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La tête sous l’eau, le dernier roman d’Arnold Jaccoud


Publiée aux éditions L’Eclipse du temps, la fiction romanesque La tête sous l’eau entraîne le lecteur au coeur de la crise requin qui touche l’île de La Réunion. Rencontre avec son auteur Arnold Jaccoud, un psychosociologue installé sur l’île depuis quinze ans.

Interview réalisée par Alyssa Mariapin


Parlez-nous de l’intrigue du roman "La tête sous l’eau".

À l’origine de ce récit, une expérimentation militaro-scientifique, chargée de protéger les possessions françaises du Sud-Ouest de l’océan indien contre les incursions chinoises. Mais personne n’en sait rien. Et c’est un échec. À La Réunion, la crise sociale déclenchée et alimentée par la crise requin met aux prises des groupes et des individus motivés pour l’essentiel par une double convoitise. Cette double convoitise anime des stratégies qui cumulent ainsi, de la façon la plus ordinaire, la quête financière et l’ambition du pouvoir, quelles que soient les formes variables que peuvent prendre ces deux aspirations.

C’est autour de ce double enjeu que se disputent, s’affrontent et surtout se dissimulent les actions des uns et des autres. Même si les apparences n’en révèlent pas instantanément l’intelligibilité. La population est vouée à croire que ces antagonismes ont pour objet les choix les meilleurs face à la menace des requins, à la crise qu’elle a entraîné, et à la gestion du risque. Elle ignore, comme toujours, que ce qui enflamme les acteurs, ce ne sont pas des considérations rationnelles, des dispositifs opérationnels, des passions sportives, des valeurs ou des convictions. Ce sont juste des jeux d’influence pour accéder aux sources, espérées intarissables, des financements et de l’hégémonie médiatique.

Et à la fin, ce sont les Antilles qui gagnent. Et les profiteurs de l’argent public. Et la déconsidération croissante de l’Etat. Ou si l’on préfère, à l’arrière plan, les finalités qu’esquisse le roman permettront quelques interrogations que la réalité ne viendra pas immédiatement démentir... Dans cette configuration, les drames humains deviennent relatifs. Tout comme pour d’autres, la protection de l’environnement. La crise requin aura été bien utile aux ambitions humaines. Et le dramatique et douloureux bilan des morts risque bien de passer au chapitre des pertes et profits. Les protagonistes semblent surgir de la réalité par le biais de glissements possibles, mais fictifs. Des fonctionnaires d’Etat qui jouent double-jeu, des indépendantistes rebelles qui s’allient à des usagers de la mer mécontents pour discréditer les services officiels, un environnement politique local ambigu, une espionne des services chinois d’une séduction irrésistible, des organisations de pêcheurs qui parviennent à s’approprier les financements publics, un agent des services secrets français qui finira par tirer les ficelles… et toujours les deux héros au cœur du drame, Eline Mandala et Lucide Panocchio…

Pourquoi vous êtes-vous orienté vers l’écriture de romans et pourquoi avoir écrit "La tête sous l’eau", un polar autour de la crise requin ?

Je ne suis pas vraiment un écrivain mais un simple professionnel de la psychologie sociale qui s’est mis à écrire. J’écris des romans et des chroniques dédiés à la critique des fonctionnements de notre société. Conscient des frustrations éprouvées dans mes tentatives de collaborer à de réelles transformations sociales, j’ai été contraint d’en prendre mon parti. Lorsqu’on a la certitude de pouvoir changer les choses par l’engagement et l’action, on agit. Quand vient le moment de la prise de conscience et qu’on s’aperçoit de la vanité de tout ça, alors... on écrit des romans.

Mon désir d’écrire s’inscrivait en définitive dans une habitude professionnelle à rédiger toutes sortes de documents, textes et rapports. Mais, réalité aveuglante et banale, la maigre diffusion des "études" auxquelles j’ai été accoutumé en limite radicalement la portée. En changeant mon mode d’expression usité depuis tant d’années, j’ai tenté, sans trop d’illusion, d’être un peu plus lu, un peu plus écouté, de créer un univers différent, en tout cas de compenser mon impuissance devant la difficulté à influencer le réel, par le recours à l’imaginaire. Concernant le roman "La tête sous l’eau", l’invraisemblable imbroglio de la crise requin, qui a entraîné l’île de La Réunion dans une dégradation du climat social étendue sur plusieurs années, a suggéré la rédaction de la fiction.

Pourquoi ce titre "La tête sous l’eau" ?

Au départ, j’en avais plusieurs en tête. "En eaux troubles" me plaisaient beaucoup mais malheureusement il était déjà pris. J’ai donc cherché un titre original ayant une double signification et j’ai opté pour la "La tête sous l’eau". Le premier sens du titre est celui de la noyade : La Réunion se noie vu qu’elle a la tête sous l’eau. Le second sens est plus implicite : nous devons regarder ce qui se passe sous l’eau.

Lorsque vous publiez un roman avez-vous des objectifs précis ?

Non je n’ai pas d’objectifs précis. J’essaie de mettre de l’intelligence et de l’honnêteté dans ce que je produis, de ne chercher volontairement à causer ni plaisir ni déplaisir. Je ne suis pas dans l’invective. Je n’ai pas l’intention de heurter. J’aime les gens que je rencontre, il y a une étincelle de génie en chacun. En revanche, j’observe avec un regard critique les mécanismes sociaux, aveugles et souvent inéquitables, qui privilégient toujours les intérêts catégoriels des sommets des hiérarchies sociales, financières, économiques et politiques.

La finalité de mon entreprise est d’élaborer une littérature essentiellement romanesque dont la fonction critique sur le développement de la société la rende attrayante, abordable et incite à la réflexion. Je glisse consciemment un peu de pédagogie entre intrigues et délassement… Les thématiques traitées ne font pas, a priori, l’objet d’une recherche savante. Il suffit la plupart du temps d’ouvrir les yeux sur l’environnement social immédiat et les problématiques qui émergent au travers du traitement médiatique de ce qu’on désigne à tort comme des faits-divers. En matière de critique sociale, des champs de réflexion viennent spontanément s’imposer à une démarche romanesque possible :
• Le désordre institutionnel et le dysfonctionnement judiciaire. Et ça donne "Le Ventre du barbare ", le traité élémentaire d’escroquerie appliquée… ou le conte pour adultes "L’Ogre et les deux frères".
• L’inquiétant constat que seuls les rapports de force et les pressions aiguillonnent les autorités publiques dans la prise au sérieux des problèmes les plus cruciaux. Pire, le sentiment que les institutions s’ingénient à se dérober à la mise en œuvre de l’exercice réel des droits par ailleurs formellement reconnus aux individus citoyens : cette approche à permis la rédaction de la chronique décrivant la fin des combats de " L’Arast : La Pierre et l’esprit", un fragment de l’histoire ordinaire du renversement d’un rapport de force.
• La propension administrative à freiner de façon rigide tout traitement sérieux des antagonismes humains, entraînant des luttes sourdes contre l’aveuglement des pouvoirs établis et leurs coercitions : ce sont les fondements de " Sentié Krazé " – "Mafate l’autre histoire", ainsi que des 12 nouvelles de " Mafate - Servitude et insoumissions".
• Il semble que le seuil de tolérance dans la population à l’égard des violences dont les femmes sont l’objet avait baissé. Mais les modes d’organisation de la société qui les permettent et parfois les déclenchent, n’ont eux, à l’évidence, toujours pas évolué. Le polar sociologique "Le dernier rhum" traite de façon romancée de ces questions.

Vous avez créé une association "L’Intelligence aux pieds nus" et la maison d’édition "L’Eclipse du temps" en collaboration avec des jeunes, pourquoi cette démarche ?

Lorenza Dormeuil, Nicolas Mareux et Jérôme Robert, âgés entre 25 et 29 ans travaillent avec moi et c’est à grâce à leur aide que je prends plaisir à écrire des romans. Je n’ai pas envie de frapper la porte des grandes maisons d’édition, je préfère travailler avec de jeunes réunionnais. Nous sommes comme une famille, ils m’aident et de mon côté j’essaye de les aider comme je peux. Je n’ai pas d’ambition financières, je souhaite juste partager ma réflexion.

Avez-vous des projets en cours ?

Oui actuellement je travaille sur "Jour de plaie", une chronique d’un viol domestique ordinaire dont l’histoire s’inspire de faits réels. Elle est coécrite avec Anifa Cassim, Présidente de l’association Stop aux violences sexuelles. Le roman doit sortir en 2017. J’ai également écrit un conte pour enfants petits et plus grands : " Lélé, la petite princesse (qui voulait tellement devenir elle-même)". Je suis également sur un autre projet nommé " Des lendemains radieux", un ouvrage dans lequel les puissances font disparaître le monde vivable mais dans un secret, un mutisme, un silence absolu, pour que personne ne s’en rende compte. Il s’agit d’un roman d’anticipation inspiré de certaines pensées d’Hannah Arendt : " L’homme moderne est un géant aveugle - Nous pourrions devenir les jouets et les esclaves (...) de nos connaissances pratiques, créatures écervelées à la merci de tous les engins techniquement possibles, si meurtriers soient-ils."

"La tête sous l’eau" aux éditions L’Eclipse du temps, disponible en librairie à La Réunion.
Plus d’informations sur L’Eclipse du temps

A lire aussi : www.reunionnaisdumonde.com/spip.php?article13699

Extraits du roman "La tête sous l’eau"




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