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Violences en Afrique du Sud : Philippe Caussanel témoigne


La rubrique 974 World News réalisée en partenariat avec Le Quotidien donne la parole à des Réunionnais qui témoignent de l’actualité dans leur pays d’adoption. Philippe Caussanel, natif de Saint-Benoît, s’est installé près de Cape Town depuis quatre ans. Avec son épouse, il y gère une agence de voyage dite “réceptive” et organise des séjours en Afrique du Sud pour les tours opérateurs étrangers et pour les particuliers. Nous l’avons interrogé suite à l’assassinat d’Eugène Terre’Blanche, leader extrémiste pro-apartheid pour qu’il nous donne son avis sur le climat social qui règne en Afrique du Sud. Alors que les médias étrangers relèvent un renforcement de ce qui est présenté comme du racisme anti-Blancs, Philippe Caussanel relativise les faits et refuse la généralisation de ces tensions à l’ensemble du pays.


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Philippe Caussanel
Philippe Caussanel porte un regard lucide sur les inégalités qui perdurent en Afrique du Sud mais il ne perçoit aucune radicalisation des tensions entre Blancs et Noirs.

Comment avez-vous appris l’assassinat du leader pro-apartheid Eugène Terre’Blanche ?

Nous l’avons appris par la presse écrite mais cette information ne faisait pas la une des journaux.
Nous avons reçu en même temps des courriels d’amis installés en France et inquiets à la lecture de la presse internationale.
Ce n’est pas la première fois que nous constatons ce décalage entre la réalité sud-africaine et la façon dont les médias relatent cette réalité.

Comment réagissent les Sud-Africains à cette nouvelle ?

La réaction des Sud-Africains a été très mesurée.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cela.
Tout d’abord, Eugène Terre’Blanche qui a été une figure de l’extrême droite sud-africaine dans les années 1980, ne représente plus grand-chose sur l’échiquier politique.
De plus, il est apparu très rapidement que le mobile du crime n’était pas politique, mais bien crapuleux.
Enfin, même la réaction violente des représentants de l’AWB (organisation d’Eugène Terre’Blanche) qui ont promis de venger leur ancien leader n’a pas eu de retentissement.

Est-ce que les provocations de Julius Malema, président des Jeunes de l’ANC, qui dans une chanson, appelle au meurtre des fermiers blancs, trouvent une audience importante au sein de la population ?

Depuis la fin de l’apartheid, il existe un consensus au sein de la classe politique sud-africaine, un langage commun d’unité nationale. On sait que l’équilibre de la société est fragile.
Dans ce contexte, Julius Malema, le président très controversé des Jeunes de l’ANC joue sur du velours et se démarque en jouant systématiquement la provocation.
L’Afrique du Sud étant sous les feux de la rampe parce qu’elle accueille la Coupe du Monde, les propos de Malema font souvent les gros titres mais, pour l’instant, on ne peut pas dire qu’il trouve une audience importante au sein de la population. Il a plutôt le rôle du bouffon ou de l’épouvantail.
Il a par exemple récemment soutenu le dictateur Mugabe au Zimbabwe et loué sa politique agraire de redistribution des terres. Ce genre de prise de position ne peut que le discréditer car tous les Sud-Africains savent que cette politique est une catastrophe. Le Zimbabwe qui était “le grenier de l’Afrique” ne produit plus rien, le gouvernement s’étant borné à réquisitionner des terres et à y installer de force des personnes qui ne connaissent rien à l’agriculture.
Par ailleurs, le porte-parole de l’ANC, parti au pouvoir, vient officiellement de condamner l’attitude de Malema qui, lors d’une conférence de presse, a fait expulser de la salle un journaliste de la BBC.
Ceci étant, si le gouvernement n’arrive pas à relever les défis sociaux du pays, le discours démagogique de Malema risque de séduire un certain nombre de Sud-Africains qui souffrent et ne voient aucune amélioration dans leur vie quotidienne.

Partagez-vous l’avis des médias occidentaux qui voient dans cet événement l’illustration d’un renforcement des tensions raciales entre Noirs et Blancs ?

Nous ne partageons pas du tout cette analyse et nous pensons qu’il est bon de rétablir certaines vérités.
La criminalité est importante en Afrique du Sud et les premières victimes en sont les Noirs.
En revanche, il est vrai que bien des fermes sud-africaines isolées représentent des cibles faciles.
On pourrait penser que ces agressions sont perpétrées par des employés très mal payés et parfois mal traités par leur patron. Or la réalité montre qu’il s’agit souvent de gangs extérieurs.
Enfin, certains éléments parus dans la presse étrangère ne correspondent pas à la réalité.
L’article paru dans le Quotidien en ligne sous le titre Des inégalités toujours aussi brutales parle de “tension extrême entre Blancs et Noirs”. Il généralise à l’ensemble du pays une situation particulière, celle que vient de connaître la ville de Ventersdorp, fief du parti de Terre’Blanche. Cette tendance à la généralisation peut virer facilement vers une “presse à sensation” qui donne une image fausse du climat sur place.

Ici, le film Invictus a fait un tabac. Pouvons nous croire à l’image idyllique qu’il véhicule ?

« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et accomplir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir » (Procès de Rivonia, 1963)
Ce message, Nelson Mandela n’a jamais cessé de le proclamer, depuis le début de son combat politique jusqu’au moment de sa libération en 1990.
En 1994, le pays était au bord de la guerre civile. Pour s’en convaincre, il suffit de lire l’excellent livre de John Carlin “Playing the enemy” qui a servi de support au film Invictus.
Il serait donc illusoire de penser que la seule Coupe du Monde de rugby en 1995 aurait suffi à réconcilier un peuple déchiré pendant des décennies. Mais le génie de Mandela lui a permis non seulement d’éviter la guerre civile mais aussi de “retourner” des Blancs jusque-là perplexes quant aux intentions de la nouvelle équipe au pouvoir. Quelle leçon !

L’équipe des Bafana Bafana est-elle soutenue par tous les Sud-Africains ou seulement par les Noirs ?

L’équipe des Bafana Bafana est avant tout soutenue par les Noirs, il faut le reconnaître. Les Blancs ne s’intéressent pas au football. Pour eux, seuls comptent le rugby et le cricket. Mais on ne désespère pas de les voir changer d’avis surtout si l’équipe nationale produit un jeu séduisant et fait un parcours honorable lors de la Coupe du Monde. Il est toujours plus facile de supporter une équipe qui gagne, et avec panache si possible.

A quelques semaines de la Coupe du Monde, que peuvent craindre les supporters ?

Ils risquent seulement d’être déçus par leur équipe si elle perd ! Pour le reste, le pays a mis les petits plats dans les grands. Imaginez, la première Coupe du Monde de la FIFA sur le continent africain et l’Afrique du Sud centre du monde pendant un mois !
Tous les Sud-Africains sont fiers du travail accompli : les constructions et rénovations de stades et d’aéroports et l’extension du réseau routier par exemple.

Que reste-t-il de l’apartheid dans votre environnement ?

Je pense que l’image la plus forte est sans doute celle des “townships” en bordure des villes. Le gouvernement a lancé des programmes de construction de logements sociaux mais les besoins sont tellement énormes que les bidonvilles ne disparaîtront pas du jour au lendemain.
Un autre aspect est celui de l’éducation. La majorité des Noirs, faute de moyens, ne peuvent envoyer leurs enfants dans des écoles de qualité. Ici, toutes les écoles, publiques ou privées sont payantes. Quand les écoliers noirs peuvent aller jusqu’au bout de leur cursus, leurs formations ne sont pas valorisées sur le marché de l’emploi.

Interview réalisée par Franck Cellier parue sur lequotidien.re

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