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En direct de Guyane : une Réunionnaise témoigne de la grève générale


Installée à Saint Laurent du Maroni en tant qu’éducatrice de jeunes enfants, Marion décrit ce lundi 27 mars 2017 la situation dans un territoire paralysé par la grève et les barrages routiers.

Lire aussi : Avoir 20 ans en Guyane : le témoignage de Marie-Anne Hoareau


Avertissement - Marion Dumoget : « Je ne prétends pas avoir tout compris de la situation en Guyane. Je ne porte pas de jugement et ne vise aucun fautif, mais je donne dans cet article ma vision de la situation selon mes connaissances et mon expérience personnelle ».


Pouvez-vous vous présenter ?

Agée de 26 ans et originaire de Petite-Ile à la Réunion, je suis éducatrice de jeunes enfants à Saint Laurent du Maroni, en Centre d’Action Médico Social Précoce au sein de l’association des PEP 973. Je travaille auprès d’enfants de 0 à 6 ans en situation de handicap et je suis donc régulièrement en lien avec les familles, sur mon lieu de travail ou à leur domicile dans le cadre de mes missions. J’ai fait ma formation à l’IRTS de Bras Panon et je travaillais auparavant dans le même type d’établissement à Saint Louis, Saint Pierre et Saint Joseph.

Qu’est ce qui vous a amené en Guyane ?

C’est l’opportunité d’un travail et l’intérêt d’une ouverture au monde et d’un enrichissement culturel qui m’ont amené à m’installer en Guyane. La Guyane est un immense territoire français, riche en faune, en flore mais aussi bien sûr riche de sa population diversifiée. Il s’agit d’un magnifique département qui souffre malheureusement d’une mauvaise réputation et qui est très souvent oublié.

Pouvez-vous nous décrire la situation sur place ?

Actuellement des barrages - certains tenus par les collectifs et d’autres dits "sauvages" c’est-à-dire improvisés - se dressent partout en Guyane et bloquent tous les trajets automobiles. Les barrages "sauvages" demandent parfois un péage pour passer (allant de 10 à 25€). D’autres filtrent les passages, ils font par exemple passer des voitures pendant cinq minutes toutes les heures, et d’autres encore sont bloqués sans filtrage. Les répercussions de ces blocages sont nombreuses : port bloqué, approvisionnements alimentaires non assurés, magasins dans l’obligation de fermer, manque de fournitures médicales pour les hôpitaux, impossibilité pour certains médecins, infirmiers ou autres de se rendre sur leur poste de travail…

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Aux chutes Voltaire près de Saint Laurent

Quelles sont les conséquences pour vous ?

Je me déplace à vélo et je limite mes trajets nocturnes par souci de sécurité. Les blocages sur Saint Laurent du Maroni restent globalement bon enfant, bien qu’aucune voiture ne passe. Il est agréable de circuler à vélo, les manifestants sont joyeux, organisent des rassemblements musicaux et partager des grillades. Mais toute l’association où je travaille est en chômage technique jusqu’à nouvel ordre. Nous ne pouvons pas fournir un accueil et des prises en charges aux usagers. Au niveau de l’accès aux soins, les principaux spécialistes sont basés à Kourou ou à Cayenne, à deux ou trois heures de route d’où je vis. Mieux vaut ne pas en avoir besoin en ce moment surtour si vous habitez en bordure de forêt, sur le fleuve, ou dans des kampu isolés...

Quelles sont les principales revendications de ce mouvement ?

1) La lutte contre la violence, car le département est un des départements dit les plus violents. Pour moi la question est, plutôt qu’une répression, comment canaliser et intéresser ces jeunes pour diminuer la violence ? Il y a très peu de formations qualifiantes en Guyane, et la prise en compte des cultures et traditions est assez faible.
2) la demande d’embauche au niveau local pour les projets actuels.
3) un meilleur accès aux soins et des moyens (financiers et matériels) pour les hôpitaux...
4) la lutte contre les projets d’extraction aurifère, liée à une demande de respect des terres des Amérindiens et aux dommages écologiques : déforestation, gaz à effet de serre…
5) la lutte contre l’orpaillage illégal et ses conséquences : mercure dans les fleuves, violences liées à l’or…

Avez-vous été surprise par ces événements ?

Non, la montée actuelle de ce mouvement ne me surprend pas vraiment. Les tensions sociales sont présentes et se ressentent au quotidien... C’est la grève des transporteurs chargés de transporter le lanceur Ariane 5 jusqu’au pas de tir qui a réellement lancé le mouvement. Le Centre Spatial Guyanais et son programme Ariane faisant office de vitrine nationale pour la Guyane, il semble logique que certains acteurs profitent de cette opportunité pour faire valoir leurs droits.

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Avec un Ara rouge sur l’île du Salut

Pour vous, quelles sont les raisons profondes de la crise ?

Bien des facteurs sont à prendre en compte dans cette montée des tensions... Le peuple guyanais ne se sent pas entendu et encore moins écouté. De plus, ici on parle une multitude de langues : les langues amérindiennes, les langues bushinengue, le brésilien, le créole guyanais, l’anglais guianéens, le français... Le peuple guyanais est divers, la communication n’est pas toujours facile et les attentes sont tout aussi diverses. Il n’est pas facile d’avoir une voix commune, mais petit à petit
la solidarité entre les Guyanais s’organise pour mieux se faire entendre…

Comment voyez-vous la suite des événements ?

Il est difficile de savoir combien de temps ils vont durer et à quel point ils vont se répercuter sur notre quotidien (alimentation, conditions de vie...). Les revendications sont nombreuses et touchent différents secteurs ; il me semble assez complexe de pouvoir toutes les satisfaire. En tout cas les solutions doivent être réfléchies en fonction de la réalité guyanaise… Avec les élections présidentielles, je ne sais pas s’il s’agit du meilleur timing pour avoir des réponses satisfaisantes. Mais les collectifs ne comptent pas lâcher l’affaire.

Quelles comparaisons peut-on faire avec la situation à la Réunion ?

La Guyane ressemble en certains points à la Réunion : métissage, nourriture... Mais à la Réunion les différentes cultures vivent plus facilement ensemble. La Réunion est le département le plus « avancé » des DOM, où nous avons par exemple accès à tous les types de soins de qualité. La Réunion est beaucoup plus desservie en transports en communs qu’en Guyane... Ici, il n’y a qu’une route qui relie toute la Guyane, les blocages sont donc plus catégoriques. Bien qu’il y ait également de l’immigration à la Réunion venant des îles environnantes, l’immigration se fait beaucoup plus sentir en Guyane car les frontières avec le Brésil et le Suriname sont très minimes : un simple fleuve à traverser en pirogue...

Voyez-vous d’autres points communs ?

La Guyane a un climat plus chaud et plus humide qu’à la Réunion. Il n’y a pas d’hiver, l’année est rythmée par la saison sèche et la saison des pluies. La Guyane est constituée de 98% de forêt, la faune et la flore y sont plus denses… Il n’est pas rare de croiser des serpents quand on s’éloigne un peu du centre-ville (grage, anaconda, boa...) ou même des caïmans près des rizières lors des saisons des pluies. Les multiples bébêtes se trouvent même dans nos maisons en ville : araignées, scorpions... Contrairement à la Réunion, nous n’avons pas de belles plages avec de l’eau bleue. Ici, les plages et fleuves sont plutôt sombres voire boueux. Et, très grosse différence : ici les letchis sont poilus ! (le ramboutan est un cousin de notre cher letchi !)


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Un toucan mange un fruit de palmier

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