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Crise à La Réunion : « Remettre la culture à sa vraie place... »


Vivre ensemble - Horizon 2030 : Un texte de Eric Alendroit, Ginette Ramassamy, Carpanin Marimoutou et Francoise Vergès. « Ivan Hoarau a eu raison de dire hier dans une interview à la télévision que La Réunion traversait une « crise » sociale ET sociétale. Ce deuxième aspect nous semble central et fondamental »…


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Francoise Vergès, Ginette Ramassamy, Carpanin Marimoutou, Eric Alendroit
Membres de l’équipe projet Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.

Le 13 février 2009.

Le terme de « crise » s’applique surtout au système paternaliste assimila-tionniste qui rencontre ses limites. Les bénéfices secondaires de la dépendance ne semblent plus satisfaire entièrement la société. La consommation comme seul objectif de la vie en société appauvrit le vivre ensemble.

Il est indéniable que trop de Réunionnais vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Leur quotidien est centré sur la recherche d’économie de survie dans tous les domaines : santé, éducation, loisirs, logement… La société doit faire acte de solidarité. C’est une question de justice et de solidarité. Cet aspect, du dialogue social à renouveler, est, à juste titre, celui qui est le plus visible aujourd’hui.

Il est cependant important, à nos yeux, de ne pas marginaliser l’aspect sociétal, c’est-à-dire « culturel. » Quel vivre ensemble voulons-nous construire ? Quelle culture du vivre ensemble : quelles villes ? quels transports ? quelles industries ? quelle économie ? quelle consommation ? quelles relations entre femmes et hommes ? quelle éducation ? quelles recherches ? quelle coopération avec les pays voisins ?

Donnons-nous tous l’horizon 2030 en imaginant les enfants qui naissent aujourd’hui sur cette île. Ils auront presque 20 ans, le temps des études, de la construction d’une vie autonome. Qu’allons-nous leur laisser ? La culture, ce n’est pas simplement les coutumes et la musique, les traditions et la cuisine, les savoir faire et les fêtes, mais aussi cette dimension immatérielle qui nous tient ensemble, qui nous donne envie de réfléchir ensemble à des orientations, des choix qui vont peser sur l’avenir. Le principe de l’intérêt général, du bien commun, c’est-à-dire ce que nous partageons, cette terre, cette île riche de son histoire pourtant courte, de sa culture forgée sur une constante créolisation des pratiques et des savoirs, doit conduire notre réflexion. Ecoutons aussi les voix qui ne se font pas toujours entendre, celles des femmes, des jeunes, des personnes âgées, des personnes à handicap : elles ont toutes à contribuer de leur point de vue, chaque fois singulier et collectif, à l’élaboration de cet horizon 2030.

Alors au lieu de stigmatiser de jeunes hommes réunionnais, de les criminaliser parce qu’ils expriment de manière brutale, par pillage et bagarres, leur désespoir, leur désir de se faire entendre, au lieu comme le premier élu de Saint-Denis de les dénoncer comme « étrangers au Chaudron » (depuis quand forgeons-nous ainsi des identités de ghetto ? la notion « d’éléments étrangers » est une vieille notion de police), ayons le courage de nous demander quels choix nous ont mené à cette situation ? A ces colères ? A ces actes ? S’il n’est pas question d’encourager pillages et voitures brûlées, nous ne pouvons pas non plus accepter que de jeunes Réunionnais soient si facilement et si brutalement étiquetés « criminels » et « casseurs. » La répartition criminelle des richesses dans le monde - ce sont les plus forts qui les contrôlent -, la privatisation des biens communs (eau, air), la fabrication de personnes jetables dont le système économique de prédation n’a pas « besoin, » la violence comme forme organisatrice de la société, c’est tout un monde d’inégalités qui se creusent que nous observons et contre lequel, partout, des groupes se dressent. La « casse » est d’abord là, dans ces formes brutales d’exploitation. Quel espoir offrons-nous à ces jeunes Réunionnais ? L’espoir comme force, comme énergie, comme capacité d’imaginer un avenir, de rêver. Quel avenir peuvent rêver la plupart de ceux qui ont vingt ans aujourd’hui à la Réunion ?

"La consommation comme seul objectif de la vie en société appauvrit le vivre ensemble"

Des choix ont été faits et nous pouvons observer leurs conséquences. Le rapport de force non brutal, qui est à la base de toute démocratie - le jeu entre des intérêts divergents - est quelque chose qui se construit. Aujourd’hui, des questions nous sont posées. Nous avons la responsabilité d’y répondre.

Le refus de l’importance de la culture par des groupes et des personnes, qui rejettent toute valorisation des valeurs réunionnaises démontre qu’il existe toujours à La Réunion un profond courant très réactionnaire. Dans le passé, ce furent ceux qui profitaient de l’esclavage, ceux qui ne voulaient pas du droit de vote universel, puis ceux qui furent des pétainistes, ceux qui entravèrent le progrès et qui aujourd’hui veulent toujours ne rien risquer, ne rien entreprendre. Parmi ces valeurs : l’esprit d’entreprise qu’ont montré ceux qui ont migré du Gujerat et de Chine, l’esprit de débrouillardise du peuple réunionnais, son humour, son courage, sa tolérance, sa solidarité, sa capacité à accueillir ce qui l’enrichit et le renouvelle. Ce que nous confirment nos rencontres avec la population, c’est la place essentielle de la culture dans la société.

Des Etats généraux vont se tenir très bientôt. Nous aurons tous à y participer et à nous prononcer. Pensons à ce que nous serons fiers d’avoir construit afin que les Réunionnais de 2030 puissent dire que nous avons fait les meilleurs choix après avoir examiné tous nos atouts et toutes nos richesses. Après être partis de la réalité.

Eric Alendroit, militant culturel et associatif - Ginette Ramassamy, militant culturel et associatif - Carpanin Marimoutou, poète, écrivain, professeur de littérature à l’Université de La Réunion - Francoise Vergès, écrivain.

Les quatre auteurs font partie de l’équipe projet Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise. Ils tiennent à préciser que ce texte n’engage qu’eux. Il n’est pas l’expression de la MCUR

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