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Muriel Boisvilliers, 26 ans, styliste, créatrice de la marque Yapana

Publié le 20 août 2009 France Bouches-du-Rhône

Muriel a quitté l’île après un BTS pour passer une licence pro Mode, textile et habillement. Aujourd’hui employée par une grande marque de vêtements à Marseille, elle a décidé de se lancer en tant qu’auto-entrepreneur en créant sa propre ligne : "Yapana". Muriel participera au 1er village de la diaspora réunionnaise du 14 au 16 octobre 2009 à Saint-Denis.

Muriel Boisvilliers

Racontez-nous votre parcours.

J’ai fait la majeure partie de ma scolarité à Saint Denis (la ville qui m’a vu grandir), puis j’ai habité à Saint-André. Après un BTS au lycée Duparc, j’ai quitté l’île afin de poursuivre mes études dans le stylisme. Dans ce domaine, il y a bien sûr beaucoup plus de débouchés en France ! Je suis donc partie avec l’ANT.

Comment cela s’est-il passé ?

Je suis d’abord venue passer l’entretien d’entrée l’école que j’avais choisie à Roanne. Jusque là rien n’était très sûr... Mais une que le jury m’a annoncé que j’étais acceptée, j’ai commencé à me dire qu’il y allait avoir du changement. Je voulais partir vivre en France depuis mes premières vacances avec mes parents à l’âge de cinq ans, mais cela me faisait quand même un peu peur. Il est plus dur de se dire "je pars" que de partir réellement car même à l’autre bout du monde, on est toujours proche de ses racines et de son île. Si c’était à refaire, je le referais sans hésiter.

Que vous apporte cette expérience de mobilité ?

La mobilité m’a permis de rencontrer du monde, de découvrir plein de nouvelles choses. C’est une grande expérience. Partir nous fait grandir plus vite. On apprend à se débrouiller seul, même si papa/maman sont toujours là au bout du fil en cas de gros problème. En vivant en métropole, j’ai pu voyager plus facilement. Sur le plan professionnel, je peux accéder aux divers salons et être plus facilement en contact avec mes fournisseurs

Parlez-nous de votre marque, Yapana.

« Yapana, une île et moi... » est une ligne de prêt-à-porter femme haut de gamme. Fabriquées dans le Sud de la France, les tenues sont pour le moment disponibles en vente à domicile à la Réunion et bientôt sur internet. J’ai tenu à lancer ma ligne de vêtements à la Réunion car c’est là d’où je viens et j’y suis très attachée. Chaque modèle est en série limitée, ce qui permet d’avoir une tenue quasiment unique. Plus besoin de faire toute la ville pour trouver la robe qui fera de vous la star de la soirée !

Yapana

Quels ont été les avantages / inconvénients du fait de venir de la Réunion dans votre parcours ?

Inconvénients ? Je n’en ai pas rencontré réellement. Bien au contraire, cela éveille la curiosité et aide à briser la glace. Les gens sont curieux de savoir comment c’est chez nous, pourquoi on quitte notre île si magnifique alors qu’ils rêvent d’y aller... Pour les employeurs, le fait d’être loin de chez moi pour des raisons professionnelles prouve ma motivation. Je ne dis pas que c’est le cas pour tout le monde, mais en ce qui me concerne cela n’a eu que des côtés positifs. De plus, ne venant pas de métropole, on a un regard extérieur. Dans un milieu créatif, c’est synonyme de nouveauté, d’exotisme et de positivité.

Avez-vous des contacts avec des Réunionnais ?

Oui, je vois des amis et de la famille qui se sont installés en France eux aussi, mais le pays est grand et nous sommes tous éparpillés. J’aime aussi autant que possible participer à des manifestations réunionnaises ou domiennes, comme des soirées ou des regroupements d’associations. Ca permet de retrouver un peu l’ambiance mais il n’y en a pas souvent dans le Sud hélas. De temps en temps, mon copain et moi, nous allons dans un petit restaurant réunionnais qui vient de s’ouvrir sur Marseille et qui fait aussi des repas à emporter. On y trouve même des sorbets tamarin et de la limonade Cot ! J’ai un peu l’impression de me retrouver dans une petite boutique ou un camion-bar à la Réunion. Avec l’ambiance et les gens qui ont l’accent on s’y croirait. Par la même occasion j’essaye de faire découvrir cette ambiance indescriptible à mon copain, qui est métropolitain et qui ne connait pas encore La Réunion.

Qu’est-ce qui vous manque de la Réunion ?

Paradoxalement, c’est en partant que j’ai redécouvert mon île, que je me suis rendu compte à quel point j’y étais attachée. Ce qui me manque de la Réunion, c’est bien sûr la famille et les amis mais aussi... les sorbets tamarin, les bouchons, l’ambiance très chaleureuse et bien d’autres choses trop longues à énumérer. C’est mon île, j’en suis fière.

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

A la Réunion, le gros problème ce sont les prix des produits, beaucoup trop élevés. Trop de taxes à l’importation engendrent des prix beaucoup plus hauts qu’en métropole pour des produits nécessaires à la vie quotidienne. Il faut donc réduire les taxes pour que les Réunionnais aient un meilleur pouvoir d’achat, car on ne peut pas tout produire sur l’île. L’importation de certains produits est inévitable ! De plus, il faut que le Réunionnais se lance, qu’il n’hésite pas à créer son activité. S’il ne le fait pas, ceux de l’extérieur le feront à sa place et cela serait dommage. Il faut que chaque Réunionnais qui a un projet se jette à l’eau ; comme on le dit si bien : "pas capab lé mort sans essayer !". N’hésitez donc pas, il ne faut pas se sous-estimer. C’est aussi une solution pour lutter contre le chômage.

Muriel Boisvilliers
Muriel au centre avec son petit copain et des amis en vacances à Venise.

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

La Réunion est vue par beaucoup comme un endroit paradisiaque, une petite île perdue au milieu de l’océan où l’on est toujours à la plage à manger du poisson grillé et boire du rhum... Ceux qui ne connaissent pas notre île l’imaginent ainsi. Le fait que l’on ne passe pas nos journées à la plage et qu’il faille travailler et qu’on ait des embouteillages tout comme en France ne leur traverse pas l’esprit... Pour une deuxième catégorie de gens qui sont allés sur l’île c’est : "ah, ils sont gentils les Réunionnais" et bien sûr : "on y mange bien, j’ai gouté à tel ou tel cari. En plus c’est une île magnifique, qui a gardé toute son authenticité". En discutant un peu, les gens finissent toujours par me demander : "mais je ne comprends pas, pourquoi as-tu quitté ton île pour venir ici ?"

Vous même, quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

Je vis à Marseille depuis un an et demi, après être passée par Grenoble et Roanne. J’y ai retrouvé le soleil et la plage. Il y a plein de beaux coins à visiter comme les calanques près de Cassis et les villages (Le Castelet, Les Baux de Provence...). Etant dans le Sud, on se sent vite en vacances, surtout avec le flot des touristes.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Réunionnais ?

Si vous voulez partir n’hésitez surtout pas car au pire vous pouvez toujours revenir. Le fait de partir vous ouvrira l’esprit et vous fera découvrir plein choses. C’est une expérience très enrichissante. De plus vu le taux de chômage à la Réunion, s’expatrier permet de bien débuter sa carrière et de rentrer enrichi de toute l’expérience que l’on a pu prendre ailleurs.

Que pensez-vous du site www.reunionnaisdumonde.com ?

C’est une très bonne idée d’avoir fait ce site. Il nous permet d’être au courant des soirées et des événements qui concernent la Réunion en Métropole et ailleurs. C’est aussi très intéressant de découvrir ce que font les autres Réunionnais à travers la monde, de savoir que l’on est nombreux dans cette situation !

Voir le profil de Muriel - découvrir la marque Yapana - Lire aussi : Yapana Fashion Garden : une boutique à Valbonne (06)

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