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Accueil > Journal > Reportages > Claire Dijoux : une Réunionnaise de Londres (...)

Claire Dijoux : une Réunionnaise de Londres témoigne du Brexit (1)


« Tous nos amis et collègues étaient en faveur du ‘remain’, mais avec une crainte que des peurs irrationnelles viennent perturber le vote, que l’UE fasse office de bouc émissaire. Moi je crois à l’Europe comme idéal de paix et de coopération, j’ai pu l’expérimenter lors de mon parcours... »


Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Claire Dijoux, j’ai 36 ans, je suis originaire de l’Est de La Reunion – où ma famille réside toujours d’ailleurs ! J’ai une formation en sciences politiques et relations internationales et je travaille dans le secteur humanitaire et de coopération internationale depuis 2002. Cela m’a amenée, après des études en France et en Angleterre, à travailler en Amérique du Sud, en Inde, au Moyen Orient et maintenant en Angleterre – toujours sur des projets liés à la cohésion sociale et au soutien aux populations défavorisées : refugiés, habitants de bidonvilles, etc.

Dans quelles conditions vous êtes-vous installée en Angleterre ?

Je suis installée en Angleterre depuis presque cinq ans. Aprés plusieurs annees en Inde et au Moyen Orient, mon compagnon et moi souhaitions rentrer en Europe et Londres était une des rares villes européennes ou nous aurions tous les deux de bonnes opportunités professionnelles dans nos secteurs respectifs. En plus, mon compagnon est Irlandais et habiter en Angleterre présentait aussi l’avantage d’être à seulement une heure d’avion de l’Irlande pour rester proche de la famille. On se sent très bien à Londres. C’est une ville ouverte, facile, dynamique, cosmopolite. Il est bien plus facile de s’installer ici qu’en France par exemple : les démarches sont simples, peu bureaucratiques et assez rapides. Par exemple pour obtenir un numéro de sécurité sociale ou trouver du travail !

Pouvez-vous nous décrire l’ambiance autour de vous, alors que le résultat du référendum vient de tomber ?

L’ambiance est morose. Nos amis européens – Italiens, Tchèques, Français, etc – sont sous le choc et dans l’expectative. Bien sur tout le monde accepte le résultat car la participation électorale a été forte et la victoire du camp “Leave” est sans appel. Mais elle a un goût très amer. Un de nos amis était au pub hier soir et nous racontait une conversation avec des ardents défenseurs du Brexit : ils ont de la rancœur contre la classe politique, qui a perdu énormément de crédibilité avec la montée des partis populistes et les politiques d’austérité. Beaucoup de gens ont voté ‘Leave’ pour ‘punir’ un système qui, ils le pensent, ne tient pas compte de leurs problèmes. Mais selon moi tout cela n’a rien à voir avec l’Europe...

L’Europe n’est pas responsable du chômage dans les petites villes. L’Europe n’a rien à voir avec le coût de la vie. Un débat venimeux s’est installé autour des questions d’immigration, les Européens de l’Est étant particulièrement visés. Pourtant, de très nombreuses études économiques sérieuses ont montré leur contribution positive à l’économie britannique. Ils occupent des postes où il y a un fort déficit de main d’œuvre (infirmières, crèches, construction) et ne vivent certainement pas pour la majorité d’entre eux ‘aux crochets de l’assistance publique’ comme on voulait le faire croire. Mais ces arguments irrationnels ont eu gain de cause, et on a tous du mal à le croire.

Ce référendum a-t-il passionné les gens que vous côtoyez ?

Tout le monde en parlait depuis des mois et affichait clairement ses opinions. Nous avons la chance de cotoyer des collègues et amis d’horizons très différents et tous étaient en faveur du vote “RemaIn” mais avec une crainte qu’au final des peurs irrationnelles viennent perturber le débat. Malheureusement au vu des résultats ce matin ce fut le cas.

Comment avez-vous vécu les dernières heures avant le résultat ?

Nous étions plusparadoxalement rassurés. Les derniers sondages donnaient le ‘RemaIN’ vainqueur et autour de nous, beaucoup de gens dans les rues portaient le badge ‘I’m IN’ (‘Je reste’). Mais cela reflétait à quel point Londres est déconnectée du pays : notre municipalité, l’une des plus grandes de Londres, a voté pour le maintien dans l’UE à près de 75% !

Avez-vous voté ? Vous attendiez-vous à ce résultat ?

Les citoyens européens n’ont le droit de vote qu’aux élections locales et comme je n’ai pas la nationalité britannique, je n’ai donc pas pu voter. On savait que le risque d’un vote ‘Leave’ était élevé, mais on pensait qu’à la dernière minute, chacun ferait appel à sa raison et non à sa colère ou à ses frustrations – on a eu tort.

Que dit ce résultat sur la Grande-Bretagne ?

Les divisions du Royaume Uni ont clairement été exposées lors de ce référendum. L’Ecosse et l’Irlande du Nord ont voté pour le maintien. Londres et les grandes villes aussi. C’est surtout l’Angleterre du Nord et du sud-ouest qui a voté pour la sortie de l’UE – une Angleterre qui a du mal économiquement, qui a souffert du déclin industriel et de la crise des partis de gauche et des syndicats qui ne sont plus vus comme canaux légitimes de representation. L’Angleterre des petites villes et des zones rurales, ceux qui ont le sentiment d’avoir perdu beaucoup dans les dernières deux ou trois décennies. Et pour être honnete, cela a aussi coincidé avec une montée de la xénophobie et du populisme. L’Europe fait office de bouc émissaire, elle n’est pas la cause réelle des maux autour desquels s’est construite la campagne.

Selon vous qu’est ce qui motive le désir « d’indépendance » des Anglais ?

Les Anglais sont par tradition moins favorables à l’Europe : ils ne font pas partie des membres fondateurs, ils n’ont pas rejoint l’euro, et Thatcher avait négocié une ‘ristourne’ gigantesque qui fait que le Royaume Uni a une des plus petites contributions au budget européen en proportion de son PIB. Et souvenez-vous des arguments irrationnels qui se sont même opposés pendant très longtemps au tunnel sous la Manche !

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"A Rome avec mon bébé. C’est ça l’Europe !"

Quel est votre ressenti personnel ?

Je suis déçue. Je ne nie pas qu’il y a beaucoup de problemes avec l’UE : déficit democratique, forte bureaucratie, etc. Mais cette union nous a apporté la stabilité politique et économique depuis plus de 50 ans, et je crois personnellement à cet idéal que quelque chose peut exister au-delà de nos frontières pour nous unir. Je crois à l’Europe comme idéal de paix et de coopération. Et j’ai aussi eu le privilège de bénéficier des retombées pratiques de la construction européenne : la liberté de circuler d’un pays à l’autre que ce soit pour les études, les vacances ou le travail ; le soutien spécifique aux régions économiquement défavorisées (La Réunion a beaucoup reçu de la part de l’Europe !) ; la richesse de cotoyer des personnes d’horizons différents...

Selon vous le référendum va-t-il laisser des traces ?

Oh oui ! Beaucoup et pour très longtemps. Au Royaume Uni déjà, il n’est pas exclu que l’Ecosse redemande un référendum sur son independance et le traité de paix avec l’Irlande pourrait être remis en cause . Des voix s’élèvent déjà pour demander un référendum sur la réunification de l’Irlande du Nord et de la République d’Irlande. L’adhesion à l’UE était un des ciments forts du traité de paix.

Sur le plan économique, tout dependra des conditions de sortie négociées. 40% des transactions de la City se font en euro. Des banques et multinationales ont déjà annoncé qu’elles se prépareraient à délocaliser leur siege ailleurs en Europe, car l’attrait de Londres pour ces entreprises, c’était surtout l’accès au marché unique et ses 500 millions de consommateurs.

Sur le plan politique, tout le monde y perd hormis les xénophobes, populistes et isolationistes. Le Royaume Uni perdra de son influence politique. L’Europe y perd beaucoup aussi. D’autres pays avanceront l’idee de leur propre référendum. J’avais lu avec beaucoup d’émotion il y a quelques semaines la lettre d’un vétéran britannique de la seconde guerre mondiale, qui disait en somme que voter Brexit signifiait que ces millions de soldats seraient morts en vain. Eux qui se sont battus pour un idéal de démocratie et de paix, pour des intérêts qui dépassaient leur intérêt personnel et même celui de leur pays. Quitter l’Europe c’est abandonner cet heritage et l’immense effort de pacification et d’unification de ces 50 dernières années. Je suis inquiète pour l’avenir de l’Europe, et de l’effet ricochet que la décision britannique pourrait avoir.

Lire aussi :
- Claire Dijoux, coordinatrice d’ONG en Jordanie (2010)
- Bilan des JO 2012 pour les Réunionnais de Londres : la médaille et son revers
- www.reunionnaisdumonde.com/r/18/Royaume-Uni (282 inscrits)
- Le profil de Claire Dijoux

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