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Anissa Malagouen, Miss Eco Réunion – Spécial Retour

Publié le 28 juin 2021

Rentrée pour un Master à l’IAE Réunion après quatre ans de mobilité, Anissa ne manque pas de projets. Engagée dans la lutte contre la maltraitance animale, elle développe également sur l’île une solution de plastique végétal produit à partir de la bagasse de canne à sucre. Un portrait « spécial retour ».


Pouvez-vous vous présenter ?

Anissa Malagouen, 24 ans. Originaire de la Plaine Saint-Paul, je suis actuellement étudiante en Master 2 Management & Ingénierie Tourisme à l’IAE de La Réunion. Récemment, j’ai eu la chance d’être élue « Miss Ecologie Réunion 2021 », une élection organisée par le JIR afin de mettre la « beauté au service de l’écologie ». Lors de cette élection, j’ai eu l’opportunité de présenter un projet écologique pour le territoire réunionnais. Lyspackaging, l’entreprise dans laquelle je réalise mon stage de fin d’études, produit des contenants, des pots, des flacons et des bouteilles en bagasse de canne à sucre (compostables industriellement et biodégradables). Je suis également vice-présidente de l’association APEBA (Association pour l’Éducation et la Bienveillance Animale).

Quel a été votre parcours de mobilité ?

Après un baccalauréat Littéraire au Lycée Saint Paul IV, j’ai été admise dans une école de traduction et d’interprétariat à Paris. Jeune adolescente encore immature et peu certaine de ce que je souhaitais faire dans la vie, j’ai tenté l’aventure mais ce parcours scolaire ne m’a pas plu. Je me suis donc redirigée vers une Licence Langues Etrangères Appliquées à l’université Paris Sorbonne. De cette façon, je pouvais continuer à étudier les langues, mais avec la partie économie et gestion en plus qui me passionnait beaucoup. 

Et ensuite ?

Après trois années d’études, la licence LEA en poche, j’ai décidé de prendre une année sabbatique et de voyager en Australie. Les petits jobs étudiant m’avaient permis d’économiser et de pouvoir financer ce voyage tant espéré. J’ai traversé toute la côté Est de l’Australie pendant quelques mois. C’est après l’Australie que j’ai fait le choix de rentrer sur mon île natale. 


Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rentrer à la Réunion ?

Reprenant mes études, j’ai postulé à plusieurs Masters : deux à Paris et deux à l’IAE de La Réunion. J’ai compris que je voulais réellement rentrer lorsqu’ayant été acceptée dans un Master à Paris, je me suis mise à espérer qu’une chose : recevoir une réponse positive de l’IAE Réunion. Une fois la réponse reçue, la décision du retour a été prise avec mon copain, réunionnais lui aussi. Elle a été très rapide !

Décrivez nous votre état d’esprit à l’atterrissage à Gillot.

J’ai pleuré, de joie et de soulagement. Lorsque j’ai posé le pied à La Réunion en sachant que c’était un retour définitif, je n’ai jamais ressenti autant de joie et de fierté. Car durant toutes mes années de mobilité, une seule et unique chose résonnait en moi : l’envie d’oeuvrer pour mon île. Pendant cinq ans, je n’ai fait que faire l’éloge de mon île partout où j’allais !

Avez-vous eu des difficultés à vous réinstaller ?

Pas vraiment. Nous avions la chance d’avoir la famille pour nous héberger le temps de nous recréer un cocon de vie. Puis nous avons trouvé un logement très rapidement. Mon copain a trouvé un CDI dans les semaines qui ont suivies... Quant à moi, je pense qu’un diplôme d’une grande université comme La Sorbonne, ainsi que des expériences professionnelles « parisiennes » sont de réels attraits pour un CV auprès des recruteurs. Mais les recruteurs à qui j’ai eu à faire étaient surtout intéressés par la motivation et par l’enthousiasme que j’avais. Je pense que la personnalité a toujours primé sur les expériences et les diplômes. Et j’en suis très soulagée car les diplômes ne font pas tout dans la vie.


Qu’avez-vous trouvé de changé à votre retour à la Réunion ?

Je vois aussi de plus en plus de jeunes restés ou revenus à La Réunion se lancer dans l’entrepreneuriat. Notre île est gorgée de talents et on en découvre chaque jour un de plus ! Mais j’ai aussi vu des constructions en plus et ce qui m’attriste au-dessous de tout : plus de déchets et plus d’animaux errants, une île très sale, plus sale que lorsque je suis partie. C’est ce qui m’a poussé à me lancer dans l’écologie et la cause animale.

Quel est le sens de votre engagement écologique ?

La Terre nous donne tout ce dont nous avons besoin, toutes les ressources nécessaires à notre survie. Pour autant, pendant des années, nous l’avons ignorée et nous avons préféré nous tourner vers le profit... sans se rendre compte que sans planète, il n’y a pas de profit. Il n’est pas trop tard à mon sens pour changer la donne. De nouvelles habitudes de consommation et de production sont à notre portée, à nous de les saisir !

Qu’avez-vous décidé de faire ?

Mon projet à l’élection Miss Eco portait sur la réduction des plastiques pétrochimiques. Il faut savoir que le plastique n’est pas recyclé à La Réunion, il est soit enfoui soit exporté dans des pays du tiers monde. L’enfouir n’est plus une solution car nos centres arrivent tous à saturation et dans tous les cas, il pollue nos sols ainsi que nos cultures. L’exporter est encore pire car l’empreinte carbone du voyage est énorme et cela ne fait que participer à la précarité des peuples de pays en voie de développement... 


Du haut de mes 24 ans, j’ai donc décidé de porter haut et fort un projet : développer la marque Veganbottle qui produit des contenants en matière végétale afin de remplacer le plastique traditionnel. Mon but étant qu’un maximum d’entreprises se fournisse dans cette matière afin de ne plus vendre de plastique pétrochimique. Je suis actuellement stagiaire commerciale chez eux et je me charge du développement de la marque sur le territoire réunionnais. Notre ti péi croule beaucoup trop sous les déchets plastique, et aujourd’hui nous n’avons pas réellement de solutions. Le plastique est soit exporté, soit enfoui... A mon sens, il est crucial de trouver une alternative au plastique qui ne soit pas toxique.

Les Veganbottle sont des contenants biosourcés (issus de ressources renouvelables), compostables et 100% végétal, produits à partir de bagasse de canne à sucre : d’Indonésie malheureusement, pas de la Réunion car nos cultures contiennent trop de glyphosate dans pour le moment. Cette solution a l’avantage de ne pas polluer et même d’être recyclée : le compost issu des contenants en fin de vie peut être réutilisé par les agriculteurs.

Avec le recul, votre expérience de mobilité vous a-t-elle changé ?

A 17 ans, on est influencé par les séries américaines, par les films, par les « on dit ». On pense que La Réunion, c’est trop petit, qu’on a vite fait le tour, que ce n’est pas possible de réussir ici... Je ne regrette pas d’avoir pensé comme ça pendant un moment car cela m’a permis de voyager, de partir à l’étranger, de voir d’autres choses et de réaliser que notre île a du potentiel. Je suis revenue pour mettre mes compétences et mes efforts au service de La Réunion, car c’est en elle que je crois. Par ailleurs les conditions de vie sont bien plus chaleureuses sur notre île. A Paris, quand je souriais à quelqu’un dans la rue, on me regardait souvent mal... alors qu’ici à La Réunion, on vous sourit en retour !


"Naitre réunionnaise, c’est naitre avec l’amour du monde et l’amour de la vie"


Quels conseils donneriez-vous aux Réunionnais qui comme vous souhaiteraient rentrer sur l’île ?

De ne pas hésiter une seule seconde, de ne pas avoir peur et de ne pas trop réfléchir. Les choses se feront au fur et à mesure. Partir est une bonne chose ; il faut partir pour découvrir, pour grandir, pour apprendre à se connaître et pour vivre. Partir pour mieux revenir n’a jamais été aussi parlant.

+ d’infos : www.facebook.com/VeganBottle-R%C3%A9union-101017272161023


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