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Jean-Marc Éthève, cadre chez Air France à Shanghai

Publié le 29 décembre 2020

« Le rêve chinois est en marche »… Responsable des opérations logistiques sur les pièces aéronautiques d’Airbus A350, Jean-Marc est témoin des évolutions de la Chine, mais garde un œil sur la terre de ses ancêtres, la Réunion.


Pouvez-vous vous présenter ?

Jean-Marc Éthève, 47 ans. Je suis né à Madagascar d’une famille réunionnaise venant de Saint Joseph. Après un bref passage à la Réunion (Bras-Panon), mes parents se sont fait rapatrier en métropole. Nous sommes allés nous installer à Lyon, Villeurbanne puis à Rillieux la Pape. Vers mes 10 ans, mon père a acheté une petite maison en Isère. Il était frigoriste et ma mère coiffeuse. Ils ont travaillé dur pour se créer un patrimoine et faire vivre leurs quatre enfants. A sa retraite, mon père est retourné à la Rivière Saint Louis pour y finir sa vie. C’est un endroit où j’aimerais retourner pour mes vacances ou pourquoi pas à ma retraite.

Racontez-nous votre parcours.

Je travaille dans la branche maintenance d’Air France depuis que j’y suis entré à l’âge de 15 ans, en apprentissage au métier de mécanicien avion. Diplômé d’un CAP et d’un Bac Aéronautique, j’ai eu la chance de travailler sur des avions comme le Concorde et découvert la passion de faire un métier peu connu mais qui est essentiel pour assurer la sécurité de nos passagers. Depuis, j’ai occupé plusieurs postes qui m’ont, à chaque fois, donné l’envie d’évoluer. Il me manquait parfois des compétences pour y arriver, aussi je me suis retourné vers les études par trois fois pour me donner le profil correspondant au métier ciblé. J’ai d’abord fait un DUT GEII à l‘IUT de Créteil à 22 ans, un master à l’ISC Paris à 27 ans et je viens de terminer un EMBA à Hult international business school pour mes 45 ans. L’investissement était à chaque fois intense, mais nécessaire pour évoluer professionnellement mais aussi personnellement.


Comment avez-vous atterri en Chine ?

J’étais gestionnaire de contrat pour la réparation des moteurs de Boeing 777 quand on m’a proposé de partir à Pékin pour trois années très enrichissantes. Après un petit retour en France, j’ai eu l’opportunité de revenir en Chine, cette fois à Shanghai, pour réaliser ce projet de support logistique pour les A350 de nos compagnies clientes. Mon métier est de gérer logistiquement des pièces de rechanges aéronautique pour des clients chinois opérateurs de l’Airbus A350, en prenant en compte tous les aspects de la chaine logistique, pour améliorer la performance et réduire les coûts. Il faut savoir qu’Air France, grande entreprise qui a pour vocation de transporter des passagers et du fret (activité cargo), a aussi une activité de maintenance aéronautique, moins connue, mais tout de même classée au deuxième rang mondial du secteur.

Quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

Shanghai est une mégapole de 25 millions d’habitants, qui s’est considérablement développée en quelques années, Il y a tant à dire sur ce pays et cette ville, qui portent de forts paradoxes comme la pollution par exemple à cause du chauffage au charbon. En même temps la Chine a signé la Cop 21, la plupart des véhicules sont électriques : voitures, scooters… Avec son téléphone on peut tout faire : payer ses factures, réserver le train ou l’avion, localiser un taxi, mais avec la surveillance généralisée et la reconnaissance faciale, on a eu ici une gestion de l’épidémie de Covid par les big data et une gestion du risque par un code couleur à montrer à chaque entrée dans un magasin ou un lieu public. Le « rêve chinois » est en marche…


Quels sont vos projets ?

J’espère continuer de voyager le plus possible, découvrir de nouvelles cultures, m’en imprégner et contribuer au développement économique avec de nouveaux projets. A long terme, j’aimerais retourner à la Réunion pour proposer une offre touristique promouvant la richesse de l’île, ses mélanges artistique et culinaire. Il y a surement quelque chose à faire pour développer la relation avec la Chine par exemple…

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

Inexistante, il n’existe pas de liaison aérienne directe ; je crois qu’il y a un axe via Maurice mais pas de visibilité pour la Réunion. Il faut dire que les Chinois craignent soleil (la peau blanche est un critère de beauté), mais avec la croissance de ce pays, il y a surement des choses à faire pour répondre par exemple à la forte demande de produits naturels. Aussi, la cuisine réunionnaise est bien inspirée de la cuisine chinoise. Je retrouve les préparations qui ont inspiré la façon de cuisiner les brèdes chouchou, bouchons, boucané et autre.


Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

J’ai un pilon qui ne me quitte pas, indispensable pour faire mon mélange ail, gingembre et gros sel, et réussir mes carry. Il est fabriqué sur l’île par le père d’un ami avec la lave du volcan. Il représente pour moi un bout de l’ile et son héritage culturel. Ma playlist de séga/maloya m’accompagne quand je me lance dans la réalisation des plats, je vois bien dans les yeux de mes enfants de grandes interrogations sur mon déhanché mais ce n’est pas grave…car au final ils ont bien compris la chance qu’ils avaient de goûter à cette cuisine savoureuse et qui permet souvent de partager plus qu’un plat.

Quel lien gardez-vous avec la Réunion ?

Il y a une grande communauté réunionnaise à Lyon où j’ai grandi, dont mes oncles et tantes, cousins éloignés, amis… On n’oublie pas ses racines, où qu’on soit... J’ai une histoire qui n’est pas encore terminée avec la Réunion. C’est d’ailleurs à la Réunion que mon nom de famille est le plus porté. J’y retournerai volontiers, au pire à la retraite, pour m’investir dans son développement économique. Même si la période ne s’y prête pas encore, des opportunités sont à explorer pour créer un projet qui pourrait marier écologie et économie.


Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

Le pique-nique au bord de la rivière Langevin, ou au bord de la mer où on voit tant de merveilles culinaires, la simplicité d’avoir du bonheur et de partager un bon repas, un petit verre de rhum, les moments improvises entre amis, découvrir ce monde qui a tant à offrir et qu’il faut préserver.

Quels ont été les avantages / inconvénients du fait de venir de la Réunion dans votre parcours ?

Les racines réunionnaise sont surement une force mais peuvent aussi être une faiblesse. Le Français moyen ne sait pas toujours comment classer les créoles de notre genre, entre un mélange d’Asiatique, d’Africain, d’Indien… Pour moi, la Réunion est un exemple en termes d’écosystème, de melting pot, de vivre ensemble, mais aussi en terme de préservation de l’environnement. Présentes dans le cœur de tous les insulaires je pense, ce sont des valeurs importantes dans notre société : un autre modèle est donc possible.


Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

Un fort taux de chômage, une absence d’offre touristique différenciée par rapport à l’Ile Maurice ou même des autres destinations alternatives, des infrastructures à améliorer… En comparant avec d’autres lieux de vacances prisés par le tourisme, je pense que la Réunion doit encore développer son offre, et sa communication.


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La cité interdite
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