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Aurélia Frou : la vie à 100 à l’heure à Hong Kong

Publié le 26 avril 2019 Chine

Nous avions laissé Aurélia en 2013, alors Directrice adjointe de l’Alliance française de Mahajanga. Six ans plus tard, après une tentative de retour raté à la Réunion, elle a rechaussé les souliers de la mobilité pour une destination pleine de rêve et de mystère.


Racontez-nous votre parcours.

Je suis née à Saint-Louis mais j’ai grandi à Saint-Pierre, plus précisément à la Ligne Paradis où vit encore toute ma famille. J’ai d’abord quitté l’île pour faire mes études à Paris. Master ingénierie de formation et coopération internationale en poche, j’ai enseigné le FLE (français langue étrangère) dans un collège aux Seychelles. Après cette superbe expérience, je me suis envolée pour Madagascar où j’ai occupé la fonction de Directrice adjointe et responsable pédagogique à l’Alliance française de Majunga pendant deux ans !

Et ensuite ?

Nouveau départ pour la Chine et l’Alliance française de Hangzhou. Je manage des équipes de professeurs, diffuse la langue et la culture française tout en découvrant d’autres contrées… Pouvoir allier tout cela est très passionnant. Après deux ans en Chine, je rentre à la Réunion pleine d’espoir : l’espoir de pouvoir enfin m’y installer, l’espoir de retrouver mes racines, l’espoir que mon expérience soit une plus-value et qu’elle me permette de trouver un boulot épanouissant….

Que s’est-il passé ?

Désillusion sur désillusion, marché de l’emploi saturé, difficultés à m’insérer... Il m’a fallu me rendre à l’évidence : c’est à l’étranger que je m’épanouis ! J’ai toujours rêvé de rentrer au pays pour m’y installer mais les opportunités professionnelles se sont présentées ailleurs. Quelques CV envoyés et me voilà à Hong Kong depuis quelques mois. Je travaille comme directrice pédagogique du Club des cinq, une école de langue en pleine expansion.


Quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

Vivre à Hong Kong c’est vivre à 100 à l’heure ! Il y a du monde partout (+ de 7 millions d’habitants sur un territoire un peu plus petit que la Réunion, je vous laisse imaginer !), du bruit, beaucoup de bruit… C’est simple, on a l’impression que rien ne dort. Des tours vertigineuses éclairées jours et nuits, le défilé des voitures de luxe… Je me demande si les gens ont le temps de profiter de tout cela, s’ils prennent du temps pour eux parce que travailler ici c’est sacrifier beaucoup de temps libre ! Moi, ce que j’aime par dessus tout, ce sont toutes les langues qu’on entend dans les rues, toutes les saveurs qu’on goûte, toutes les nationalités qu’on croise, une population toujours accueillante, bienveillante et souriante malgré le labeur.

Quels sont vos projets ?

J’aimerais rester à Hong Kong le plus longtemps possible, tant que je m’y sens bien en tout cas pour profiter, voyager, découvrir l’Asie que je ne connais pas encore et… continuer à expliquer que je viens d’un petit caillou dans l´Océan Indien pour donner envie aux Hongkongais de venir visiter notre paradis à nous !

Avec le recul, avez-vous été accompagnée dans vos expériences de mobilité ?

Une fois qu’on est prêt à quitter l’île, qu’on a fait le chemin dans sa tête, il est facile de trouver du soutien financier, administratif et de l’aide à la mobilité. Je suis d’abord partie aux Seychelles grâce au Conseil départemental. Puis, c’est avec France Volontaires que j’ai signé mon contrat à Madagascar. Je n’oublie pas le CNARM, qui finance les billets d’avion... Je me suis toujours sentie soutenue et bien accompagnée par ces organismes locaux qui aident à partir. C’est facile de quitter la Réunion dans de bonnes conditions… C’est revenir qui est plus compliqué !


Que vous apporte l’expérience de la mobilité ?

La mobilité est pour moi une ouverture sur le monde. Sur le plan professionnel, je gagne en expérience et sur le plan personnel, je gagne en maturité. Tous les jours et dans chaque pays que j’ai fait, j’ai découvert les choses sous différents aspects : d’autres cultures, d’autres visages, d’autres parfums… c’est cette diversité qui nourrit ma personnalité. J’ajouterais aussi que si mes voyages m’ont permis de rencontrer beaucoup de monde, ils m’ont surtout permis de découvrir d’autres facettes de moi-même jusqu’alors inconnues : un parfum latin, un style européen, une allure malgache, une saveur asiatique se mêlent aujourd’hui au zeste tropical et à la tendance créole que je cultive depuis l’enfance. Le premier intérêt du voyage c’est finalement... la rencontre avec soi-même !

Quels ont été les avantages / inconvénients du fait de venir de la Réunion ?

Venir de la Réunion est certainement un avantage qui facilite la mobilité parce que l’île représente déjà une mixité, une diversité culturelle… à une toute petite échelle. Je n’ai jamais ressenti d’inconvénient à dire que je suis réunionnaise. La Réunion est métissée, c’est sa grande richesse. Ouverture d’esprit, dynamisme, tolérance sont pour moi des valeurs ajoutées qui m’ont permis de m’intégrer facilement.

Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

Toute La Réunion me manque ! De notre île, j’emmène partout avec moi de doux souvenirs, de belles images, des couleurs, des odeurs, de la musique... Ils me suivront toujours... où que j’aille. Ce que j’aime le plus, c’est quand mon avion approche de l’île, qu’on s’apprête à atterrir, qu’on voit ses contours, qu’on devine ses montagnes. Le coeur i ser et larmes i roule dan’ zieu… C’est tout mon être qui s’apprête à fusionner avec MA terre, c’est une sensation que je ne rencontrerai jamais ailleurs.


Quel est votre regard sur la situation socio-économique de la Réunion ?

Difficile de se positionner : j’ai trouvé sur place beaucoup trop de copinage et des jeunes qui ont du mal à faire valoir leurs diplômes et leurs expériences. On retrouve toujours les mêmes visages et les mêmes idées chez les acteurs socio-économiques qui se transmettent les clés de génération en génération... Des jeunes réunionnais poussés à partir et qui se sentent plus utiles ailleurs que chez eux, d’autres qui ont peur de revenir, de se trouver dans une situation précaire, de subir la hausse des prix... Quel dommage ! Cette réalité ne m’empêche pas d’espérer que les choses changent mais pour cela il va falloir que le peuple soit soudé et qu’on agisse pour l’avenir de La Réunion ensemble, et pas en se désolidarisant.


Voir aussi : www.reunionnaisdumonde.com/r/6/Asie (237 inscrits) / Plus de Réunionnais(es) GRANDS VOYAGEURS

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