Publicité

Rachel Gany et la Fondation Fond’Ker – spécial retour

Publié le 20 avril 2021

Elle raconte 8 mois de CV et de recherches infructueuses, avant de décrocher un emploi lors du seul entretien accordé depuis son retour à la Réunion suite à une offre parue sur Réunionnais du monde. La fondation des entreprises réunionnaises lance jusqu’au 30/04/2021 son 2e appel auprès des porteurs de projets au service du territoire. Découvrez comment candidater.


Pouvez-vous vous présenter ?

Rachel Gany, 29 ans, je suis née à St Denis. Après avoir décroché mon bac, je me suis envolée vers la Métropole pour poursuivre mes études ; j’y suis restée pendant un peu plus de 10 ans. De retour sur l’île depuis début 2020, je suis aujourd’hui chargée de missions au sein de la Fondation Fond’Ker.

Racontez-nous votre parcours.

Je me suis donc envolée à 18 ans pour Paris, pour faire une école de stylisme et modélisme, l’Esmod. La vie parisienne ne me correspondait pas à l’époque, ni le choix d’études que j’avais fait. Je suis alors allée dans le sud de la France, à Béziers près de Montpellier, pour faire une licence en information et communication à l’université. Le sud était plus agréable à vivre pour une étudiante venue de la Réunion, j’avais moins le mal du pays, avec un temps plus clément, le soleil et la mer à proximité ! Après ma licence, j’ai déménagé sur Montpellier pour faire un master en communication en alternance au sein de l’école Sup’ de Com. Et c’était parti ! A 22 ans, j’avais déjà un pied dans la vie active : étudiante en master et chargée de communication à La Poste, avec un salaire et mes frais de scolarité financés par l’entreprise… Après deux ans d’alternance, j’ai eu l’opportunité de repartir sur Paris pour travailler en tant que chargée de projets au siège du Medef où je suis restée pendant trois ans.

Avez-vous quelques anecdotes ou souvenir de cette période ?

J’ai pu sillonner la France en participant au Tour de France cycliste : pas en tant que cycliste bien sûr, mais le Medef était partenaire du Tour pour promouvoir l’alternance. On allait d’étape en étape et à chaque ville, des apprentis présentaient un vélo qu’ils avaient fabriqués (en bois, en béton, en fleurs…) pour valoriser leur métier et savoir-faire auprès du grand public.


Ces trois années ont été rythmées par de beaux projets et j’ai eu la chance de travailler sur différents sujets avec des interlocuteurs hétéroclites : métiers en tension, alternance, formation des dirigeants, orientation professionnelle des mineurs non accompagnés, insertion économique de réfugiés peu et hautement qualifiés… Je n’aurais jamais pensé être amenée à travailler sur ces sujets, mais on m’a donné la chance de le faire, et ça a apporté beaucoup de sens à mon travail, à mon quotidien. J’ai pris goût aux expérimentations sur des problématiques sociales et sociétales. C’est ainsi que j’ai été amenée à travailler au sein du fonds de dotation « Y Croire », où l’on a pu mettre en place des dispositifs pour des publics éloignés de l’emploi afin de renforcer leur employabilité par le biais de l’envie d’entreprendre. La première expérimentation ayant lieu dans les Hauts-de-France, je passais le plus clair de mon temps en déplacement dans le Nord !

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rentrer à la Réunion ?

Je n’avais pas prévu de rentrer définitivement à La Réunion à la base ; je voulais passer quelques années aux Etats-Unis ou en Australie avant de revenir, mais le COVID a précipité mon retour. Ce qui est sûr, c’est que je ressentais le besoin de quitter Paris, la grisaille, les immeubles, le béton, le métro... je voulais voir autre chose. J’avais besoin d’être plus proche de la nature, et d’avoir un rythme de vie différent, moins stressant. Au final c’est plutôt bien tombé parce qu’on est quand même bien préservés à La Réunion par rapport à la crise sanitaire !

Dans quelles conditions votre retour s’est-il déroulé ?

Initialement, j’avais prévu un roadtrip aux Etats-Unis avec mon compagnon. J’ai pris des cours d’anglais professionnel et on a fait une demande de visa touristique de six mois. Malheureusement le visa nous a été refusé et nous avons décidé de rentrer à La Réunion de façon provisoire, le temps de réfléchir à un plan B. Il a fallu préparer le déménagement en trois semaines, en pleine grève des transports !


Décrivez nous votre état d’esprit à l’atterrissage à Gillot.

J’étais heureuse d’avoir quitté la grisaille parisienne, les galères de transports et le froid, avec un petit pincement au coeur quand même d’avoir laissé mes amis et mes habitudes. Mais j’étais contente de retrouver la chaleur de mon île, le soleil et surtout ma famille ! On ressent toujours quelque chose de particulier en arrivant à La Réunion : on se sent à la maison, on retrouve ses racines, et ça fait un bien fou.

Avez-vous eu des difficultés à vous réinstaller ?

La réinstallation sur l’île a été assez compliquée. Mes beaux-parents nous ont gentiment accueillis chez eux le temps qu’on rebondisse. Heureusement, car en tant que couple sans emploi, même avec nos allocations chômage, notre dossier était systématiquement refusé par les agences immobilières.

Et au niveau professionnel ?

Le contexte n’était pas vraiment propice à la recherche d’emploi. Avec la crise sanitaire, les entreprises avaient d’autres priorités. Il n’y avait pas vraiment d’offres qui correspondaient à mon parcours, mais j’ai quand même postulé et j’ai surtout fait des candidatures spontanées. J’ai envoyé beaucoup de CV, sans retour sur mes candidatures mis à part deux mails de refus. On m’a conseillé d’oublier mes expériences professionnelles, de m’orienter vers un poste moins qualifié ou de penser à l’entrepreneuriat pour construire quelque chose qui me corresponde...

La fondation des entreprises réunionnaises lance jusqu’au 30/04/2021 son 2e appel auprès des porteurs de projets au service du territoire

Et puis un beau jour, après avoir perdu tout espoir de trouver un job où je pourrais mettre à profit mon expérience, j’ai vu l’offre d’emploi de Fond’Ker sur Réunionnais du Monde (cliquer pour voir l’offre). Je me suis dit : « ça y est, cette fois-ci c’est pour moi, ça me correspond totalement et c’est dans la continuité de mes précédents postes ! » J’ai postulé et on m’a proposé un entretien... le premier après huit mois de recherche !

En tant que Réunionnais expatrié de retour sur son île, avez-vous ressenti un « avantage concurrentiel » ?

N’ayant aucun retour sur mes candidatures, je m’étais beaucoup remise en question. Je commençais à me demander si cela avait servi à quelque chose d’être partie et d’avoir fait des études… J’ai repris confiance en moi lorsque j’ai passé mon entretien, et que j’ai vu que les personnes en face de moi étaient sensibles à mon parcours.

Avec le recul, tirez-vous un bilan positif de votre expérience de mobilité ?

Mon expérience en métropole a été très riche. Avec du recul, je peux dire que ça a été une véritable aventure. J’ai découvert beaucoup de choses, rencontré des personnes formidables, mené des projets passionnants et j’ai pu pas mal voyager aussi ! Les voyages et rencontres m’ont apporté une réelle ouverture d’esprit et m’ont enrichi professionnellement et humainement.


Je ne serais pas arrivée là si je n’avais pas croisé la route de personnes qui ont cru en moi et m’ont permis de réaliser des projets hors des sentiers battus


Qu’avez-vous trouvé de changé à votre retour à la Réunion ?

Je revenais assez régulièrement en vacances, mais si je compare à quand je suis partie en 2009, je trouve que l’île s’est beaucoup « développée ». Il y a plus d’immeubles, de centres commerciaux, de voitures… Heureusement il reste encore des endroits préservés où l’on peut se ressourcer et profiter de la beauté de notre île. Il y a aussi de plus en plus d’activités de loisirs, et ça c’est top pour découvrir ou redécouvrir la Réunion.

Qu’est ce qui vous surprend le plus par rapport à l’endroit où vous viviez en mobilité ?

Les gens sont beaucoup plus détendus ici par rapport à Paris. J’avais oublié à quel point c’était agréable de pouvoir aller dans la nature, à la plage quand on le souhaite, qu’il fasse beau la majeure partie du temps et qu’on n’ait pas à attendre des mois pour profiter de la mer. C’est plus facile de se lever le matin ici, parce qu’il fait jour plus tôt, il fait beau, il fait chaud, ça joue beaucoup sur le moral ! Ce qui me surprend également mais d’une toute autre façon, c’est le coût de la vie ici. Les prix sont plus élevés qu’à Paris, pas les loyers mais les courses, la plupart des produits importés sont hors de prix !

500 colis alimentaires et 2 000 masques remis à l’ACH par des membres de la Fondation en décembre 2020

Quels sont les points de satisfaction / déception de votre retour ?

Je suis ravie de pouvoir être plus proche de la nature, de pouvoir faire des randonnées, voir ma famille plus souvent, et de pouvoir profiter du soleil toute l’année. Pouvoir aller à la mer et à la montagne dans la même journée, ça n’a pas de prix ! Je suis également très heureuse de pouvoir mettre à profit mon expérience métropolitaine au sein d’une fondation réunionnaise qui soutient des initiatives locales en faveur du territoire. En revanche, ce qui m’attriste c’est de voir les déchets dans la nature, sur les sentiers, au bord des rivières… Il faut vraiment sensibiliser les gens sur le respect de la nature et de notre belle île. Ce qui est affligeant également c’est le nombre de chiens et chats errants, j’ai l’impression qu’il y en a de plus en plus.

Quels conseils donneriez-vous aux Réunionnais qui comme vous souhaiteraient rentrer sur l’île ?

Si vous ressentez le besoin de rentrer, de retrouver vos racines, votre famille, le soleil, ne réfléchissez pas et rentrez ! Si vous avez la possibilité d’anticiper votre retour, en trouvant un emploi au préalable c’est vrai que c’est plus confortable, mais si vous avez des économies ou des droits au chômage, et que votre famille peut vous accueillir le temps que vous trouviez un emploi, foncez.


La fondation des entreprises réunionnaises lance jusqu’au 30/04/2021 son 2e appel auprès des porteurs de projets au service du territoire. Les projets doivent s’inscrire dans les valeurs de Fond’Ker : aider les jeunes en décrochage, soutenir les ainés et les sortir de leur isolement, donner une chance aux plus fragiles, redonner un sens à la solidarité, soutenir les talents et révéler les potentiels... Découvrez comment candidater : www.reunionnaisdumonde.com/magazine/actualites/fondation-fond-ker-lancement-du-2e-appel-a-projet


Plus d’infos et portraits "Retour à la Réunion"

Publicité