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Yola Minatchy, l’avocate aux multiples casquettes : « L’eau, un droit pour tous »

Publié le 12 mars 2010

Avocate internationale née à la Réunion, Yola milite notamment pour la préservation de l’environnement. Au barreau de Bruxelles, mais aussi chez elle en écrivant ou en peignant. « En cette journée mondiale de l’eau, je lance un appel pour une révolution bleue : une meilleure gestion citoyenne pour un partage plus équitable ».


Yola Minatchy

Portrait d’une femme plurielle...

Yola a quitté l’île à 20 ans pour aller étudier le Droit à la Sorbonne. Devenue avocate, elle a crée son propre cabinet d’avocats à Bruxelles où elle a décidé de s’installer il y a une dizaine d’année. Dans ses cartons, plusieurs diplômes français et américains, mais aussi des tableaux qu’elle peint depuis l’âge de 11 ans. Ce don, elle le mettra, au même titre que ses autres atouts, au service de ses divers combats sociétaux : pour une justice plus humaine mais également pour la pérennité de l’agriculture, la préservation de l’environnement, entre autres.

A l‘occasion de la journée mondiale de l‘eau 2010, Yola expose à Bruxelles sa série de toiles « L’eau un droit de l’Homme pour tous ». Depuis plusieurs années Yola s’est engagée en faveur de cette res publica, ce « bien commun qu’il ne faut pas privatiser ». Déjà à l’époque, elle avait publié au Journal des Procès un article intitulé "L’eau, un droit de l’Homme en devenir". Puis, dans le cadre de l’exposition « Brassages » organisée en 2009 par la mairie de Paris, c’est au travers de ses peintures qu’elle s’exprime. « Véritable exutoire face à une vie professionnelle débordante », la peinture incarne aussi pour Yola un vecteur supplémentaire de sensibilisation au problème de l’eau. De ses camaïeux de bleu ressortent son engagement mais aussi son inquiétude face à la gestion de l’eau par l’Homme. Des craintes qu’elle justifie par des chiffres. « Aujourd’hui, une personne sur cinq dans le monde n’a ni accès à l’eau potable ni à l’assainissement. De plus, 8 millions de personnes par an meurent de pathologies liées à la pénurie d’eau ».

peinture Yola Minatchy
Histoire d’O : collage sur peinture à l’huile lors d’une exposition à la Mairie de Paris

Face à ces données, Yola s’insurge. « Nous formons une société de droit mais aussi de devoir et de solidarité entre chaque individu. Il relève de la conscience collective de mieux gérer cette ressource qui appartient à toute l’Humanité ». Aussi présente-t-elle l’Espagne comme un modèle. « Ce pays s’est lancé dans une campagne contre le gaspillage en traquant les moindres fuites et, à titre d’exemples, en réduisant de 9 à 6L la quantité d’eau nécessaire pour une chasse d’eau ». La preuve pour elle qu’en agissant on parvient à des résultats encourageants. « Ce sont des actes qui ont porté leurs fruits puisque les ménages espagnols ont réduits de 10% leur consommation d’eau par an ». Cet exemple sera-t-il suivi par les autres Etats ? Yola voudrait le croire.

Actuellement membre de plusieurs associations juridiques et présidente des Jeunes Juristes Francophones à Paris, elle est régulièrement sollicitée pour des conférences autour du globe. Son métier l’amène également à voyager dans de nombreux pays. Autant d’occasions pour elle de faire entendre sa voix à travers le monde et de diffuser son message. « Je lance un appel pour une révolution bleue : une meilleure gestion citoyenne pour un partage plus équitable ».

tableau Yola Minatchy
Bagatelle : peinture à l’huile au couteau

Yola soulève par ailleurs la problématique du réchauffement climatique qui transforme l’eau en danger. Une de ses toiles pose ainsi la question du devenir des îles, et de la Réunion, dans la perspective annoncée de la montée des eaux de mer. Car malgré sa vie si bien remplie Yola n’oublie pas d’où elle vient. Ses « Racines » sont aussi le nom qu’elle a donné à l’une de ses collections présentée au CASODOM en 2004. Elle y met en exergue les atouts écologiques de son île natale, la canne à sucre ou encore l’énergie solaire. « Au cœur de mes préoccupations, la Réunion détient toujours la place prépondérante » précise cette défenseur des justes causes.

Interview Journée mondiale de l’eau

exposition Yola Minatchy
L’Eau d’heure (détail) : peinture à l’huile au couteau

Pouvez-vous vous présenter ?

Yola Minatchy, avocate internationale, présidente des Jeunes Juristes Francophones, administrateur du CASODOM, présidente d’honneur et co-fondatrice de l’ASBL Réunion-Belgique, et artiste à certaines heures.

Vous êtes sur plusieurs fronts : l’écriture, votre travail d’avocat et la peinture ? Comment conciliez vous tout cela ?

Tout est une question d’organisation, et de volonté à mon sens ! Mon métier d’avocat international est très prenant, avec des dossiers allant du génocide rwandais à l’adoption internationale ; défendre autrui reste ma priorité pour l’heure. Mais je m’adapte au gré des circonstances afin de vaquer à mes activités artistiques.

Je peins assez régulièrement à l’huile que lorsque je me trouve à mon domicile à Bruxelles, peu importe l’heure du jour ou de la nuit. En voyage, j’ai plutôt coutume de dessiner à l’encre de chine ou à l’aquarelle des carnets de voyages. Je travaille en ce moment sur plusieurs projets d’écriture ; là aussi, je m’accommode en écrivant partout : dans les trains, les aéroports, les avions, les cafés, dans le silence de la nuit, dans mon lit (où se nichent par ailleurs plusieurs carnets d’écriture).

Avez -vous des enfants ?

Pas encore, et je ne suis pas convaincue qu’il serait très responsable d’avoir des enfants en ces temps incertains. Par ailleurs, le monde est tellement rempli d’enfants orphelins et abandonnés ! Je m’occupe un peu des enfants des rues, des bidonvilles, des orphelins mais aussi des sans abris, des personnes âgées au Pérou, au Cambodge et en Inde depuis quatre ans, étant également l’avocate d’une Fondation belge subventionnant des projets de développement, de solidarité dans ces pays. Au fil des années, je tâche de leur apporter ma modeste contribution.

Je considère que ma vie d’avocate internationale est difficilement compatible avec des enfants qui m’attendent à la maison. Vu que je ne suis pas encore prête à poser mes valises, et à arrêter de courir le monde d’aventure juridique en découverte… A l’heure du bilan, j’assumerai mes choix (rires) car ma vie actuelle me satisfait pleinement.

peinture Yola Minatchy
L’Eau d’heure (détail 2) : peinture à l’huile au couteau

Quelles sont vos sources d’inspiration pour vos toiles sur l’environnement ?

La nature, d’une manière générale, reste ma plus belle source d’inspiration d’où aussi mon engagement pour sa préservation dans mes textes ou à travers ma peinture. A l’exposition « Brassages » en 2009 à la Mairie de Paris, mes toiles plaidaient en faveur de « l’eau, un droit pour tous ». Lors de l’exposition « la Réunion, pinceau et écologie » au CASODOM, il s’agissait plutôt de mettre en exergue les atouts écologiques de la Réunion.

Outre ma splendide île natale, la Réunion, tous mes voyages dessinent évidemment les chemins de mon inspiration : que ce soit dans la jungle amazonienne, sur les rives du Mékong ou dans la campagne bretonne, mes envies de créer naissent un peu partout.

Quelle est votre technique picturale ?

Ma technique picturale de prédilection reste la peinture à l’huile au couteau, j’utilise peu les pinceaux. Je me délecte également de la calligraphie chinoise à l’encre de chine.

Lorsque vous commencez une toile, avez-vous une idée précise de l’aboutissement souhaité ?

Absolument plus aujourd’hui ! Rires ! Avec le temps, je me laisse emportée par les couleurs, les textures, l’imaginaire, les émotions, le mouvement du couteau ! Au départ, mes toiles étaient très figuratives, une nature morte, un paysage. J’épure de plus en plus malgré moi.

Où peut-on trouver vos œuvres ?

Chaque année dans des expositions temporaires ou chez moi à Bruxelles.

D’où vous est venu l’intérêt pour la peinture ?

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une énergie créatrice en moi. Enfant, je faisais des collages sur les murs de ma chambre en découpant les journaux et les belles jupes de ma mère, et je saupoudrais le tout d’épices colorées ! Rires ! Il n’y avait pas de peinture à la maison ! Ma mère, elle, ça ne l’a jamais amusé mais elle m’a offert mes premiers tubes de peinture et des cartons entoilés à l’âge de 11 ans. J’ai commencé alors à peindre les champs de canne à sucre de Sainte Marie, et plus disciplinée, j’ai par la suite continué mes collages sur des toiles... (Rires)

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