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Jérémy Dorilas : retour à la Réunion pour ce spécialiste de l’IA

Publié le 3 décembre 2019

Faire Incroyable Talent en Chine, parler au directeur de la Nasa, se faire embaucher en étant moins qualifié que les autres candidats… Voici quelques une des expériences de Jérémy Dorilas au cours de ses nombreux voyages. C’est finalement à la Réunion, en s’associant à Anaëlle Pony, également Réunionnaise de retour sur l’île, que cet ingénieur et développeur en intelligence artificielle a décidé de développer son projet : Kowidi, chatbot, moteur de recherche et assistant vocal.

Anaëlle Pony et Jérémy Dorilas, fondateurs de Kowidi

Pouvez-vous vous présenter SVP ?

Jérémy Dorilas, 38 ans, originaire de Saint Louis. Mon cursus est le suivant : Bac STT / Informatique & Gestion ay lycée Antoine Roussin, BTS informatique gestion en alternance à la CCI Strasbourg, Epitech Strasbourg.

Quel a été votre parcours de mobilité ?

J’ai quitté la Réunion fin 2003 pour aller habiter à Strasbourg. J’étais danseur (breakdance) et je voulais faire carrière avec un groupe de Strasbourg. On allait souvent faire des compétitions en Allemagne, en Belgique et en Suisse. En 2005 j’ai compris que ça n’allait pas aboutir donc j’ai décidé de faire un BTS en informatique, une autre passion que j’avais. J’avais codé un tamagoshi sur ma calculatrice à 17 ans : mes premiers pas avec l’intelligence artificielle…

J’ai été accepté en BTS à la CCI de Strasbourg et j’ai vite trouvé une entreprise pour faire mon alternance : Flam’s, une chaine de restaurant de Flammekueche. Je travaillais au siège, au service informatique. J’ai eu mon BTS milieu 2007. J’ai ensuite intégré Epitech , en troisième année directement, car j’avais déjà deux ans de BTS. Au bout d’un mois, je veux abandonner car je trouve cela trop difficile pour moi et j’étais un peu trop fêtard... Un ami me donne de bons conseils, je décide de continuer et de m’y consacrer à 100%.

La pédagogie d’Epitech me permet d’avoir les compétences techniques dont j’ai toujours rêvé. Au cours de la première année, en avril 2008, je vois le film Iron Man, et surtout l’intelligence artificielle J.A.R.V.I.S. et je me dis que je dois absolument construire ça. L’idée me reste dans la tête, mais malgré mes progrès, je n’ai pas encore la compétence technique nécessaire. Je continue donc à étudier.

Passage à la télé en Chine (Pékin)

La Chine

La quatrième année d’Epitech, je suis allé en Chine dans un programme à l’université de Chongqing. Pendant cette année d’étude j’ai rencontré des danseurs chinois. Je leur ai demandé de m’intégrer dans leur équipe, mais ils ne savaient pas trop car ne me connaissaient pas. C’est lors d’une soirée dans une boite que je les ai affronté à 1 contre 5, avec un ami Haïtien et une amie du Kazakhstan pour me soutenir. Ayant 10 ans d’expérience, j’ai remporté le battle et ils m’ont tout des suites invité dans leur groupe. On est devenu les meilleurs potes. On a voyagé dans toute la Chine pour faire des compétitions ensemble. Et on a participé à une émission de télé du genre « incroyable talent ». Une expérience inoubliable ! J’étais le premier étranger dans cette émission et on était dans un dortoir avec 18 autres danseuses et danseurs de toute la chine. C’était cool, j’étais un peu la curiosité et tout le monde me posait des questions sur la Réunion et l’Europe. A la fin des études en Chine c’est avec regret que je suis retourné en France. On est en août 2009.

Mon diplôme en poche, en 2010, je retourne en Chine pendant un an. Je travaille avec mon groupe de danse chinois. On crée une compagnie, puis une école de danse. Un ami m’offre ensuite un poste dans son entreprise, créée avec sa femme, en tant qu’ingénieur logiciel. Malheureusement ils divorcent et sa femme prend le contrôle de l’entreprise. Je n’ai donc pas le poste et mon visa ne peut pas être renouvelé.

Je quitte la Chine et pars en Allemagne, à Berlin où je lance une startup avec des amis. On est quatre ingénieurs logiciels, sans marketing ni commerciaux. Du fait de notre incompétence dans le business, la startup ne décolle pas, même si on a une bonne technologie et qu’on est bon techniquement. Ayant appris de nos erreurs, au bout d’un an, on revend la technologie et je pars en Autriche.

Voyage avec l’équipe Pionneers en Hongrie

Entre temps je découvre SIRI, l’assistant virtuelle d’Apple sur iPhone. Je suis impressionné et je rêve de construire le mien. Je travaille sur des chatbot en attendant. En Autriche, je participe au Pioneers festival, un évènement pour les startup et l’innovation. Je suis impressionné par l’énergie que dégage cet évènement. Je rencontre Vishal Sharma, vice-président de l’intelligence artificielle chez google à l’époque. Je parle cinq minutes avec lui, mais pas plus car il est très sollicité. Je comprends vite que si je veux pourvoir parler à ce genre de personne et garder contact il faut que je travaille pour l’entreprise qui organise ce festival.

Comment je me suis fait embaucher…

Trois mois après, je vois passer une offre d’emploi de Pioneers : ils cherchent un développeur. C’est ma chance. Je regarde un peu les profils de ceux qui répondent dans le flux Facebook, en tapant leur nom dans linkedin (environ 10 personnes). Ils ont tous un meilleur CV que moi. Si j’envoie juste mon CV, je ne serai même pas invité à l’entretien d’embauche. Je commence à désespérer. Mais je me dis que je n’abandonnerai pas si facilement. Je réfléchis, et trouve une solution... Ayant noté qu’il était difficile de rencontrer des gens ayant le profil qu’on cherche dans le festival, j’écris au directeur des Ressources Humaines, et je lui dis que le festival était cool, mais qu’il n’était pas facile pour faire du networking. Je lui dis aussi que j’ai créé un prototype d’application pour le networking qui règlerais ce problème, et je lui demande de m’inviter pour l’entretien d’embauche. Il me donne rendez-vous le lendemain. Problème : j’avais pas encore fait l’application ! Il est environ 20h. Je commence donc à construire l’application vers 21h et je termine une version acceptable à 2 h du matin. Je me réveille tôt, je vais à l’entretien et je lui montre l’application. Il adore, l’équipe marketing aussi. Ils appellent le PDG, qui adore aussi et me dit qu’il m’embauche. Je cache ma joie, mais je me rends compte que je suis passé devant tous le autres candidats...

Je travaille alors pour eux et je rencontre pas mal de gens importants, comme Pete Worden, directeur de la NASA à l’époque. Quelqu’un d’impressionnant... Tellement de monde lui parle que je me dis qu’il ne va pas me remarquer. Je dois trouver une solution. Je m’arrange alors pour faire un show de breakdance sur scène à la fin du festival. Ainsi lors de la soirée de clôture, je lui dis que c’était moi qui avais dansé. Un ingénieur qui fait du breakdance, c’est rare et je parviens à attirer sa curiosité et son attention.

L’équipe Pionneers avec Pete Worden, directeur de la NASA

En parallèle, je construis un moteur de recherche pour simplifier la recherche de plats sur une grosse plateforme dédiée aux restaurant : 100 millions d’euro de CA et 500 employés. Une fois fini, je contacte le PDG de la plateforme pour lui dire que le moteur de recherche que j’ai construit est meilleur et plus rapide que le leur. J’aimerais les rencontrer pour un partenariat et un financement. Je suis invité au siège en Allemagne pour présenter mes travaux. Je suis reçu par le manager, la responsable marketing et quatre ingénieurs. Pendant l’entretien, ils me posent plein de questions sur comment j’ai fait, et je réponds. Finalement, le manager me dit qu’ils veulent m’embaucher, je décline l’offre en disant que je veux plutôt un financement pour créer ma propre startup. Ils me disent qu’on verra il faut qu’on se revoie. Au bout de trois mois, je me rends compte que toutes les questions posées lors de l’entretien avaient pour but de me piquer mes idées et ma technologie…

Très impacté dans un premier temps, je décide enfin de créer mon assistante virtuelle, que j’appelle Mindy. C’est une première version, une sorte de SIRI dédiée aux restaurant. Contrairement à SIRI, Mindy peut donner des conseils pour mieux manger.

Avec Federica Ognissanti ma collègue et Adam Cheyer, créateur de SIRI

J’apprends par la suite qu’en 2016, Adam Cheyer, le créateur de SIRI vient à notre festival. Wow ! Il faut absolument que je lui montre Mindy. Je m’arrange donc avec l’equipe de Pioneers pour être celui qui s’occupe d’Adan Cheyer et je peux enfin lui présenter Mindy. Il aime bien, et nous donne de bons retours, en nous disant que c’est une bonne technologie, mais il qu’il fallait voir plus large que la restauration. Je décide alors d’orienter mon assistant virtuel sur le tourisme et en 2017, je rentre à la Réunion avec cette idée en tête. En 2017, je finis 2e au concours d’innovation de la Technopole, et je fais la connaissance d’Anaelle Pony qui avait un projet similaire au mien. On décide donc de travailler ensemble de fonder Kowidi.


Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rentrer à la Réunion ?

La famille et la Réunion me manquaient. J’avais l’impression d’avoir assez appris et qu’il fallait que je rentre. Cela s’est fait assez rapidement et sans préparation spécifique. Professionnellement, je n’ai pas eu de difficulté. J’ai trouvé du travail assez facilement puis je me suis lancé dans l’entrepreneuriat. Personnellement non plus, j’ai retrouvé d’anciens amis.

Mon show pour le final du Festival

Décrivez nous votre état d’esprit à l’atterrissage à Gillot.

La chaleur. Le plaisir de retrouver la famille. Un vrai sentiment d’être enfin chez moi et de retrouver des paysages époustouflants et diversifiés. Ce qui a changé à la Réunion ? Certaines villes se sont bien développées, il y a pas mal d’endroits sympas pour sortir. Mais il y a beaucoup plus de bâtiments et de centres commerciaux… sans parler des embouteillages...

Qu’est-ce qui vous surprend le plus par rapport aux endroits où vous viviez en mobilité ?

Par rapport à la Chine :
La difficulté à se déplacer quand on n’a pas de voiture. J’ai passé un mois sans voiture à mon arrivée et le réseau de transports en commun sur l’île n’est pas terrible…
Il n’y pas de livraison de repas a domicile à La Rivière Saint Louis. En Chine il y en a partout.

Par rapport à l’Allemagne/L’Autriche : le niveau de ponctualité, de rigueur et les embouteillages.

Concours Technopole de la Réunion

Avec le recul, tirez-vous un bilan positif de votre expérience de mobilité ?

Bilan très positif. Ce que mes différentes expériences m’ont apportés :
Strasbourg :
C’était ma première entrée dans le monde du travail. J’ai appris à créer un CV, comment postuler, se mettre en avant et se comporter professionnellement. Beaucoup de développement personnel donc.
Chine :
Comment aller de l’avant même si ce n’est pas facile. J’ai appris être armé face aux difficultés de la vie, à adopter l’approche problème/solution plutôt que de me dire que c’est dur et que je n’y arriverai pas.
Allemagne :
J’y ai appris la rigueur, à être à l’heure.
Autriche :
J’ai baigné dans le monde de la startup, donc c’est naturellement que j’ai appris beaucoup sur le business et l’innovation technologique.

Aujourd’hui quels sont vos projets ?

Je travaille avec Anaële Pony, sur un assistant virtuel (genre SIRI) dédié au tourisme et au shopping à la Réunion. On veut le sortir en 2020. Je fais aussi des interventions dans des collèges et lycée pour parler de mon parcours et expliquer aux jeunes comment fonctionne l’intelligence artificielle, comment les formules mathématiques qu’ils étudient à l’école sont utilisées dans une IA. Je leur donne une autre vision des math, quelque chose de plus concret pour qu’ils comprennent à quoi ça sert. En tant que Réunionnais de retour, je me sens le devoir d’inspirer et de guider les jeunes de la Réunion.


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