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Dans les coulisses d’un retour à la Réunion

Publié le 6 mai 2019 974 Maurice Madagascar

Nous avions suivi Thomas Sigismeau en tant que volontaire en service civique en Amazonie puis dans son périple entre Pérou et Bolivie. Comment un tel voyageur s’est-il adapté à son retour sur l’île ? En « allant à la rencontre des gens inspirants à la Réunion. En me tournant vers l’entreprenariat… Une nouvelle aventure ! »


Racontez-nous votre parcours ?

Métis culturel, je suis né il y a 28 ans d’une mère mauricienne et d’un père réunionnais. J’ai grandi jusqu’à 14 ans à Maurice, puis à la Réunion. Une fois le bac en poche, c’est en métropole que j’ai voulu mettre le cap pour des études en commerce international. Après ce cycle et une première piqure de voyage en Asie à Taïwan, j’ai désiré approfondir l’expérience à l’étranger. C’est ce qui m’a amené à travailler deux ans dans une ONG en coordination de projets de reboisement, d’huiles essentielles et autres produits naturels en Amérique du Sud (Pérou, Bolivie) puis à Madagascar.

Et ensuite ?

Après cette dernière grosse mission à Madagascar et un temps de déconnexion de trois mois au Pérou, c’est au Tampon, chez mes parents que j’ai atterri, que je suis revenu, un peu dépassé par tous mes voyages, notamment les codes culturels et langues. Entre l’Amazonie, la cordillère des Andes ou encore les hauts plateaux malgaches, les pensées en espagnol et les mots malgaches, j’avais oublié de me ménager…

Madagascar

Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir ?

Tenter à nouveau le retour à la Réunion, c’est un mélange subtil de manque de sens à mes vies d’ailleurs et de sensation de fin d’un cycle de vie. Plus concrètement, c’est la rencontre avec une entrepreneure de sens à la Réunion, Jennifer Vignaud (www.humean.org) qui m’a incité à revenir et fait prendre une direction, donnant un meilleur sens à ma vie notamment au travers du « Life designing ».

Pouvez-vous en dire plus sur ce sens ?

J’ai compris à quel point le monde est grand, rempli de possibilités. Une seule vie ne suffirait pas pour tout explorer. Et c’est là que je prends conscience que donner une direction et un sens à ces actions, sa vie, c’est une valeur sûre !

Formation Life designing de Jennifer Vignaud - Ravine des Cabris - 2018

Quels sont vos projets ?

Je crois être porteur d’une multitude de graines de projets dans des sphères telles que le métissage culturel, l’accompagnement aux personnes. Cela se traduit, en ce moment, par Mandalas d’Ici et d’ailleurs, des ateliers de tissage de Mandalas de fil pour enfants et adultes. Pour la petite anecdote, cet artisanat d’origine mexicaine m’a été enseigné par un ami d’Israël lors de mon dernier séjour au Pérou.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Bien que je continue à regarder les annonces tournées vers l’extérieur et que je ne puisse répondre avec certitude à la question : « tu es revenu pour de bon ? », je fais de mon mieux pour faire fleurir les bourgeons d’entreprenariat, une nouvelle aventure… Je veux être pleinement moi dans ce que je fais. Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. En cela réside toute la beauté la magie de l’aventure.

Atelier de tissage Mandalas - Le Tampon 2019

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus depuis votre retour ?

Rencontrer l’autre. Au cours de mes six premiers mois, et je le fais encore, je vais à la rencontre des personnes qui ont pu m’inspirer ou m’inspirent à la Réunion. Prendre des moments de qualité et échanger, partager les expériences, idées, projets… C’est ma façon de me connecter.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ?

C’est le regard déstabilisant vers l’extérieur, ces piqures d’envie de repartir, de reprendre mon sac à dos 80L et d’y mettre quelques affaires pour m’aventurer dans de nouvelles cultures, de nouvelles missions en terres inexplorées. Mon combat relève de l’enracinement pour plus de stabilité pour mes désirs profonds, mes projets, mon chemin de vie.


Quels objets d’ailleurs que vous avez rapporté sur l’île ?

Différents petits objets décoratifs / symboliques : des mini bibelots, des tissus, des instruments, des plantes, des graines, des huiles essentielles. Ils ornent la maison et bien souvent un regard, une odeur suffisent pour me faire voyager d’un seul coup. Petit bonus : j’ai aussi une « grosse valise » remplis d’anecdotes, d’histoires à raconter.

Que vous a apporté l’expérience de la mobilité ?

Une richesse intérieure, une ouverture sur des vérités d’ordre plus universel… Je rapporte aussi une capacité à voyager « même en étant sur place ». Je me précise : à chaque nouvelle rencontre, découverte, redécouverte d’un lieu, je m’immerge pleinement au point de me sentir en plein voyage. Je dirais que cela relève aussi de la capacité de voir une même situation/personne/chose à partir de différents angles de vue.


Quel est votre regard sur la situation socio-économique de la Réunion ?

Revenu un tout petit peu avant la crise Gilet Jaune, j’ai posé les pieds en plein dans l’émergence d’une crise sociétale qui m’a fait prendre conscience que j’étais déconnecté des problématiques locales avec l’esprit encore en Amérique Latine et à Madagascar. Aujourd’hui avec huit mois de recul, je me rends compte de m’être connecté avec des personnes se faisant force de proposition face à ces événements, donnant une vision enthousiaste, positive, possible sur la situation de la Réunion. Cela nourrit mon envie d’émerger pleinement, de proposer mes talents au monde et de contribuer et être porteur de solutions.

Quelques intentions quant à ce partage ?

J’entends et je lis souvent qu’il faut « bien préparer » son retour à la Réunion, avoir « la sécurité financière, professionnelle », etc. Et si on revient sans cela ? Y a-t-il un chemin ? Je crois que oui, il n’est pas le plus facile mais bien possible. Revenir avec les bonnes énergies et les bonnes intentions, c’est déjà un grand pas. J’aimerais stimuler la communauté des revenants ayant les valises remplies de compétences, d’outils, de trésors cachés qui ne demandent qu’à fleurir et être mis à disposition du Monde.


Un conseil de voyages ?

Rencontrer les personnes à travers ses passions (un facilitateur de liens), avec pour langue d’interaction le langage universel de l’amour. Pour ma part, c’est notamment à travers le sport et l’apprentissage des langues que j’ai créé des liens forts avec des personnes sur ma route.

Un conseil pour ceux qui souhaitent revenir ?

Ce que je crois : il n’y a jamais de bon moment pour faire ce choix de revenir. Accepter que la vie est faite de cycles, avec des moments où l’on reçoit énormément et d’autres où l’on veut transmettre, des moments où l’on est inspiré et d’autres où l’on inspire. Revenir en voyant la Réunion comme une nouvelle expérience, en laissant la place pour la découverte, la redécouverte de la vie ici.


Un dernier mot ?

Merci d’avoir pris le temps de lire ce partage. Merci à ma Famille, mes amis, mes connaissances, et toutes les personnes de sens. Merci à cette communauté bien vivante, Réunionnais du Monde. Partagez, racontez vos parcours, histoires toutes singulières, toutes inspirantes !

En voir plus sur :
- Mandalas d’Ici et d’ailleurs – Lien vers ma page d’Artisanat et d’Ateliers de sens : www.facebook.com/mandalasdicietdailleurs
- Salame Madagascar - Clichés de mes expériences au Pérou, Bolivie & Madagascar : www.facebook.com/salamemadagascar


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