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Ils vivent sur un bateau pendant le Coronavirus

Publié le 23 mars 2020

Saisis par la pandémie pendant leur tour du monde, ce couple et un bébé s’est réfugié dans un port espagnol, où il reste confiné sur son voilier. Ils doivent aussi jongler avec les difficultés d’approvisionnement et une météo capricieuse. Récit.


Pouvez-vous nous dire où vous en êtes svp ?

Marvin*  : Vendredi 13 mars, nous étions encore sur notre périple dans un mouillage le long de la côte espagnole, à Conil. C’est là qu’on a commencé à voir la situation se dégrader en Espagne et en France. On a donc décidé d’aller rapidement à Cadix pour faire des courses facilement avant de manquer, car il nous restait seulement deux jours de vivres. Nous sommes arrivés le samedi à Cadix et nous avons décidé de mouiller en dehors de la ville pour rester isolés. Nous sommes allés faire des courses le soir. Les rues étaient vides, le magasin aussi. Il n’y avait pas tout (papier toilette, viande...) mais rien de trop gênant. On est resté isolé sur l’eau face à la ville jusqu’au lundi à cause du mauvais temps. Prévu de longue date, nous devions rejoindre le Portugal, pour récupérer des amis réunionnais et leurs enfants qui vivent en France pour naviguer une semaine ensemble. Nous avons décidé d’aller au Portugal plus tôt que prévu car la situation y est moins grave qu’en Espagne : moins d’habitants, plus de places dans les hôpitaux, et nous avons un contact à l’ambassade au cas où.

Que s’est-il passé ?

Mais lundi, le Portugal et l’Espagne ont annoncé l’état d’urgence et la fermeture des frontières. On a donc décidé de partir à 19h pour arriver le lendemain matin au Portugal et tenter notre chance. Il y avait une petit fenêtre météo, mais on est tombé droit dans un orage cinq heures après être parti ! Nous avons fait demi tour pour rejoindre l’abri le plus proche : le fleuve Guadalquivir. Nous étions à l’abri à 4h du matin. Au final, beaucoup de risques pour pas grand chose...


Et ensuite ?

Au petit matin, nous avons appelé le port le plus proche pour s’y réfugier ; notre réserve d’eau douce devenait critique. Ils nous ont refusé l’accès même en sachant que nous avions un bébé, plus d’eau et que la météo était mauvaise ! On a donc rationné notre eau et on est resté encore une journée et une nuit. Mercredi matin à 3h30, on a quitté le fleuve Guadalquivir et on a navigué quatre heures pour rejoindre un port à Cadix. On avait une toute petite fenêtre météo et on a réussi à atteindre le port, avec les dernières 45 minutes sous l’orage et le vent.. très très compliqué. On a réussi à s’attacher à 8h30 avec l’aide du port. Depuis, on voit les bateaux arriver et se réfugier, escortés par la Guardia Civil des fois. On a interdiction de naviguer, sachant que les ports en Espagne sont fermés.

Racontez-nous votre quotidien.

De ce qu’on sait pour le moment, si on va au Portugal on sera mis en « quarantaine » 30 jours. Du coup, on n’a pas le droit de sortir du port. On évite au maximum les contacts avec les autres marins. On a mis un protocole d’hygiène à bord avec une sorte de sas à l’extérieur. Daniela doit aller faire des courses demain matin seule à pied pendant que je reste au bateau avec Tara pour ne pas prendre de risques inutiles.


Que faites-vous pendant le confinement ?

Nous pouvons être considérés comme chanceux car nous sommes déjà isolés sur notre voilier. C’est un point extrêmement positif, mais en raison de cette situation, nous avons dû gérer d’autres problèmes tels que les conditions météorologiques et les quantités d’eau potable à bord au cours de cette semaine. Pour passer le temps, nous essayons de nous concentrer sur les choses que nous n’avons pas toujours le temps de faire, comme vérifier les voiles. Cela ne fait que six mois que nous possédons ce merveilleux voilier et nous le connaissons de mieux et mieux. 

Et la suite ?

Le programme prévu, c’est un détour vers la Bretagne avant de quitter l’Europe, pour fêter les 80 ans de mon grand père maternel qui habite là-bas, car je ne pense pas le revoir vivant... et en profiter pour faire la fête maritime « Brest 2020 », un rassemblent des plus vieux voiliers du monde tous les quatre ans en juillet et visiter la Bretagne l’été. En Bretagne nous avons également mon frère qui va venir de la Réunion pour des vacances et un couple d’amis qui vient de la Réunion juste après. Ensuite, ce sera la route pour la Réunion en passant par les Antilles / Pacifique / Océan Indien.

Mon père en visite pendant ses vacances

Pouvez-vous nous présenter votre tour du monde ?

* Marvin, Daniela et Tara (2 ans). Notre aventure doit nous faire rejoindre la Réunion depuis la métropole en faisant le tour du monde sur un Beneteau Oceanis Clipper 473. Moi (Marvin), j’ai fait mes études à la Réunion. Engagé dans la Marine depuis la Réunion, j’ai ensuite travaillé à Montpellier dans le sport. Aujourd’hui, je veux rentrer à la Réunion en voilier pour que Tara ma petite découvre et grandisse sur l’île avec sa famille. Ma compagne, Serbo Hongroise, a déjà travaillé à la Réunion en tant que dentiste et est tombée amoureuse de l’île. Ca aide !

Enfin, comment Tara (2 ans) vit-elle ce voyage ?

C’est notre petit marin ! La vie de bébé à bord n’est pas facile d’une main, mais de l’autre… C’est incroyable. Elle peut sauter du salon à la cuisine en un pas pour me rejoindre pour cuisiner. Elle peut grimper à notre lit le matin pour nous réveiller. Elle peut s’endormir l’après-midi en regardant la formation des vagues autour du bateau. Elle peut admirer la belle créature vivante dans l’eau et dans le ciel tous les jours !


+ d’infos : www.facebook.com/nomadcitizensailing / www.instagram.com/nomad_citizen_sailing / Plus de portraits GRANDS VOYAGEURS



Un autre couple de Réunionnais est actuellement en pleine mer sur un Lagoon 400 de 2013. Galapagos : "Tortues, pingouins, raie, requins ... On en a bien profité, mais il est temps de partir ! Départ demain pour la Polynésie soit environ 30 jours de mer vers les Gambiers (ou de quarantaine plutôt agréable). "

En savoir plus sur leur périple : www.reunionnaisdumonde.com/magazine/portraits-interviews/le-tour-du-monde-a-la-voile-d-un-couple-de-reunionnais


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