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Vincent Grondin, 40 ans, coordinateur de vol à Genève en Suisse


Musicien, écrivain, de nationalité suisse par sa mère, Vincent a finalement atteint l’objectif qu’il s’était fixé : travailler dans l’aéronautique. Coordinateur d’opérations de vol au sein d’une compagnie d’aviation d’affaire ("Jets privés"), il travaille sur l’aéroport de Genève.


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Vincent Grondin
En pleine démonstration de séga : "Je demeure persuadé que tout Réunionnais qui a "sauté la mer" doit se sentir investi d’une mission : celle de redonner le sourire aux visages crispés qui l’entourent, celle de l’hospitalité créole, de la gastronomie, de la musique, des traditions..."

D’où êtes-vous à la Réunion ?

"Je suis né à St Denis mais j’ai vécu et grandi au Tampon 400, d’où je suis parti à l’âge de 19 ans. Mon père était manipulateur en électroradiologie à l’hôpital de Terre-Sainte, et ma mère éducatrice spécialisée à Bois d’Olives. Une famille de trois enfants, nous étions donc ce que l’on appelle les "classes moyennes". Nous vivions simplement, n’achetant jamais de voiture neuve ni de beaux meubles, car tout l’argent de mes parents passait dans les vacances que nous passions tous les deux ans en Suisse, pays d’origine de ma maman".

Dans quelles conditions avez-vous été amené à quitter l’île ?

"Après avoir passé mon Bac au Lycée Roland Garros du Tampon, j’ai rejoint l’université de St Denis en faculté de Géographie. J’ai toujours voulu faire carrière dans l’aéronautique, milieu qui me passionne. Or, après avoir été victime de belles promesses non tenues par l’Armée de l’Air (changement arbitraire des critères d’admission), j’ai décidé de profiter du service militaire pour quitter l’île "aux frais de la Princesse" comme on dit".

Racontez-nous votre parcours.

"J’ai débarqué à Laval pour faire mon service militaire dans les transmissions de l’Armée de Terre. C’était fin novembre, il faisait froid, mais j’étais heureux d’avoir quitté mon petit "caillou" où je tournais en rond. Eh oui, j’avais soif de grands espaces, peu en importait le prix. Au régiment, nous étions une vingtaine de créoles, dont certains (les pauvres) n’avaient pas demandé à partir de la Réunion ! Il fallait les voir, "zot té y pleure zot momon" !
Pour leur remonter le moral, les week-ends lorsque nos camarades "zoreils" étaient rentrés chez eux et que nous autres, domiens, restions à la caserne, nous préparions des "carrys poulet" et autres festins "pays" de manière à redonner sourire et espoir à ceux dont la séparation de l’île natale était devenue insupportable. Que de souvenirs ! Contingent 86/12 au 38e RT de Laval, si jamais quelqu’un se reconnaissait, merci de m’envoyer un petit message !"

Et ensuite ?

"Après l’armée, les études me manquaient. Je me suis donc inscrit à la Faculté de Sciences Economiques et Sociales de l’Université de Genève. Etant suisse par ma mère et la maison familiale de vacances se situant en Haute Savoie, à deux pas de la frontière suisse, cela me facilitait la vie. J’avais toujours dans l’idée de me rapprocher du monde de l’aéronautique, et pourquoi pas en empruntant la filière "gestion". Puis, après deux années à l’Université de Genève, ayant rencontré la femme de ma vie, je décidai de renoncer à continuer les études et me précipitai dans la vie active".

Qu’avez-vous fait ?

"Je commençai par être embauché comme comptable au sein d’un important tour opérateur japonais, dans la filiale de Genève. La Suisse avait plusieurs avantages pour moi : 1) le système était différent de la France, on n’attendait pas de vous un étalage de diplômes. On vous demandait un minimum, puis vous aviez une période d’essai (généralement de trois mois) à l’issue de laquelle employeur et employé pouvaient convenir de poursuivre ou non le contrat de travail. 2) Le niveau de vie en Suisse étant plus élevé, habiter en France et traverser la frontière pour travailler procurait des avantages certains en matière de revenus. A l’époque, un franc suisse (CHF) équivalait à 4,25 FRF. (Depuis l’Euro, c’est le CHF qui est plus faible...) 3) Possédant la nationalité suisse par ma mère ("eh oui, moin c’est un zoréole"), je n’avais pas besoin de permis de travail".

Comment avez-vous rejoint le milieu de l’aviation ?

"Quelques années plus tard, à la suite d’un licenciement pour raisons économiques (le tourisme était en crise), j’en ai profité pour frapper à diverses portes dans le milieu qui m’attirait, et c’est comme cela que je fus engagé en 1994 par une compagnie d’aviation d’affaires, pour travailler en plein coeur du centre opérationnel de la compagnie. Ce fut une aubaine pour moi, car 14 ans après, j’y suis encore et fais partie des "anciens". Je dirige une équipe opérationnelle de cinq personnes et représente l’entreprise lors de certains séminaires à l’étranger, lorsqu’il s’agit notamment de nouveaux logiciels et de nouvelles procédures".

Quels sont vos projets ?

"Professionnellement parlant, je suis satisfait de mon métier et des perspectives qu’il m’offre, ainsi que de tous les contacts enrichissants qui se sont liés d’année en année avec différents partenaires. Mes projets actuels se situent plutôt dans d’autres domaines. Il y a tout d’abord la musique, un univers que je n’ai jamais quitté depuis mon départ de la Réunion. Ayant fait partie de diverses formations en tant que guitariste, je viens de me lancer dans un projet qui me tient à coeur depuis longtemps : faire de la musique réunionnaise "évolutive", c’est à dire prendre les bases rythmiques que sont le séga et le maloya, pour les travailler avec mes influences jazz et latino-américaines. J’ai baptisé ce style le "séga-maloya-fusion" ! Et puisqu’ aujourd’hui il faut une étiquette, on classera cela sous le terme générique de "World Music" (ce qui veut tout et rien dire à la fois, selon moi)".

Quel est votre objectif ?

"A travers notre musique réunionnaise, mon objectif est de mieux faire connaître notre île dans le monde, et tout particulièrement "dann’ péï la fré" au milieu de la grisaille et du stress ambiant. Quelle plus belle devise que celle de la Réunion ? "Florebo Quocumque Ferar" (Je fleurirai partout où je serai porté). Ces mots me procurent une telle énergie, que j’ai décidé de baptiser mon groupe "FLOREBO", en hommage à notre île. Je demeure persuadé que tout Réunionnais qui a "sauté la mer" doit se sentir investi d’une mission : celle de redonner le sourire aux visages crispés qui l’environnent, celle de l’hospitalité créole, de la gastronomie, de la musique, des traditions... C’est cela que je compte faire à l’aide de Florebo (www.florebo.net)".

Parlez-nous aussi de la littérature.

"Mon second projet se situe sur le plan littéraire. J’aime écrire (vous en doutiez ?) et je viens de publier mon premier ouvrage, un roman intitulé "Ailleurs n’est jamais assez loin", aux éditions Le Manuscrit (Paris) (site : www.manuscrit.com), code ISBN : 978-2-304-00710-7".

Que vous apporte l’expérience de la mobilité ?

"Premièrement une ouverture (indispensable) sur le monde. Ensuite des perspectives que naturellement, j’aurais difficilement pu connaître si j’étais resté vivre sur l’île. Il y a également les voyages, les contacts et les liens tissés avec des gens d’autres pays, la pratique des langues étrangères. Je crois que c’est un ensemble".

Qu’est-ce qui vous manque de la Réunion ?

"Mais voyons... La Réunion elle même ! (Rires) Non, je veux dire par là que j’y vais trop peu souvent, malheureusement, du fait que nous sommes cinq à voyager et en période de vacances scolaires, cela revient très cher. Pour vous donner une idée, cela fait aujourd’hui six ans que je n’ai pas mis le pied sur mon île natale ! C’est trop ! Il y aurait beaucoup à dire sur le soi-disant "dispositif de continuité territoriale" qui pour moi est inexistant".

Qu’entendez-vous par là ?

"Je ne dis pas qu’on n’aide pas les Réunionnais à venir en métropole, par contre dans l’autre sens, c’est le néant ! Pourtant, si on regarde bien les choses, nous autres, Réunionnais qui avons choisi de quitter l’île, avons contribué à lui rendre service, que ce soit en désengorgeant le marché du travail, du logement, mais aussi la démographie. Si nous n’étions pas aussi nombreux à émigrer, quelle serait selon vous la population actuelle de la Réunion ? Et le taux de chômage ? Et la crise du logement ?"

Que faut-il faire ?

"Il conviendrait de proposer aux familles de Réunionnais vivant en métropole (et à l’étranger) une réduction conséquente sur les tarifs aériens, financement que l’on pourrait prendre en réduisant par exemple les gratuités offertes à certains fonctionnaires territoriaux (qui, eux, font régulièrement l’aller-retour plusieurs fois par an). Finalement, pour revenir à votre question initiale, ce qui me manque de la Réunion, c’est l’île elle-même ! Car si j’ai choisi de ne pas y vivre, j’ai quand même envie d’y aller régulièrement en vacances avec ma famille".

Quel est votre regard sur la situation socio-économique de l’île ?

"N’étant pas entièrement au courant des données économiques et sociales actuelles, je ne puis donner qu’un sentiment d’ensemble. Il y a du bon et du mauvais. Le bon ce sont les idées innovantes, les initiatives en matière de tourisme, de protection de l’environnement, en matière de développement durable, de renouveau de l’artisanat, ainsi que naturellement (et j’y suis particulièrement sensible) du point de vue culturel : musique, spectacle vivant, festivals..."

Et le mauvais ?

"Le mauvais, c’est le consumérisme à outrance, ce sont ces files de voitures (neuves !) qui bouchonnent le réseau routier réunionnais. C’est, encore et toujours, la politique du crédit facile, des subventions, allocations et aides diverses qui encouragent et développent la mentalité de l’assistanat. Et pour finir, voilà que l’on se met à copier les mauvaises habitudes européennes : on ne se voit plus autant qu’avant, chacun chez soi, on ne peut plus rendre visite sans avoir téléphoné et pris rendez-vous, etc. Je me permets de dire cela car j’ai frère, soeur et parents qui y vivent et me relatent le quotidien de la Réunion "komélà".

Quels ont été les avantages / inconvénients du fait de venir de la Réunion dans votre parcours ?

"Pour ma part ce ne sont que des avantages ! La petite lueur dans le regard de votre interlocuteur, son sourire lorsqu’il apprend d’où vous venez, cela créée toujours un petit "plus".

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

"C’est souvent une image surfaite (l’île tropicale, cocotiers, plages...) et les gens s’étonnent que je ne sois pas "typé". Par contre ceux qui connaissent la Réunion pour y avoir été en gardent toujours une image extraordinairement positive. D’autres, qui n’y sont jamais allés, mais se sont documentés, rêvent de la découvrir. Parmi ceux-ci, nombre de gens ont "subi" de ma part un briefing avant de partir, puis sur place grâce aux gens de ma famille, ont pu découvrir notre île bien mieux que s’ils y avaient été sans aucun contact".

Vous même, quel est votre regard sur la région où vous vivez et ses habitants ?

"C’est assez paradoxal. J’aime beaucoup la région du bassin lémanique. On y est proche de la nature (pour ma part je n’ai jamais été un citadin), le paysage est magnifique l’été, avec le Lac, ses eaux transparentes et les nombreux loisirs nautiques associés, la montagne, les Alpes, le Jura, les balades en forêt, etc. Genève est une ville internationale, mais ce n’est pas une grande ville. L’agglomération elle-même n’est guère plus grande que St Denis. Et depuis le centre ville, si vous n’êtes pas aux heures de pointe, en un quart d’heure maximum vous êtes dans la nature !"

Quel est votre cadre de vie ?

"Je réalise l’avantage de travailler sur un aéroport international, tout en habitant la campagne, puisque ma femme, mes enfants et moi vivons dans une villa située en bordure d’un bourg de 4000 habitants, à quelques kilomètres de la frontière suisse, et que la distance qui me sépare de mon lieu de travail est de 22 km. C’est un choix qui nous offre une qualité de vie bien différente de ce qu’ont pu connaître nombre d’amis et de cousins réunionnais qui vivent en région parisienne (ce que pour ma part je n’aurais jamais supporté de faire)".

Et les habitants ?

"Les Suisses comme les Savoyards ne sont pas très expressifs, et d’un abord plutôt froid. Mais si vous avez su les conquérir, leur amitié est fidèle. Sinon, Genève est un "melting pot" extraordinaire. Je fais moi-même partie d’un cercle d’artistes venus de tous bords, antillais, africains, latino-américains, et parfois asiatiques, avec lesquels je partage ma créolité, aussi bien au niveau musical et artistique que culinaire".

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Réunionnais ?

"Comme disait Ti Fock "Y fô laisse allé !" Ne restez pas enfermé sur votre île, parcourez le monde, mélangez-vous aux autres, mais surtout ne perdez jamais votre âme réunionnaise, au contraire, mettez-la en avant, faites qu’elle soit toujours un "plus". Pour résumer, n’oubliez jamais votre mission : faire fleurir la Réunion partout où vous la porterez ! "

Que pensez-vous du site www.reunionnaisdumonde.com ?

"C’est une très bonne initiative, je souhaite qu’il grandisse encore et encore, en s’enrichissant des témoignages de notre communauté. Je suis inscrit depuis plusieurs mois et cela m’a permis entre autres de renouer contact avec un ami d’enfance, Réunionnais vivant à Porto !"

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