vous convaincre de revenir habiter à la Réunion ?

S’il y avait moins de voitures et moins d’embouteillages, une plus grande accessibilité aux produits venant d’ailleurs, un moyen moins onéreux d’aller en métropole… en plus d’une proposition d’emploi non refusable, peut-être que je reviendrais vivre à la Réunion. Ou alors si un impératif familial m’y contraint. Mais autrement je ne me vois pas revenir vivre à la Réunion. Ayant connu la facilité de voyager et les grands espaces, je ne pense pas pouvoir me « restreindre » à un espace certes paradisiaque, mais quand même limité.


Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

Je sais que le taux de chômage est inquiétant, mais je n’avais pas eu vraiment l’occasion de me rendre compte du coût de la vie et du bien-être socio-économique à la Réunion avant d’effectuer mon stage il y a quelques mois au CYROI (Cyclotron Réunion Océan Indien). J’ai pu goûter au problème des transports lorsque je devais me lever aux aurores pour espérer prendre moins d’une heure pour traverser la route du littoral... Globalement pour moi, la Réunion est limitée dans son développement économique et social du fait du fort taux de chômage et de la saturation de l’île au niveau routier et immobilier, mais aussi par le fait du besoin important d’importation de produits de l’extérieur (ce que j’ai particulièrement ressenti lors de mon stage en recherche dans le biomédical cette année).

Que vous a apporté l’expérience de la mobilité ?

Partir de la Réunion m’a permis d’ouvrir mes horizons et m’a donné plein d’opportunités, qu’elles soient professionnelles, relationnelles ou culturelles. Aussi, j’ai pu avoir accès à une formation complète et très réputée aux yeux des entreprises. Je tiens à dire que je ne serais pas arrivée là si mes parents ne m’avaient pas poussée à postuler pour l’INSA, alors que je pensais impossible pour moi d’y être acceptée. Je ne serais pas arrivée là si mes parents ne m’avaient pas permis d’avoir une enfance rêvée et qu’ils ne m’avaient pas toujours soutenue dans tout ce que j’entreprenais. Je ne serais pas arrivée là si mes parents ne m’avaient pas permis financièrement et moralement de vivre seule à des milliers de kilomètres d’eux et aussi si mes grands-parents ne m’avaient pas aidée. Je ne serais pas là si je n’avais pas le courage de partir à l’autre bout du monde presque seule pour pouvoir vivre une expérience nouvelle. En bref, je ne serais pas là si ma famille ne m’avait pas aidée à vivre ce rêve et à me permettre de me sentir assez bien pour que j’aie le courage de le faire.


Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

Pour mon premier départ à Lyon, je ne me souviens plus très bien mais j’ai certainement amené quelques produits locaux comme des confitures ou même du rhum banane flambée pour les connaisseurs. Au fur et à mesure que je rentrais à la Réunion et revenais à Lyon, je ramenais quelques éléments de décoration comme par exemple un tableau acheté au marché de Saint-Paul ou encore la fameuse flèche en bois avec écrit « La Réunion 9143km ». Je ramenais aussi toujours quelques produits locaux pour les amis de la métropole. Pour mon emménagement aux États-Unis, je n’ai pas pu amener ce genre de choses par manque de place, seulement mes maillots de bain qui me suivent partout, même jusqu’au lac de Chicago !

Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

Les couchers de soleil. C’est la chose qui m’a marquée en quittant la Réunion. On ne se rend pas compte de la chance qu’on a de voir le soleil se coucher tous les jours sur l’océan. À Lyon ou ici à Chicago, le soleil se couche derrière les bâtiments. À Lyon c’était impossible de voir un horizon. À Chicago, j’ai un peu l’illusion d’être à la mer parfois grâce à l’immense lac et les plages de sable, mais rien de comparable au fait d’être entouré d’un océan et de voir la mer et le ciel se confondre comme on peut le voir tous les jours à la Réunion. Il y a aussi la diversité des paysages et le fait de pouvoir changer complètement d’environnement en un rien de temps. Ici, pour pouvoir voir différents paysages il faut traverser de très longues distances et même souvent prendre l’avion, ce qui devient vite très cher et qui est mauvais pour notre planète souffrante.


Je suis à la recherche d’un stage de fin d’études d’une durée de 6 mois dans une boîte centrée sur les biotechnologies ou le biomédical à Chicago dans le but d’obtenir mon double-diplôme INSA / IIT. Merci pour votre aide !
Contact : [email protected]


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