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Stéphanie Angama : folies sucrées et retour à la Réunion

Publié le 3 septembre 2020

Rentrer sur l’île, se reconvertir en pâtisserie, créer son entreprise… Stéphanie décrit toutes les étapes de son retour. « 9 ans de mobilité m’ont donné une certaine confiance en moi, une facilité à m’exprimer, l’expérience des entreprises métropolitaines. Sans cela, aurais-je eu la force de créer mon entreprise ? »...


Pouvez-vous vous présenter ?

Stéphanie Angama, originaire de Saint-Denis. Après un Bac ES et un passage à l’IUT GEA à Saint-Pierre, je suis allée poursuivre mes études en métropole en 2004 pour me spécialiser en logistique via une licence professionnelle à Brive la Gaillarde, avant de rentrer à la Réunion où j’ai travaillé deux ans. En 2007, j’ai souhaité repartir en métropole car je tournais en rond et j’avais envie de voir autre chose. Arrivée à Lyon, j’ai trouvé du travail assez facilement dans des groupes connus : Campingaz, Bjorg et Compagnie Fiducial.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rentrer à la Réunion ?

Après neuf ans passés à Lyon en couple, je me sentais prête à rentrer en 2016. Surtout, je souhaitais que ma fille de 5 ans grandisse auprès de la famille. La vérité, c’était que la Réunion nous manquait énormément, on avait l’impression d’être déracinés.

Comment avez-vous préparé votre retour ?

Rentrer pour rentrer ne m’intéressait pas. J’avais besoin de m’ancrer dans mon île. Deux ans auparavant en 2014, je m’étais intéressée à un tout autre domaine que la logistique : la pâtisserie et le cake design (décoration sur gâteau en sucre), dont j’étais tombée amoureuse… De fil en aiguille j’ai voulu me reconvertir, en faire mon métier, et pourquoi pas créer mon entreprise… J’ai toujours voulu être indépendante ! Du coup j’ai préparé mon retour un an à l’avance. Je me suis formée en pâtisserie, passé mon CAP, pris des renseignements à distance avec les chambres consulaires de l’île, fait une étude de marché… J’ai optimisé mon temps au maximum en amont du déménagement afin de mettre toutes les chances de mon côté.


La préparation du retour a été longue, jonchée de questionnements : « est-ce qu’on prend la bonne décision ? Est-ce qu’on ne va pas regretter ? » On avait quelques amis réunionnais de Lyon (les Réulyonnais !) qui étaient déjà rentrés, du coup on leur posait plein de questions.

Décrivez nous votre état d’esprit à l’atterrissage à Gillot.

Dès qu’on commence à voir le littoral de notre si belle île, l’émotion nous gagne. On était côté hublot avec ma fille et je lui montrais déjà des lieux familiers. J’étais vraiment heureuse. Enfin le retour aux sources !

Avez-vous eu des difficultés à vous réinstaller ?

Le plus compliqué c’est pour se loger. Au début on a la famille pour nous héberger, mais très vite on se rend compte que ça va être compliqué de trouver un logement sans contrat de travail. Ce que je trouve dommage, c’est qu’au départ de la Réunion il y a des dispositifs pour aider la mobilité, mais rien pour le retour, ne serait ce que pour le logement… Professionnellement parlant, j’ai poursuivi mon projet de création d’entreprise. J’ai rencontré les bonnes personnes, j’ai été accompagnée par l’ADIE. Le dispositif de création d’entreprise est très dynamique à la Réunion et beaucoup veulent se lancer. Les Folies Sucrées ont vu le jour en février 2017.


Parlez-nous de votre métier.

Je suis seule à travailler au sein de mon entreprise, même si je porte différentes casquettes. Je fabrique des gâteaux à la commande par le biais des réseaux sociaux et de mon site Internet. Je réponds donc à chaque fois à une demande unique et spécifique. Je mets en avant les fruits exotiques de notre belle île selon la saisonnalité en les proposant à l’intérieur de mes gâteaux. Je n’hésite pas à proposer des parfums bien de chez nous (patate douce, dakatine, ananas victoria) en les retravaillant pour les adapter à mes pâtisseries : fruits frais du marché (confitures maison pour garnissage gâteau), sucre de canne (confection de caramel beurre salé), fleurs de l’île pour la décoration des gâteaux.

Quels sont vos projets ?

Aujourd’hui la création et l’innovation me nourrissent chaque jour. Je n’ai pas l’impression de travailler car j’adore ce que je fais. Mes clients ressentent cette passion au travers de mes gâteaux. Mes objectifs sont de développer ma société et d’aider les porteurs de projets via mon action de bénévolat auprès de l’ADIE.

En tant que Réunionnaise expatriée de retour sur son île, avez-vous ressenti un « avantage concurrentiel » ?

Toujours par rapport à mon projet, je me suis sentie à l’aise du fait d’avoir eu l’expérience des entreprises métropolitaines. Connaître d’autres méthodologies de travail m’a forcément apporté les armes qu’il fallait pour réussir ma reconversion professionnelle à la Réunion. Mon conseil, c’est de bien préparer son retour, bien en discuter (pour les couples !), se poser les bonnes questions : pourquoi, comment ?…


Qu’est ce qui vous surprend le plus par rapport à l’endroit où vous viviez en mobilité ?

Oté le transport ! Tu reviens d’une grande ville comme Lyon, où avec métro, bus, tram toutes les 10 minutes jusqu’à minuit et tu atterris à Bois-de-Nèfles où le bus passe toutes les heures... À Lyon je suis restée quatre ans sans voiture et ça ne m’a pas dérangé. Ici c’est impossible. A la Réunion il faut une voiture...

Avec le recul, quel bilan tirez-vous de votre mobilité et de votre retour ?

La mobilité m’a donné une certaine confiance en moi, une facilité à m’exprimer, une ouverture d’esprit. Sans cette mobilité aurais-je eu la force de créer mon entreprise ? Un parcours de mobilité quand il est bien accompagné ne peut être que bénéfique. Je ne suis pas déçue par mon retour, je l’avais bien préparé. J’ai trouvé mon point d’ancrage, mon entreprise commence à se faire connaître, moi je suis aux anges… même si tout n’est pas rose tous les jours, que ça soit ici ou ailleurs !


+ d’infos sur www.folies-sucrees.re / www.facebook.com/foliessucrees
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