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Le retour pimenté d’un Hoarau à la Sakay, dans le middlewest malgache


Depuis leur départ forcé de Madagascar à la fin des années 70, certains anciens fermiers réunionnais sont retournés à la Sakay. Après avoir fleuri quelques tombes, ils sont tous repartis bien vite en voyant ce que leur eldorado était devenu. Le fils de l’un d’eux a pourtant fait le choix, il y a quatre ans, de revenir là où il a passé les dix-sept premières années de sa vie. Après avoir dormi huit mois dans le coffre de sa voiture et un an dans un container, Jean-René Hoarau se sent à nouveau chez lui dans cette région où il cultive aujourd’hui du piment.


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À quelques kilomètres de Babetville, sur la route de Tsiroanomandidy qui file vers l’Ouest sans jamais rejoindre le littoral, l’hotely ne paye pas de mine mais va se révéler une bonne surprise. Pas seulement pour les petites pierres qui font concurrence aux grains de riz dans l’assiette, ni même pour les poules qui picorent sous les tables de la gargote, encore moins pour les tripes que notre voisin de table vient de commander, bafouant toute prudence alimentaire. “Monsieur Jean-René, bien sûr que je le connais. Je vais vous expliquer comment y aller”, dit le patron des lieux. Finalement Paul Rabenarivelo préfère griffonner un plan sommaire mais suffisant pour nous mettre sur les traces de Jean-René Hoarau. Il est le premier Réunionnais à s’être réinstallé dans ce coin de Madagascar où la présence réunionnaise de la grande époque de la Sakay n’est plus qu’un lointain souvenir. Coup de chance, le patron de la gargote a entendu parler de lui. Un vazaha qui pose ses valises presque en pleine brousse, évidemment ça attire l’attention, surtout quand il s’agit du fils d’un des anciens fermiers de la Sakay.

UNE INITIATIVE INDIVIDUELLE

D’autres avant lui ont été tentés de faire de même, mais ils ont rapidement plié bagages. La nostalgie est une chose, mais la dureté de la vie à la malgache en est une autre. Dans les années 50 et 60, tout était fait pour faciliter l’installation des colons réunionnais venus travailler la terre rouge et féconde de la Sakay. L’initiative de Jean-René Hoarau est individuelle et personne n’est venu l’accueillir à sa descente d’avion, il y a quatre ans de cela. Comble de malchance, il est arrivé à Madagascar au plus mauvais moment, en pleine crise politique, alors que Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana se disputaient le pouvoir. Pas évident dans ces conditions de s’installer dans un pays qui flirtait alors avec la guerre civile. “Du côté de l’ambassade de France, ça a été très clair, un peu dans le style - démerde à zot - ils m’ont reçu cinq minutes et c’est tout”, se souvient encore Jean-René Hoarau qui nous accueille sous son toit alors que nous débarquons à l’improviste.

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Au bout de quatre ans et après avoir dormi huit mois dans sa voiture et un an dans un container, le Réunionnais a enfin débuté son exploitation.

Impossible de manquer sa maison. Elle est la seule à des kilomètres à la ronde à avoir un toit en tôle. Pour ce qui est du confort, cela reste encore assez minimaliste. Une chaîne hi-fi trône dans un coin du salon, mais sans électricité l’appareil se cherche des raisons d’être. “Elle est venue avec le déménagement”, s’excuse presque Jean-René Hoarau qui prend avec philosophie son relatif isolement. Au milieu du Middle West malgache, à trois heures de route de la capitale de la Grande Ile, ici, bien sûr pas de téléphone et pour recevoir ou passer un appel depuis son portable, il doit encore faire trois kilomètres avant de trouver un peu de réseau. “Ce n’est pas évident tous les jours, j’ai passé six mois sans voir ma famille qui est restée à la Réunion”, lâche le quinquagénaire. Il s’empresse de relativiser en racontant les difficultés rencontrées au début de son installation, non sans un certain humour. Jean-René nous propose le tour du propriétaire : “La voiture là est très confortable”, commence-t-il en désignant une berline plus vraiment de la première jeunesse, “j’ai dormi dans le coffre pendant environ huit mois, mais ici les nuits sont moins fraîches qu’à Tana”. Quelques mètres plus loin, une échelle brinquebalante permet d’accéder à un container où notre immigré stocke le piment récolté, “je l’avais bien aménagé et j’y suis resté pendant un an en attendant que la maison soit construite”, poursuit-il en rigolant devant nos mines incrédules.

“IL FAUT CULTIVER SON JARDIN”

Qu’est ce qui a bien pu le pousser à s’embarquer dans une telle galère ? “On ne choisit pas son destin, on le subit”, répond Jean-René Hoarau. “J’étais dans l’administration et en 1981 j’ai pris une disponibilité pour tenter de revenir ici une première fois. Mais c’était encore l’ancien régime de Ratsiraka et ça n’a pas marché. Je suis reparti travailler en France pendant cinq ans et après j’ai obtenu une mutation pour la Réunion où j’ai travaillé à la préfecture jusqu’en 2002”, poursuit-il en hésitant un peu à se confier. “Ici, c’est une affaire d’émotion, tous ceux qui ont connu Madagascar et qui reviennent ne peuvent s’empêcher de frissonner et d’avoir les larmes aux yeux. Je sais bien que je ne suis pas vraiment chez moi, mais j’ai investi tout mon patrimoine. Je me sens bien dans ma peau ici, beaucoup plus qu’à la Réunion”, avoue le Réunionnais qui est venu à Madagascar pour la première fois à l’âge d’un mois.
Peut-être compte-t-il y finir maintenant ses jours, qui sait ? En attendant il essaye de vivre de son travail avec une première expérience de culture du piment et un peu de manioc. “Je tire la langue depuis quatre ans”, avoue Jean-René Hoarau, même s’il ne semble pas vraiment se décourager. “Mon objectif, c’est de monter quelque chose ici. Travailler pour soi avec l’intention de réussir, ce n’est déjà pas si mal, surtout que le climat est bon et finalement ce n’est pas désagréable ici, non ?”. “Il faut cultiver son jardin”, écrivait Voltaire en guise de morale de son Candide. La recette du bonheur, celui qui reste à construire en trouvant sa voie et sa vraie nature est peut-être bien aussi simple, en tout cas c’est le chemin qu’a choisi d’emprunter Jean-René Hoarau.

Textes : Pierre Leyral - Clicanoo.com Photos : William Childéric - Sakara press

Comment s’improviser agriculteur

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Sakay n’est pas seulement le nom d’une rivière et de la région qui entoure Babetville, en Malgache cela veut dire piment.

Pour réaliser son rêve de retour à Madagascar, Jean-René Hoarau s’est improvisé agriculteur. “Il y a d’immenses possibilités ici. Il faut juste les moyens et de la volonté mais aussi accepter de se retrousser les manches et d’avoir les pieds dans la merde”, explique-t-il en reconnaissant n’être au départ “pas du tout fermier”. Avec pour seuls bagages un certificat d’études, ses économies et un container avec quelques machines agricoles venues de France, il a décidé de tenter l’aventure sur trois hectares à quelques kilomètres de la Sakay où il a vécu jusqu’à l’âge de 17 ans et demi. “Mon père était fermier ici de 1953 à 1971”, raconte le Réunionnais qui loue un terrain en bordure de la route de Tsiroanomandidy. Un héritage génétique lui aurait-il donner le goût de travailler la terre après une carrière dans l’administration ?

LES VACHES DU PRÉSIDENT

“J’ai commencé par faire du piment, ici les conditions ne sont pas trop bonnes pour l’élevage et il faudrait faire de gros investissements. C’est un essai, mais je ne peux pas le commercialiser à la Réunion, il me faudrait de plus grosses quantités avec cinq ou dix hectares plantés en piment martin, le meilleur au goût. C’est étonnant, ici le piment pousse tout seul au bord de la rivière, mais personne n’a encore fait vraiment de culture”, s’étonne Jean-René Hoarau qui s’essaye aussi à la culture du manioc. “J’ai encore quinze hectares que je n’ai pas encore labourés, je vais peut-être bien y faire du poivre rose qui est très demandé ou du manioc à plus grande échelle. Il y a deux ans, on ne trouvait même pas de semences, j’ai commencé par en planter une dizaine et après tout autour du lac”, poursuit-il en désignant le petit étang voisin de sa maison.
Beaucoup plus mécanisé que les autres agriculteurs de la région, Jean-René rentabilise ses tracteurs en labourant les terres de ses voisins en attendant de mettre en valeur celles qu’il loue. Malgré l’immensité des paysages, les terres les plus intéressantes sont rares. Celles qui restent sont souvent très difficiles d’accès dans une région dont le développement agricole reste encore embryonnaire malgré quelques initiatives spectaculaires. L’entreprise du chef de l’Etat malgache, Tiko, a déjà investi à quelques kilomètres de là, comme le raconte Jean-René Hoarau : “Il y a deux ans, ils ont fait 200 hectares de prairie et fait rentrer un premier lot de plus de 900 vaches laitières, j’ai pu visiter les installations avec le président de région”. La route qui n’était qu’une piste cahoteuse a été largement améliorée depuis, “ça ne sert pas seulement aux vaches du président, mais à tout le monde, alors vous savez ce que j’en pense”, note-t-il, un brin philosophe.

“Il faut dire la vérité sur la Sakay”

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Les vestiges de l’aventure agricole réunionnaise finissent de rouiller dans les rues de Babetville.

Fils de fermier et ayant vécu lui-même jusqu’à l’âge de 17 ans dans la région, Jean-René Hoarau garde un souvenir ému de la grande époque de la présence réunionnaise dans cette région de Madagascar. “Il faut dire quand même la vérité sur la Sakay. On avait un niveau de vie correct, c’est vrai, mais on y arrivait en travaillant dur. Ce n’était pas l’eldorado, sauf peut-être pour les fonctionnaires qui venaient ici. A l’époque un instituteur gagnait 300 000 francs malgaches par mois alors qu’un fermier touchait un salaire de 15 000 FMG du Bureau de développement pour la production agricole”, précise-t-il. Sur les relations avec leurs voisins malgaches, cet ancien de la Sakay a aussi son mot à dire : “On avait de bons contacts avec la population locale, moi-même j’ai gardé des liens avec les enfants du maire de l’époque. Après, la politique s’en est mêlée”.
La politique c’est l’arrivée au pouvoir de dirigeants malgaches beaucoup moins bien disposés à l’égard de la France que leur prédécesseur le président Tsiranana. Avec le général Ramanantsoa puis Didier Ratsiraka, les jours de l’expérience réunionnaise de mise en valeur de la Sakay étaient comptés. La famille de Jean-René Hoarau n’a pas attendu le dernier moment pour quitter les lieux. “Je me souviens que l’ancien maire de Babetville était un grand ami de mon père. Il lui a fait comprendre de ne pas investir plus ici alors qu’il allait passait en contrat de fermier libre. On a tout vendu et nous sommes partis comme ça, un soir, sans rien dire à personne. On a atterri au Tampon où mon père est mort cinq mois plus tard dans un accident bête”.

UNE MAIN DEVANT, UNE MAIN DERRIÈRE

Attablé devant un café, Jean-René Hoarau égrènent les souvenirs du temps révolu de son adolescence dans un pays qui l’a marqué à tout jamais. Entre la Sakay d’hier et celle d’aujourd’hui, les pièces du puzzle ne s’imbriquent plus vraiment. Les changements sautent aux yeux pour ceux qui ont connu la région dans les années soixante et soixante-dix. “Au maximum il y a eu, je pense, un millier de Réunionnais ici”, estime le fils de fermier. À l’époque, la Sakay pouvait s’enorgueillir d’avoir “la deuxième plus grosse porcherie du monde avec jusqu’à 1 500 truies naisseuses qui alimentaient en permanence les élevages des fermiers en porcelets. De là à dire que les fermiers vivaient bien, non, quelques-uns ont réussi c’est vrai. Mais on a fait croire aux fermiers que la terre qu’ils cultivaient allait leur appartenir, je connais même certains des premiers arrivés à la Sakay qui ont des titres de propriété”. Les autres ont abandonné le rêve malgache bien souvent une main devant, une main derrière, avec pour seul viatique un maigre baluchon et beaucoup de regrets.
“On a laissé sur place beaucoup d’infrastructures et de matériels”, reconnaît-il sans trop s’étendre sur l’utilisation qui a été faite ensuite de ce legs de l’Etat français et du département de la Réunion. Ses souvenirs, il a bien du mal à les partager aujourd’hui avec ses voisins malgaches. “Les habitants du coin sont venus d’autres régions de Madagascar, ils se sont installés pour la plupart d’entre eux après le départ des Réunionnais à la fin des années 70, ils ne connaissent pas la Sakay”, reconnaît Jean-René Hoarau. Les élèves malgaches avec lesquels il a partagé les mêmes bancs d’école sont loin eux aussi. “Ils sont partis à Tana ou à l’étranger, il ne doit en rester qu’un ou deux”, assure celui qui a été l’élève de Jules Bénard, un autre passionné de Madagascar.

Pour en savoir plus

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L’aventure réunionnaise de la Sakay est l’un des chapitres les plus passionnants de notre histoire contemporaine. Vécue par nombre de nos compatriote comme “un énorme gâchis” cette expérience de mise en valeur des terres malgaches par des colons réunionnais aura duré un quart de siècle. Encore aujourd’hui cette histoire reste solidement ancrée dans la conscience collective réunionnaise. Elle explique en partie les réticences de nos compatriotes à l’égard de la Grande Ile où rares sont encore ceux à vouloir investir. Echaudée par la débâcle de la fin des années 70 où un cortège de Réunionnais ont dû plier bagages dans une précipitation qui rappellent le triste sort des pieds noirs d’Algérie, La Réunion doit tirer les leçons de son passé. Encore faut-il le connaître et pour ceux que l’histoire de la Sakay intéresse on ne peut que leur recommander de se replonger dans la passionnante série publiée sous la rubrique Témoins de l’Histoire dans Le Journal de l’Ile de la Réunion entre juillet et septembre 2005. Vous pouvez retrouver ces articles notamment sur le site du JIR à l’adresse suivante : www.clicanoo.com

Remerciements : William Childéric - Sakara Press

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