Publicité

Stéphanie Say-Liang-Fat, scientifique associée dans une start-up à Zurich

Publié le 1er mars 2019 Suisse

Elle a quitté sa ville de Saint-Louis et l’université de la Réunion après une licence de physique-chimie pour poursuivre jusqu’au doctorat en métropole. Douze ans après son départ, elle vit en Suisse alémanique et a contribué à fonder Osmotex : une start-up pleine d’avenir qui développe des vêtements intelligents.


Pouvez-vous vous présenter ?

Stéphanie Say-Liang-Fat, 32 ans. Je viens de la Rivière Saint-Louis, née d’un métissage entre une cafrine et un chinois, héritant d’une chevelure où il est difficile de passer un peigne, d’une peau souffrant d’eczéma et d’un estomac sensible !

Dans quelles conditions avez-vous quitté l’île ?

Trop peu d’opportunités, voire aucune, ne s’offraient à moi à la fin de ma licence en physique-chimie à la Réunion. Je me suis donc décidée à m’aventurer à Bordeaux pour poursuivre en master, puis à Lille en doctorat. La Région m’a été d’une grande aide lorsque je me suis envolée vers la Métropole (où je mettais les pieds pour la première fois). Ma mère a pu m’accompagner lors de mon emménagement à 10 000 km de ce petit caillou où j’avais toujours vécu et grandi. J’ai suivi une formation universitaire de physique-chimie jusqu’au doctorat, qui m’a permis d’occuper aujourd’hui un poste d’associée scientifique à Osmotex.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail ?

J’ai rejoint l’entreprise Osmotex lorsqu’elle n’était qu’une start-up. J’étais responsable de toute la partie labo, tests, traitement des données, rapports… A l’époque nous n’étions que deux employés et cela m’a permis de développer bien des compétences dans d’autres domaines que la R&D pure et de porter plusieurs casquettes au sein de l’organisation. Cinq ans plus tard, nous sommes sept et un premier produit avec notre technologie Hydro_Bot a été lance en décembre dernier : la veste de ski 7Sphere de la marque KJUS. Il s’agit d’un vêtement intelligent totalement révolutionnaire, le premier au monde permettant un contrôle actif de l’humidité à l’intérieur de la veste*.


Quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

La Suisse est un pays à plusieurs langues, où même un étranger ne parlant ni l’allemand ni le français, peut s’intégrer par d’autres langues : anglais, espagnol. Bien sûr l’apprentissage de l’allemand et du suisse allemand (langue ou dialecte, c’est encore un sujet sensible) est indispensable et aussi un respect pour la région d’accueil. Cette multitude de nationalités permet un développement socio-économique du pays très intéressant !

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

A mon arrivée en Métropole il y a 12 ans, on me parlait du chikungunya. Depuis ces dernières années, ce sont les attaques de requins. Est-ce vraiment les seules images marquantes qu’ont les étrangers de notre île ? Bien sûr on voit aussi davantage de publicité sur l’île de la Réunion, ici aussi à Zurich.

Que vous a apporté l’expérience de la mobilité ?

Ce fut pour moi une expérience exceptionnelle et positive. Venir d’une île m’a fait me sentir spéciale et unique. Passer d’une classe de six personnes à une promo de 90 faut se sentir moins isolée et moins s’inquiéter sur ses choix d’orientation. J’étais très nerveuse lors de mes premières semaines en master car j’avais cette idée qu’à la Réunion, le niveau était plus bas, que les cours et les tests d’examen seraient plus durs en Métropole. Niet ! Le seul inconvénient qui me vienne à l’esprit a été l’absence de vie étudiante en dehors de l’université pendant mes années à la Réunion. En comparaison des autres étudiants, je n’avais aucune anecdote amusante à raconter…


Avez-vous quelques anecdotes de vos études ?

Oui ! La fameuse première expérience Ikea pour équiper mon studio étudiant. Comprendre que le chouchou, ça existe aussi en Métropole, mais sous le terme de christophine. GSM, c’est dépassé, on dit portable. “J’achève de rester chez mon cousin” : il y a des gens qui reliront ce message ambigu plusieurs fois, le sourire au lèvre... Ah oui ! Et l’eau qui s’évacue dans le bac à douche, elle tourne dans l’autre sens !

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

Un kit de trois cadres photos à suspendre, acheté au marché forain à Saint-Pierre, recouvert de sables blanc et noir. Après 12 ans, je l’emballe toujours avec précaution lors de chaque déménagement.

Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

Le sable de l’Etang-Salé, retrouver la famille le dimanche pour un bon cari sur la plage de l’Hermitage, marcher en savate deux doigts dans des sentiers sans que les gens me regardent l’air ahuri, vivre dans un milieu riche en couleurs et cultures où on sent l’unité toujours présente.

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de la Réunion ?

Mon regard se porte davantage sur Maurice qui a su se développer et se démarquer au niveau mondial au fil des décennies. L’anglais est essentiel soutenir davantage le tourisme et l’ouverture à l’Europe et au monde. Lorsque les gens me demandent d’où je viens, mon point de référence est devenu au fil du temps ‘vous connaissez l’île Maurice ? Eh bien c’est 200 km à l’Ouest de cette île’…


* Hydro_Bot permet un confort incomparable par rapport aux matériaux actuels qu’on trouve sur le marché (Gore-tex, Sympatex, etc.) qui ne peuvent évacuer l’humidité intérieure que de façon très limitée. Les utilisateurs de la veste se sentent plus secs et plus comfortables, par là-même plus performants. La veste 7Sphere-Hydro_Bot a remporté plusieurs prix innovation, notamment par l’un des journaux business les plus reconnus, Bornes, et à la plus grande foire d’activités outdoor au monde : ISPO à Munich. Nous travaillons aujourd’hui avec des partenaires afin d’intégrer de chauffage afin de fournir un contrôle optimal du climat intérieur de chaque utilisateur. Le domaine d’application de notre technologie s’étend à un champ bien plus large que les vêtements intelligents : système de climatisation, emballage alimentaire, aide médicale, automobile...

En savoir plus : www.hydrobot.com / www.kjus.com/global/en/explore/stories/7sphere

Publicité