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Clément Payet, chargé d’étude en urbanisme à Paris

Publié le 31 mars 2017 France Paris

Après deux ans en géographie à l’Université de la Réunion, il poursuit ses études en alternance dans une agence d’architecture parisienne. A 23 ans, cet originaire de Cilaos n’en n’oublie pas d’où il vient. « Ce qui me manque le plus ici ? La famille c’est sûr, et le repas de mamie : riz, brède chouchou avec un coq d’Ilet à Cordes et des lentilles de Cilaos, dégusté dans les paysages grandioses ! »

Depuis l’Euro 2016 de foot, on m’appelle beaucoup plus « Paillette » et moins « Paillé ». On me demande si je suis de la famille de Dimitri !

Racontez-nous votre parcours.

Je suis né à Saint-Pierre ; j’ai grandi à Cilaos puis au Tampon avec ma mère jusqu’à mes 20 ans. J’ai décidé de partir "lot koté la mer" après deux premières années de géographie à l’université de La Réunion. Au-delà des études, je voulais aussi être plus indépendant et découvrir ce que je ne connaissais qu’à travers la télé. En 2013, je me suis installé à Montpellier pour une année de licence de géographie aménagement du territoire grâce au passeport mobilité.

Quelles ont été vos impressions ?

La ville de Montpellier est idéale pour un Réunionnais qui veut découvrir la Métropole et s’y installer : il fait beau presque tous les jours, pas très froid, il y a la mer, de nombreux étudiants et... pas mal de Réunionnais. C’était cool ! Mais moi qui était habitué à Maman et à son bon mangé créole, je suis passé d’un coup au régime pâtes / steack ! Après cette belle année, j’ai enchaîné sur deux années de Master à l’Ecole d’Urbanisme de Paris. Au-delà du choc thermique, on ne s’ennuie pas dans la capitale grâce à ses nombreux cinémas, restaurants, soirées, expo…

Et ensuite ?

Pour pousser ma formation jusqu’au bout, j’ai décidé de faire un Bac+6 en développement durable à Agroparistech à Clermont-Ferrand. Aujourd’hui, je termine cette année en alternance dans un bureau d’étude en urbanisme à Paris. Après six mois à la CGET (ex-DATAR), mon travail est assez technique : je réalise des plans d’urbanisme qui permettent de créer des projets pour la ville, de déterminer les zones de constructions ou de protection des espaces naturels.

Quels sont vos projets ?

Continuer à me former, acquérir de l’expérience et des techniques pour un jour rentrer à La Réunion et où il y a beaucoup d’enjeux en termes de nature et d’aménagement du territoire. Je souhaite travailler avec les élus et pourquoi pas un jour, devenir directeur du Parc National de La Réunion ! (Ahaha)


Est-ce que vous vous plaisez en métropole ?

Chaque région française a son charme, même si je suis quand même plus attaché aux régions du Sud. On ne s’ennuie pas, il y a tout à découvrir : la croziflette, les marchés de Noël, la gentiane, la pierrade, le surf à Biarritz, le ski, les festivals… Les métropolitains me disent toujours : « tu ne fais pas réunionnais, tu n’es pas bronzé ». Du coup, je dois leur expliquer le mot « Yab »... et parfois même resituer l’ile sur une carte et freiner les discours sur les requins. Je leur explique qu’on peut se baigner dans le lagon ; il faut alors expliquer le mot lagon...

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

J’ai toujours deux petits kayambs (qui mettent l’ambiance régulièrement en soirées !), des photos de famille et des cartes postales. Les photos, c’est pour penser à la famille tous les jours ; ce n’est pas facile de ne pas voir ses proches vieillir et de ne pas être à côté d’eux pour profiter de la vie. Quand je rentre de la Réunion, je reviens aussi avec du rhum, du vin de cilaos de la famille, des saucisses, du piment et des mangues du jardin !

Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

La famille c’est sûr, le diner de mamie : riz, brède chouchou avec un coq d’Ilet à Cordes et des lentilles de Cilaos, dégusté dans les paysages grandioses ! Mais aussi (dans le désordre) : une barquette bouchon ou un lord trois sauces su’ le port Saint-Pierre, le volcan, le bassin sardine, Cilaos, la montagne… Tout sa i mank a moin !

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

Vu d’ici, on se rend compte que La Réunion c’est reposant, magnifique et ressourçant ! Bien sûr il n’y a pas que des avantages, notamment le chômage. C’est triste pour une île qui a une population jeune et dynamique mais cela s’explique en partie par la situation géographique de l’île : malgré les échanges, la Réunion reste enclavée et posée au beau milieu de l’Océan Indien. On devrait se tourner davantage vers les énergies vertes et la production locale de produits accessibles à la population, relancer l’économie de proximité (petits marchands...). Ce modèle est adapté à notre milieu et permettrait de redonner de l’emploi et une identité perdue à notre île. Ma vision est basée sur mes compétences en aménagement du territoire. D’ailleurs, c’est un métier qui manque pour le développement de l’ile... Je trouve qu’on manque d’urbanistes !

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