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Julie Lefevre lance... les barquettes consignées

Publié le 27 octobre 2020
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Une barquette réutilisable pour réduire les déchets des repas à emporter* : CaryOn est le projet porté par Julie et Antonieta. Tout juste diplômée d’école de commerce, Julie a été recrutée par une grande entreprise locale où elle a fait ses armes quelques années avant de lancer son idée. Une interview "Retour au péi".

* 80 000 barquettes à usage unique sont utilisées chaque jour à La Réunion, selon les chiffres de Zero Waste France.

Antonieta et Julie (à droite), à l’initiative du projet CaryOn

Pouvez-vous vous présenter ?

Julie Lefevre, 34 ans, je suis originaire de la Petite Ile (Sud sauvage). Après une classe préparatoire aux grandes écoles, j’ai intégré l’école de commerce de Nancy (ICN). Lors de mon cursus, j’ai choisi de me spécialiser en finance d’entreprise et de privilégier l’expérience professionnelle. J’ai notamment effectué mes stages en contrôle de gestion commercial chez Groupe Yves Rocher (Rennes), audit chez PricewaterhouseCoopers (Metz) et contrôle de gestion industriel / consolidation chez ArcelorMittal (Luxembourg).

Quelle a été votre expérience la plus marquante ?

J’ai donc choisi d’effectuer un stage dans une capitale européenne plutôt que de partir un semestre à l’étranger. Cette orientation m’a permis de travailler dans un environnement multiculturel puisque l’équipe que j’ai intégrée était composée d’un Belge, un Néerlandais, un Indien et un Allemand. Pendant sept mois j’ai eu l’occasion de travailler dans un environnement dynamique, de rencontrer des personnes de toutes nationalités et horizons puisque le Luxembourg est une plateforme d’accueil internationale. J’ai également eu l’occasion de visiter quelques capitales européennes (Bruges, Bruxelles, Rome) lors de mes études et plus tard d’effectuer de beaux voyages : Thailande, Australie, Etats-Unis, Afrique du Sud, Italie...

Comment avez-vous été amenée à rentrer à la Réunion ?

Une fois diplômée, je pensais m’installer en métropole ou ailleurs, puis rentrer un jour, lorsque je me sentirais prête à fonder une famille et un foyer. A l’époque, je n’imaginais pas que mes enfants puissent grandir ailleurs qu’à la Réunion. Mais je n’étais pas à cette étape de ma vie, donc la question ne se posait pas.


Puis j’ai commencé à chercher du travail, principalement en métropole mais j’avais aussi postulé à une unique offre à la Réunion, pour un profil sénior en contrôle de gestion que je n’avais pas à l’époque... Le cabinet RH et SFR m’ont quand même accordé un entretien et par un jeu de promotions en interne, le profil recherché a basculé de sénior à junior. Pendant ce temps, j’avais accepté une offre dans la grande distribution à Paris mais SFR m’a fait une proposition. J’ai été prise dans un dilemme. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de hasard dans la vie, alors je me suis laissée porter. J’ai accepté l’offre chez SFR.

Avez-vous préparé votre retour d’une façon spécifique ?

Pas du tout ! Rentrer ne faisait pas partie de mes projets, alors j’ai déménagé vers la Réunion en l’espace de deux semaines. Tout s’est très bien passé. J’ai beaucoup été mobile dans ma vie étudiante ce qui m’a valu la chance d’être très peu chargée et de déménager sans encombre.
 
Décrivez nous votre état d’esprit à l’atterrissage à Gillot.

A l’atterrissage, j’étais heureuse et en même temps j’avais un peu d’appréhension. Quatre ans que j’étais partie... Pendant ce laps de temps, j’avais évolué, rencontré des personnes et des profils tellement différents que j’avais peur de tourner en rond. Mais j’étais ravie de retrouver mon île, mon caillou, si cher à mon cœur. Je me disais que ce n’était pas un retour définitif, je ne fermais donc aucune porte et potentiellement, si l’expérience n’était pas concluante, je repartirais vers d’autres cieux à l’issue de la période d’essai. Mon boulot déjà trouvé, il ne me restait plus qu’à trouver un logement.


Dans quel état avez-vous trouvé le marché du travail en rentrant ?

À la suite de la crise économique amorcée à la mi-2007, l’emploi avait reculé en France pour atteindre son plus bas niveau de la décennie en 2009. À partir de 2010, une croissance modérée du marché a commencé à se faire sentir. J’en ai surement bénéficié. Par ailleurs, mon expérience professionnelle dans des groupes internationaux a sûrement été un gage d’assurance pour SFR à l’époque. Compétences, expériences et motivation ont été les facteurs clés de mon embauche.

Et ensuite ?

Je suis restée chez SFR Réunion pendant deux ans, puis chez Philip Morris Réunion pendant trois ans, d’abord en contôle de gestion, puis en tant que responsable Logistique chez Philip Morris pendant quatre ans. Début 2019, d’un commun accord, je suis partie sous le format d’une rupture conventionnelle car je me fixais de nouveaux défis.

Quels étaient vos projets ?

Pour vous raconter mon projet, il faut d’abord vous raconter ma rencontre avec Antonieta. D’origine mexicaine, installée à la Réunion depuis bientôt 10 ans, elle est arrivée sur notre île après un parcours international : une année d’études à Toulouse puis quatre années d’expérience professionnelle à Madrid. Elle a décidé de quitter l’Espagne pour vivre de nouvelles expériences et elle a choisi la Réunion grâce à des amis réunionnais de longue date. Au départ, elle travaillait en tant qu’indépendante en logistique/approvisionnement pour des clients espagnols. Désireuse de faire de nouvelles rencontres, elle prend la décision de se lancer sur le marché du travail local et trouve une opportunité chez Philip Morris.

Photo : www.bandcochon.re

Au départ, elle ne pensait rester que deux ans mais elle a été conquise par les charmes de l’île. Les similarités entre la culture réunionnaise et mexicaine, entres autres, l’ont amenée à adopter la Réunion et à y construire sa vie. Elle a posé ses bagages de manière pérenne. Aujourd’hui nous partageons une ferme volonté de faire rayonner notre territoire et de le protéger. Nous nous sommes donc rencontrées dans un cadre professionnel, d’abord collègues puis amies et maintenant associées.

Concrètement, comment l’idée de CaryOn est née ?

Nous avions l’habitude de déjeuner des plats à emporter. Nous n’avions pas le choix du contenant (tous jetables) jusqu’au jour où nous avons convaincu notre restaurateur habituel d’accepter notre contenant réutilisable. Nous nous sommes vite rendues compte que le plus difficile était... de ne pas l’oublier.


De là est né notre projet CaryOn : une barquette réutilisable et consignée permettant de réduire l’impact des déchets générés lors des repas à emporter. Pour le consommateur, il s’agit d’une alternative simple, abordable et disponible pour réduire le nombre barquettes générées quotidiennement lors des repas à emporter (environ 80 000 par jour). Pour le restaurateur, il s’agit de contribuer à la réduction de déchets en intégrant un réseau écoresponsable. Après plusieurs mois de travail, CaryOn arrive enfin ! Nous allons lancer notre phase de test, qui se déroulera dans l’Ouest et le Nord de la Réunion. Si vous souhaitez avoir plus d’informations sur notre projet, vous pouvez consulter nos pages Facebook, LinkedIn & Instagram.

Ce projet est-il le résultat d’une prise de conscience ?

Depuis plusieurs années, nous avons pris conscience qu’il faut changer nos modes de consommations pour limiter notre impact collectif sur l’environnement. Nous nous sommes mobilisées, progressivement, sur la réduction de déchets dans nos foyers et petit à petit, nous avons intégré des changements dans nos habitudes quotidiennes : faire soi-même, acheter des fruits et des légumes locaux, limiter la consommation de produits emballés, acheter en vrac...

Rencontre avec Laurent Dennemont, faiseur de changement, également de retour à la Réunion après 15 ans de mobilité

J’ai été et je suis toujours estomaquée par les déchets que je vois sur les bords de route, sur les trottoirs, sur les aires de pique-nique, sur la plage... et que dire des dépôts sauvages. J’ai passé quatre ans dans des villes très propres où les déchets ne faisaient pas partie du paysage urbain. Cette expérience m’a fait comprendre que c’est possible et j’aimerais tellement que les Réunionnais prennent conscience que les déchets sont un fléau et que tout un chacun peut se mobiliser et faire changer les choses.
 

Plus généralement, qu’avez-vous trouvé de changé à votre retour à la Réunion ?

J’ai surtout été impressionnée par le développement des infrastructures (habitations, routes, zones commerciales ou d’activités). La Réunion que j’avais quittée quatre ans auparavant et celle que je retrouvais avait évolué rapidement. Et elle évolue toujours vite, même plus…


Avec le recul, tirez-vous un bilan positif de votre expérience de mobilité ?

Si je devais changer quoique ce soit à mon parcours, surtout je ne changerais RIEN ! J’ai appris et grandi, j’assume mes choix et je n’ai aucun regret ni remord. Mon expérience de mobilité m’a permis de me développer à tous les niveaux et je pense qu’elle a été cruciale. Mon expérience de mobilité a clairement changé mon regard, elle m’a permise de m’ouvrir davantage au monde dans lequel nous évoluons. Ma plus grande déception est de ne pas avoir pu plus en profiter pour découvrir le monde à prix raisonnable.

Quels conseils donneriez-vous aux Réunionnais qui comme vous souhaiteraient rentrer sur l’île ?

Je leur dirais aujourd’hui que, malgré l’insularité et l’étroitesse du territoire, la Réunion offre des perspectives de développement certaines. Bien entendu, il faudra concilier avec des compromis, mais le jeu en vaut la chandelle. C’est peut être un cliché mais ce qui me ravit le plus aujourd’hui est le cadre de vie dans lequel j’ai la chance d’être. Nous avons entre nos mains un territoire à couper le souffle qui nous offre l’univers des possibles.


+ d’infos sur www.facebook.com/CaryOn.re


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