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Wilfrid Lebon : de la vodka, du gin et bientôt du whisky péi

Publié le 15 février 2021
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Leur vodka à base de patate douce a été primée à l’international*. A la tête d’Arômes Distillerie, créée en 2020 au Domaine des Tourelles à la Plaine-des-Palmistes, Sarah Mussard et Wilfrid Lebon, qui a troqué son tablier de chef de cuisine reconnu pour celui de distillateur. Histoire d’une reconversion et d’un retour au péi.

* Top Spirit est un label et concours annuel réunissant de nombreux experts en dégustation internationaux. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.


Pouvez-vous vous présenter ?

Sarah Mussard, 31 ans, née à St Pierre d’une mère infirmière puéricultrice et d’un père maçon. J’ai fait plusieurs choses : une année de droit (non obtenue mais très intéressante), trois années de licence de lettres, une année de master de francophonie à Montpellier, puis un master en anthropologie et sociologie de l’Océan Indien à St Denis. Depuis deux ans, je suis une formation à distance pour passer le Diplôme de Comptabilité et Gestion. Je suis la gérante de la distillerie Arômes (SARL LM SW).

Wilfrid Lebon, 38 ans, né à St Denis, d’un père touche à tout (maçon, ouvrier polyvalent, mécanicien, chef mécanicien, planteur de salades...) et d’une mère au foyer. Avec un grand-père qui fut un des plus gros bouchers de Saint-Denis, une mère cordon bleu et un frère pâtissier, la cuisine est devenue une seconde nature pour moi. Je suis parti me former et travailler plus de 13 ans à Paris, dans plusieurs restaurants étoilés afin de parfaire mes connaissances et apprendre aux côtés des meilleurs comme Patrick Lenôtre.

Racontez-nous votre retour à la Réunion il y a une dizaine d’années.

Wilfrid : j’étais euphorique et un peu effrayé, car je n’avais jamais travaillé à la Réunion et je ne savais pas comment ça allait se passer. Heureusement, je n’ai eu aucune difficulté à me réinstaller et à travailler en tant que Chef dans plusieurs restaurants, même si j’ai pu noter que les salaires ne suivaient pas selon les compétences...


Après 22 ans de métier dans la restauration, j’ai décidé de me consacrer à la distillation, aux côtés de Sarah, et de mettre en avant un savoir-faire peu connu sur l’île : la création d’alcools et de spiritueux. Nous nous sommes installés fin 2020 sur le site du Domaine des Tourelles, entre les cuves de fermentation et d’alambic. La distillation est un métier d’une grande rigueur et d’une grande précision. Nous utilisons des produits 100% locaux, et espérons être connus et reconnus avec ces magnifiques produits de notre terroir !

Parlez-nous de votre vodka péi récemment primée d’une médaille d’or au concours Top Spirit.

La Zot’ka est produite à partir de la patate douce de Petite-Île, cultivée en agriculture raisonnée. Cinq à six jours sont nécessaires pour couper et cuire la patate douce, en attendant sa fermentation. Triple distillée, elle est travaillée en alambic sans aucun ajout d’arôme, avant d’être embouteillée. Elle a un goût plus doux, léger, fin que les vodkas classiques. A la place d’une odeur d’éthanol, notre Zot’ka à 40% d’alcool dégage plutôt la douce effluve de cuisson d’un gâteau patate. Disponible chez plusieurs cavistes à 32 euros la bouteille, et dans plusieurs restaurants sur l’île, vous pouvez également nous contacter pour en commander.

Zot’ka, la vodka 100% péi primée dans un concours international

Que produisez-vous d’autre dans votre distillerie ?

En plus du gin (qui contient des notes de cardamome, d’agrumes et de géranium), du rhum agricole et de la Zot’ka, des alcools de letchi, de pêche verveine, de mangue poivrée mais aussi de maïs seront bientôt disponibles. On a également le projet de réaliser du whisky « à la Française » et de reconstituer l’arak, le premier alcool de La Réunion. Nous faisons des recherches pour retrouver les ingrédients de cet alcool, qui aurait été bu par les esclaves. L’objectif est que ça soit prêt pour le 20 désamb !


Avec le recul, tirez-vous un bilan positif de votre expérience de mobilité ?

 - Sarah : Bien sûr que ce fut positif. J’ai enfin pu apprendre à vivre comme je le voulais, ce qui m’a permis de devenir la femme que je suis aujourd’hui. 
 - Wilfrid : oui ce fut une expérience positive car sans cela je n’aurais jamais autant appris. La métropole m’a beaucoup changé et m’a permis d’être plus autonome vis-à-vis de ma famille. Ici, on a tendance à se replier sur nous-même et à oublier le monde autour. Dans les grandes villes en métropole, c’est en constant changement, constante évolution. On apprend tous les jours.

 "La bête" : magnifique alambic fabriqué sur notre île par notre distillateur lui-même : Wilfrid Lebon

Quels conseils donneriez-vous aux Réunionnais qui comme vous souhaiteraient rentrer sur l’île ?

Le monde est vaste. Découvrez le monde avant et rentrez si vraiment vous avez un réel projet. Trouver du travail sur l’île est difficile et beaucoup de choses sont plus compliquées, notamment en lien avec les politiques. Le retour à la nature est très bien, mais beaucoup de choses restent à faire !


+ d’infos sur : www.facebook.com/aromesdistillerie

Le rhum agricole, fabriqué à partir de pur jus de canne coupée et pressée par nos soins, est à 35 euros TTC
Le gin, premier Gin de l’île avec des notes de cardamome, agrumes et géranium, est à 38 euros TTC
La Zot’Ka, une vodka faite à partir de patate douce, est à 32 euros TTC


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