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Léa Nifaut, ingénieur agronome dans une ONG au Kenya


Ses études tout juste terminées, elle s’est engagée dans une ferme agricole reliée à une école non gouvernementale au Kenya. Entourée par les enfants, cette Saint-Pauloise de 24 ans travaille à la mise en place d’un système d’irrigation grâce à une pompe à énergie solaire. Récit d’un parcours marqué par le voyage et la solidarité.


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Photo avec les filles pour promouvoir les tabliers et sacs fait-main que nous vendons pour soutenir l’association (De gauche à droite : Monica, Belinda, Dolphin, Moi et Lydia)

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Léa Nifaut, j’ai 24 ans et je suis ingénieure agronome. Je suis actuellement en mission humanitaire au Kenya afin de soutenir le Korando Educational Center qui est à la fois un orphelinat et une école non gouvernementale pour les enfants défavorisés du coin (plus de 200 enfants scolarisés). La majorité des denrées alimentaires est produite sur place, dans notre ferme agricole. L’idée est donc de mettre à disposition mon expertise agronome afin d’améliorer cette activité agricole et de subvenir aux besoins des membres du Korando Educational Center. Pour l’heure, le principal projet en cours est la mise en place d’un système d’irrigation grâce à une pompe à énergie solaire !

D’où êtes vous à la Réunion ?

Je suis originaire de Saint-Paul, où j’ai grandi et effectué ma scolarité. J’ai la chance d’être issue d’une grande famille recomposée de six enfants au total, riche d’un important métissage, ce qui m’a appris la tolérance et la diversité. Mes parents ont réellement été des exemples pour moi : ils ont tous deux des vies professionnelles au service de la communauté et ont été très actifs au sein d’associations pour l’amélioration du cadre de vie à Madagascar et à l’Île Maurice notamment. Grâce à eux j’ai pu voyager, le plus souvent en Afrique, et j’ai pris conscience des conditions de vie difficiles de certaines populations. Mais surtout, ils ont souvent évoqué "la Réunion lontan", en me racontant la vie sans eau courante, la façon dont on fabriquait des vêtements en "goni" ou des savates avec des morceaux de pneus. Ca m’a marqué.

Quel a été votre parcours de "mobilité" ?

Après mon Bac Scientifique (avec les Félicitations du Jury), j’ai entamé mes études supérieures au Tampon, en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. A la suite de mon admission au Concours National Agro-Véto, j’ai dû quitter l’île afin d’intégrer l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agronomiques de Bordeaux Aquitaine en 2012. Au cours de ma formation j’ai réalisé des stages en métropole et à la Réunion, afin de garder un lien avec le monde agricole tropical.

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Sur la ferme agricole lors d’un diagnostic de terrain afin de concevoir le futur système d’irrigation goutte-à-goutte dont la pompe fonctionnera grâce à des panneaux solaires

Et ensuite ?

J’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur en septembre 2015 et j’ai tout de suite entamé un premier contrat de travail pour le Ministère de l’Agriculture… en Bretagne ! Ca m’a permis de voir du pays et de prendre un bol d’air frais. A la fin de mon contrat, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure du bénévolat en Afrique, cela me tenait à cœur, connaissant les conditions de vie dans certains pays en voie de développement. Je fais partie de ceux qui pensent que chacun peut agir à son échelle afin d’améliorer le monde. Quelque peu utopiste certes, mais c’est mieux que de rester les bras croisés !

Que vous apporte l’expérience de la mobilité ?

Quitter mon île pour poursuivre mes études en métropole a été l’expérience la plus difficile de ma vie jusqu’à présent... mais surtout la plus enrichissante ! J’y suis allée à contrecœur, je voulais terminer mes études et rentrer au plus vite. Finalement, malgré les moments difficiles, j’ai fini par prendre de l’assurance et acquérir mon autonomie. La métropole m’est apparue comme une porte ouverte vers les opportunités de voyages, de rencontres et de découvertes culturelles. Grâce à cela, j’ai acquis une grande capacité d’adaptation. Partir seule en Afrique en est un bon exemple. On gagne beaucoup en indépendance ! J’anime actuellement un site web : Oté Kénya, Komen i lé ? .

Quels ont été les avantages / inconvénients du fait de venir de la Réunion dans votre parcours ?

C’est assez mitigé. Je pense que peu importe où je suis, je ne serai jamais aussi bien intégrée qu’à la Réunion, dans ma propre communauté, ce qui est normal. En métropole je suis perçue comme une personne de couleur, en Afrique on me considère comme une personne blanche. Jusqu’ici, j’ai eu peu d’expériences de "racisme dur", heureusement, mais il y a beaucoup de stéréotypes qui sont évoqués dans les deux cas. Il faut le prendre à la légère.

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Photo avec des enfants de l’orphelinat . C’est un réel bonheur d’avoir fait la connaissance de chacun d’entre eux ! (De gauche à droite et de haut en bas : Dankan, Moses, Dolphin, Akama, Moi, Seth, Silas, Félix et Fred)

Par contre j’éprouve une grande fierté à évoquer mes origines et expliquer qu’à la Réunion les communautés vivent ensemble sans ségrégation. C’est une force ! D’ailleurs, au Kenya, les enfants ont été très surpris quand je leur ai montré une photo de mes parents : le métissage n’est pas chose courante par ici.
 
Quels sont vos projets ?

Pour l’instant j’essaye d’acquérir le plus d’expériences possibles pour, à terme je l’espère, rentrer à la Réunion et participer à sa valorisation agri-environnementale. L’île appartient à un pays développé mais est géographiquement et culturellement proche des pays du Sud : c’est une véritable aubaine ! Je suis persuadée qu’un jour certaines expérimentations réunionnaises serviront d’exemple pour les pays en voie de développement.

Quels objets de la Réunion avez-vous apporté dans vos valises ?

En métropole, ma marmite de riz ne me quitte pas ! Outre les bocaux de piments, j’ai aussi ramené quelques roches volcaniques, un poster de Boucan Canot ainsi que des statuettes porte-bonheur représentant Ganesh et Sarasvati.

Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

"Mangé la caze momon" comme on dit chez nous ! L’atmosphère des repas de famille : les carry, la musique, l’ambiance péï. Mais aussi la possibilité de faire des activités naturalistes tout au long de l’année : plage, randonnée, camping, parapente, équitation, ... Ou encore le fait de voir l’océan tous les jours. Bref, beaucoup de choses me manquent !

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Léa Nifaut - Dune du Pilat dans la région Aquitaine

Avez-vous des contacts avec des Réunionnais ?

Bien sûr ! Une partie de mes amis vit en métropole. Nous gardons contact via les réseaux sociaux et nous nous voyons durant nos vacances respectives. C’est la même chose pour ceux qui vivent plus loin. Par exemple aujourd’hui, rien qu’au sein de ma fratrie, nous sommes dispersés sur le globe : île de la Réunion, métropole, Allemagne, République Centrafricaine, Kenya... Ca fait pas mal de kilomètres !

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

La Réunion a la chance de bénéficier d’infrastructures modernes et d’un dynamisme de développement important. Néanmoins, d’un point de vue environnemental, les aménagements pourraient être améliorés je pense. Concernant la population, j’ai toujours cette impression d’une démographie importante et de jeunes qui ont du mal à s’en sortir. Beaucoup d’étudiants sont encore obligés de quitter l’île de nos jours et peu d’entre eux ont la certitude de rentrer et d’y faire carrière : les opportunités professionnelles sont rares dans certains secteurs.

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

En métropole il y a un ou deux ans, dès qu’on parlait de la Réunion, les gens commençaient toujours par me questionner sur "la crise requin". C’était inévitable ! Beaucoup avaient une image assez négative de l’île sur ce sujet. Aujourd’hui ça a un peu évolué, les personnes sont plus attirées par les magnifiques paysages intérieurs et les possibilités de randonnées, canyoning, etc. Mais au-delà du côté touristique, peu de personnes s’intéressent à la richesse culturelle réunionnaise, c’est dommage.
Au Kenya, c’est plus compliqué : ils ne connaissent pas cette île. J’ai pu montrer sa localisation aux enfants sur une carte, ce qui a suscité pas mal de questions sur le fait que je sois de nationalité française, alors que je suis née si proche de l’Afrique !

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Fan de basket-ball, j’ai ramené des ballons au Kenya et nous avons fabriqué notre panier de basket !

Vous même, quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

Le Kenya est un pays magnifique caractérisé par sa diversité d’ethnies. Les habitants sont issus de tribus différentes, souvent nomades à l’origine. J’ai encore beaucoup à apprendre des us et coutumes locales et c’est un vrai plaisir de les découvrir. Malheureusement, les inégalités sociales sont importantes et beaucoup de personnes vivent dans des conditions très difficiles. Une bonne partie des habitants vivent dans les zones rurales, sans eau courante ni électricité. Le pays est fortement touché par le fléau du sida. Il y a encore de nombreux enfants qui n’ont pas accès à l’éducation, la scolarité n’étant ni obligatoire ni gratuite ici. Beaucoup de progrès restent à faire. Malgré cela, les habitants sont souriants et vont de l’avant, c’est vraiment encourageant !

En tant que Réunionnais(e) qu’est ce qui vous paraît le plus proche / le plus éloigné par rapport à notre île ?

Au Kenya, la vie est assez différente de la Réunion en général. Ce qui me paraît le plus proche sont les habitudes alimentaires : outre les fruits tropicaux, ici j’ai retrouvé le soso maïs, les brèdes et les enfants mangent même des "mangues vertes". Ah, j’oubliais un détail : on mange avec la main ici aussi !

Ce qui me paraît le plus éloigné de la Réunion sont malheureusement des choses qui devraient être acquises dans tous les pays du monde. Par exemple, l’accès à l’éducation : l’école n’est pas obligatoire et les frais de scolarité sont souvent élevés. Ou encore l’accès à l’eau potable ! Les locaux font des réserves d’eau de pluie mais quand c’est la saison sèche, ils se débrouillent comme ils peuvent. Souvent, je vois des femmes laver le linge dans l’eau saumâtre des fossés au bord de la route, elles n’ont pas d’autre choix...


Voir le site de Léa Nifaut - Oté Kénya, Komen i lé ? / Plus d’articles et portraits sur le thème « Solidarité internationale »

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