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Richard Riani : du départ au retour à la Réunion

Publié le 7 janvier 2020
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Artiste contemporain connu internationalement, Prix Talent de l’Outremer 2019, Richard Riani fait le bilan, à 51 ans, d’une carrière faite de 350 expositions dans le monde et présente son prochain projet à la Réunion : l’ouverture d’un lieu d’art contemporain à Tanambo, où il souhaite éduquer les jeunes de son quartier d’origine à l’art. Portrait.

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Sorti du « quartier far west » sans diplôme à 16 ans, j’avais le choix de sombrer dans la violence comme mon père, caïd de Saint-Pierre. J’ai décidé de tourner la page et de me réfugier dans la peinture. J’ai cru en mes rêves, on a cru en moi, on m’a aidé à acheter mon matériel. Aujourd’hui j’expose dans plusieurs endroits du monde. J’ai un visa de 10 ans pour vivre aux Etats-Unis, mais j’ai fait le choix de retourner dans mon quartier à la Réunion pour éduquer les jeunes à l’art et faire du recyclage. J’ai recyclé 4000 tonnes de déchets en 30 ans ».

Pouvez-vous vous présenter ?

Richard Riani, 51 ans. Je vis et je travaille à La Réunion en tant que plasticien. Né d’une mère illettrée et d’un père alcoolique, j’ai grandi dans le dernier bidonville de La Réunion : Tanambo à Saint-Pierre. J’ai quitté l’école après l’assassinat de mon père en 1986. J’ai pu m’occuper de mes frères et sœurs en vendant mes toiles au marché forain de ma ville.

1989


Quel a été votre parcours de mobilité ?

J’ai quitté l’île avec l’ANT en 1989. Direction Mulhouse où j’ai travaillé chez Pomona, une entreprise d’export et de conditionnement de fruit sec. J’ai réalisé ma première expo à Paris, à La Biennale de l’outre-mer en 1990. Puis j’ai habité Agen, Carcassonne et j’ai enchaîné les expositions de peinture à travers le monde, au total plus de 350 : à New-York, Miami, Paris, Berlin, San Francisco, Séoul, Bruxelles, Kuala Lumpur... J’ai pu réaliser de grandes expositions de peinture car c’était facile de me déplacer, par exemple à New-York ou à Miami. J’ai d’ailleurs un visa qui me permet de vivre aux États-Unis. Mais ce qui m’intéresse, c’est mon île et ce que je peux lui apporter...

1989 : première fresque à l’hôpital de Saint-Pierre

Quels liens avez-vous gardé avec la Réunion ?

Je faisais des aller-retours tous les ans car j’avais acheté une petite case avec l’argent de mon travail. Je préparais déjà mon retour... j’ai toujours voulu vivre dans mon quartier. L’achat de ce terrain a été une aubaine pour moi. J’étais toujours ému de retrouver mon île… On se rend compte de la chance qu’on a de vivre dans un environnement paisible. Mon retour définitif à la Réunion s’est fait suite à mon divorce.


Avez-vous rencontré des difficultés à rentrer ?

Mon retour s’est fait facilement grâce à ma famille et car entre temps, je m’étais formé à la décoration murale. Mais je constate que rien n’est fait pour aider les retours. Si je n’avais pas famille, je serais encore en métropole. Je me suis aussi heurté à la mauvaise foi de certains politiciens, au syndrome de la « goyave de France »... Tout ce qui vient de dehors est mieux que nous, malgré notre savoir-faire et notre expérience. Le marché du travail est très dur sur l’île et souvent les diplômes au retour de mobilité ne sont pas adaptés pour La Réunion. Si quelqu’un fabrique des pièces pour Airbus, il a peu de chances de trouver du travail à La Réunion…


Qu’avez-vous trouvé de changé à votre retour ?

La Réunion a beaucoup changé : plus de voitures, plus de bouchons, une urbanisation galopante... sans oublier la prolifération des grandes surfaces. Le niveau de vie a augmenté. Ce qui m’a le plus marqué au retour, c’est la cherté de la vie et le retard de l’île en matière de transports en commun. En métropole, je pouvais prendre le train, le métro, le RER, le bus et le tramway pour mes déplacements ; je payais Internet 19,90 euros. A la Réunion, le seul moyen de transport fiable reste la voiture et Internet coûte 49,90 euros.


Quel bilan tirez-vous de votre expérience de mobilité ?

Le positif, ce sont les opportunités d’emploi et de formation offertes en France, au Canada et en Australie, trois pays dans lesquels j’ai vécu. Je suis satisfait de ma mobilité car j’ai pu acquérir de l’expérience. J’ai pu passer d’un métier à l’autre et finalement ouvrir ma propre structure. Ma satisfaction, c’est de pouvoir continuer à voyager et à me former pour mes activités.


Aujourd’hui quels sont vos projets ?

Les travaux sont en cours pour la construction d’un lieu d’art contemporain dans mon quartier, Tanambo, pour pouvoir exposer mes tableaux, donner des cours d’art et surtout travailler sereinement sur mes futures expos. Je poursuis en parallèle mes expos dans le monde. J’essaye d’apporter mon expérience artistique à la Réunion et aussi de lutter pour la préservation de notre environnement avec mon association La Réunion Durable, qui lutte contre la prolifération des déchets.


Quels conseils donneriez-vous aux Réunionnais qui comme vous souhaiteraient rentrer sur l’île ?

Bien se préparer car les conditions de vie ne sont pas les mêmes. Accepter de faire un autre métier et de changer de salaire si nécessaire. Comprendre que la vie ne sera plus la même qu’en métropole...

+ d’infos : www.facebook.com/Richard.riani.fr


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