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Ludovic Armoët, ex « Flic à la PJ »

Publié le 19 octobre 2021

Lui qui a laissé son île pour intégrer la police, laissant femme, bébé (provisoirement) et l’île de la Réunion pour l’Ile-de-France, a patiemment construit sa carrière, qu’il raconte dans une série de BD parues aux éditions Delcourt : « Flic à la PJ ». Aujourd’hui commandant de police honoraire et consultant, Ludovic Armoët est élu de Cenon près de Bordeaux, où il vit avec sa femme. Il sera à la Réunion fin octobre 2021 pour présenter son livre. De son départ déchirant à ses nombreuses activités présentes, il raconte son parcours au site Réunionnais du monde.


Pouvez-vous vous présenter ?

Ludovic Armoët, 59 ans, natif de Sainte Clotilde. Mon père était employé à Air Madagascar et ma mère au foyer. J’ai vécu dans le cirque de Salazie. A 8 ans, je sonnais les matines de la petite église d’Hell-Bourg. J’ai été enfant de chœur, puis j’ai cessé de l’être… Mon vrai rêve était de devenir flic.

Dans quelles conditions avez-vous quitté la Réunion ?

J’ai quitté mon île pour intégrer la Police Nationale après la réussite au concours de Gardien de la Paix. Convoqué pour mon intégration le 1er octobre 1984, le billet d’avion n’était pas pris en charge. J’ai dû le payer intégralement. Je n’y serais pas arrivé si mon père, le jour de mon départ, ne m’avait pas encouragé à prendre ma valise. Mon cœur était tiraillé entre partir pour aller vers mon rêve d’être policier, et laisser ma femme et ma fille née 15 jours auparavant. Bien sûr l’objectif était qu’elles viennent me rejoindre plus tard, mais je n’avais aucune idée de ce plus tard. Dans 3 mois, 6 mois ou plus encore ? Pour la première fois, j’ai été confronté à la gestion de l’inconnu et à l’idée de la responsabilité : prendre une décision qui va compter et l’assumer.

A gauche : Mon père préparant son cari ti jacques - A droite : heureuse et insouciante jeunesse avec la femme de ma vie

Mon père m’a dit : « si tu veux sortir de ta condition, si tu veux offrir d’autres conditions à ta fille, il te faut partir, aller vers ta chance. La réussite est au prix de ces sacrifices de court terme. En revanche si tu crois que la misère est plus agréable au soleil, alors ouvre ta valise et range tes affaires ! » J’ai remis ma fille dans les bras de ma femme, j’ai pleuré, j’ai pris ma valise et je suis parti sans me retourner. Ma valise m’a semblé lourde, très lourde...

Comment s’est passée votre arrivée à Paris ?

A la descente de l’avion en survêtement et baskets : premier contact avec le froid automnal et choc thermique ! Puis ce fut la première descente dans le métro parisien. Cette modernité m’a fait peur. Une peur renforcée par l’attitude des gens dans le métro : je disais bonjour à tout le monde et personne ne me répondait. Pire, on me prenait pour un fou ou peut-être un de ces mendiants qui quémandent quelques sous. Choc culturel... J’étais devenu personne !

Premières missions en police secours à Paris

Et ensuite ?

L’intérêt d’être réunionnais dans le concert métropolitain, c’est qu’on apporte de l’exotisme ! En 1984, les préjugés étaient encore plus forts que maintenant. On était les petits sauvages, sympathiques mais sauvages quand même ! Je ne leur en voulais pas, ils ne savaient pas ! Mais j’ai été quelques fois blessé par des réactions et remarques désobligeantes ou maladroites. Faire découvrir le rougail saucisses et le rhum arrangé m’a beaucoup aidé dans mon parcours d’intégration de la société métropolitaine. La Réunion véhicule encore l’idée de l’exotisme, on se la coule douce car il fait beau ! Je crois que les gens y projettent leurs rêves, leurs fantasmes...

Qu’avez-vous retiré de cette expérience de mobilité ?

Partir c’est grandir ! C’est l’ouverture au monde et sur le monde. Mon île m’a beaucoup manqué et me manque encore. Elle est mon ancrage. Mais dans le même temps, j’ai appris, je me suis enrichi de la découverte d’autres cultures, d’autres modes de vie, d’autres rencontres. Au départ, mon projet était de faire quelques années en Métropole, puis de rentrer vite fait à la Réunion. Mais le cours de la vie a fait que je me suis "enraciné". Mes filles sont nées et ont grandi en région parisienne ; elles vivent maintenant à Paris. Titulaire d’une maîtrise de droit public, j’ai notamment été commandant de police, délégué du Préfet de Nouvelle Aquitaine chargé de la politique de la ville sur les quartiers prioritaires de la rive droite de l’agglomération bordelaise. Je suis aujourd’hui retraité de la fonction publique et consultant. Ma vie se rythme entre Bordeaux, Paris et la Réunion…


Quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

La Nouvelle Aquitaine est une région qui ma rappelle la Réunion, à une plus grande échelle : la mer d’un côté, la montagne de l’autre. L’Espagne est à côté pour le côté international et en moins d’une demi journée de train, on peut être en Belgique, aux Pays Bas... Je ne me sens pas "enfermé" par la mer que je chéris.

Parlez-nous de la série de BD « Flic à la PJ ».

C’est une série autobiographique écrite en collaboration avec mon ami Corbeyran, scénariste, et le dessinateur Luca Malisan. « Go Fast » est le premier tome sorti le 18 août 2021 où je raconte mes plus belles affaires traitées alors que j’étais en police judiciaire en région parisienne. Le dernier tome retracera mon arrivée à la PJ de Bordeaux. Dans le même temps, par une technique d’allers retours, je raconte ma vie personnelle, mon enfance dans les montagnes réunionnaises où je puise mes valeurs fondamentales, et ma vocation née très jeune d’être flic un jour. « Flic à la PJ » est davantage qu’une histoire de police ; c’est l’itinéraire, semé de rêves et d’embuches, de fragilité et de détermination, d’un homme qui s’est construit à chaque instant, avec tout ce que la vie pouvait lui offrir. Je serai à la Réunion la dernière semaine d’octobre pour en faire la promotion.


Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

L’air respiré, le bleu du ciel, haut et lumineux. Les fruits de fin d’année, le bruit de la mer qui vient brutalement s’échouer sur les cailloux ou rochers... Le goût des caris, même si je les concocte ici, ils n’ont pas le même goût : celui de l’enfance, celui de la famille, celui de l’insouciance... La Réunion lé pas là ! Un jour je retournerai y habiter peut-être, si mes filles et mes petits enfants décident de venir s’y installer.

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

Un album de cartes postales de l’île que j’avais la fierté de montrer à mes copains métropolitains que je recevais à la maison. Je l’ai encore et je le feuillette quelques fois avec nostalgie. Car beaucoup de choses ont changé sur l’île et quelques fois jusqu’aux paysages.

Nos 16 ans, premières et éternelles amours. 44 ans après, toujours ensemble !

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de la Réunion ?

La situation semble changée en surface avec les stigmates de la modernité. Mais il me semble que la situation des plus fragiles ne s’est pas améliorée. Le reproduction sociale marche à fond. Les enfants de fonctionnaires ont "de la visibilité" sur leurs projets de carrière et de vie. Mais mes copains des quartiers ont fait pour beaucoup des enfants de quartiers. Le principe d’égalité des chances n’a pas totalement fonctionné.

Quels sont vos projets ?

Un projet qui me tient à coeur : créer la Maison de la Réunion à Bordeaux. Ce serait à la fois le lieu des Réunionnais, notamment des jeunes qui viennent pour les études ou pour travailler et qui sont un peu livrés à eux-mêmes, et une vitrine de la Réunion, lieu de rencontres, d’échanges pour donner envie aux métropolitains d’aller visiter notre île.


+ d’infos et contact : www.facebook.com/FlicalaPJ / 810 portraits et infos réunionnaises dans la région de Bordeaux !

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