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L’île de la Réunion en 2043 au coeur d’une identité francophone romanesque


Extrait du roman Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire. Nous sommes bien en 2043, Année-centenaire de certains grands événements ! Amith Khan est un jeune retraité de la fonction publique. Il vient d’avoir 67 ans. Il vit sur l’île française magnifique de La Réunion, région ultra-périphérique de l’Europe dans l’océan Indien. Il a voyagé partout dans le monde. Toutefois, un endroit a été omis volontairement.


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Mais un jour, le voile est levé. Ses enfants lui offrent un séjour complet de trois semaines, pour partir à destination de l’île de Nosy-Bé (Madagascar) - espace insulaire dans le canal du Mozambique, qu’il n’a pas revu depuis ses 18 ans - où il a passé les premières années de sa vie.

Après avoir fait escale à Tananarive (la capitale mégapole tentaculaire), et avoir survolé la magnifique baie de Diégo-Suarez, il rencontre là-bas, son ami d’enfance, Roger qui est devenu entre temps un taxi-man.

Un demi-siècle s’est écoulé entre son enfance et sa retraite.

Que lui réserve ce voyage hors du commun à travers les couloirs du Temps à la découverte des secrets de la Mémoire, enfouis dans les labyrinthes de cette île splendide, de sa capitale Hell-Ville et de ses villages alentour ?

Dans l’avion qui nous ramenait ce jour du 21 avril 2043, vers ma petite île adoptive de La Réunion, je me suis rap-pelé cette journée du 10 Août 1994, où je l’avais découverte la première fois…à travers le hublot du Boeing 737 d’Air Austral, comme un sapin de Noël, flottant dans la mer océane, avec ses lumières qui scintillaient sur le littoral, contrastant avec la douleur de mon cœur, les émotions de ma mémoire et la couleur de la nuit lors de l’atterrissage. Comme pour donner un nouvel espoir, une nouvelle ouverture, un nouvel élan, un nouveau combat à toutes mes ambitions, et à la réalisation de tous mes rêves, je me suis souvenu avoir atterri sur cette autre île que j’aime du fin fond de mon cœur. Mon but était, avant tout, de pouvoir rendre hommage à tous ces êtres exceptionnels qui ont marqué ma vie, qui m’ont donné la vie et qui m’ont donné une certaine grande idée de l’Ecole, dont j’ai été toujours imprégné tout au long de ma carrière.

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Je me suis donc rappelé ce 10 Août 1994, quand - rêveur, romantique, passionné, combattif, impulsif, ambitieux et volontaire, et marqué par la vie, devenu adulte prématurément, - j’ai débarqué sur cette île d’espoir - dont je suis devenu un enfant adoptif, un réunionnais de cœur - pour graver plusieurs pages de ma destinée, plusieurs couleurs et parfums de mon histoire.
Je me suis rappelé dans la foulée des émotions que ce jour-là, en réalité, mon premier contact avec la terre réunionnaise ne datait pas de 1994 mais de 1982 (j’avais 6 ans), quand j’ai touché pour la première fois, au cours d’une activité d’éveil, à l’école Lamartine, deux morceaux de laves pétrifiées du volcan Piton de La Fournaise. Je ne me doutais pas à l’époque, que c’est sur cette même île volcanique que j’allais écrire plusieurs pages de ma destinée.

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Ce jour-là, dans l’avion, les yeux fermés, des images défilaient, silencieusement, dans le secret de ma conscience, dans un petit coin chaleureux de mon cœur. En effet, sur le vol qui avait duré deux heures, ce 10 août 1994, j’avais fait une rencontre magnifique ; elle était assise à ma gauche. Elle était belle, élégante, passionnée, impulsive, fou-gueuse, aimant les aventures sans lendemain, et croquant la vie à pleines dents. Elle s’appelait Sharon-Wesley. C’était une jeune étudiante anglaise, inscrite en licences de Droits et de Lettres Modernes, qui se passionnait, parallèle-ment, pour la petite et la grande Histoire. Très vite, on avait sympathisé. Elle était à la Réunion pour six mois, dans le cadre du programme « Globe Etudes Ambulantes Européennes (GEAE) ». Ce plan était destiné aux étudiants européens désirant faire leurs études dans un autre pays membre de l’Europe, que le leur.

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La rencontre, entre deux énergies, deux passionnés, avait créé une étincelle. Je me souviens que dans l’avion, elle m’avait posé, dans la langue de Molière, avec un joli accent shakespearien, une question un peu insolite :

« - Quel est le lien, m’avait-elle demandé, entre les maîtresses des rois de France et la Révolution française ?
Après quelques minutes de ré-flexion, je pensais avoir trouvé la réponse.

- Les rois qui ont eu des maîtresses, n’ont pas été guillotinés ! Lui avais-je répondu.

- C’est vrai, me disait-elle. Si on regarde les amantes les plus connues : La belle Diane de Poitiers était la maîtresse de François 1er, et de son fils Henri II. Gabrielle d’Estrées et Henriette d’Entragues furent celles d’Henri IV. Louis XIII a eu en plus de ses Mignons, des attirances pour Mademoiselle d’Hautefort et Louise de La Fayette. Marie Olympe et Hortense Mancini, Louise de la Vallière, Athénaïs de Montespan, Claude de Vin des Œillets, la marquise de Maintenon, furent celles de Louis XIV. Les sœurs Mailly-Nesle, la marquise de Pompadour, Madame Du Barry, pour les plus célèbres, furent celles de Louis XV.

- Même en période de révoltes, rajoutai-je alors, les maîtresses ont été de merveilleux fusibles antirévolutionnaires, du point de vue des historiens. Par contre, dans la tête des gens de l’époque, la misère du peuple et les périodes de crise et de guerre leur incombaient, car elles faisaient dépenser les monarques sans compter ! En plus, ce qui est véridique, c’est que la misère et les souffrances du peuple étaient proportionnelles au nombre de maîtresses qu’avait le roi ! Par exemple, Louis XIV a eu près de 40 maîtresses successives ou simultanées, au cours de son règne qui fut, par ailleurs, un des plus sombres de l’Histoire de France, et sans doute le plus misérable à cause des pénuries, des famines, des révoltes paysannes et des guerres interminables entre les puissances européennes !

- Eh oui ! me disait-elle. En revanche, le seul roi qui n’a jamais eu de maîtresses, ni en pensées, ni en réalité et qui a subi la grande Révolution fut guillotiné !

- Pauvre Louis XVI, rajoutais-je alors. Il était trop occupé à démonter les
serrures, boire le bon vin, grignoter les jambons, les fromages et à se divertir avec des morceaux de ferraille. Il est mort à 39 ans, il n’a connu que Marie-Antoinette qu’il a eu, d’ailleurs, beaucoup de mal à ……effleurer…..et à engrosser ! Quel labeur ! Quelle sottise ! Quel benêt, ce roi ! Il aurait pu mourir puceau, ce cornichon !

- Donc, disait-elle, s’il était un coureur de jupon, il n’aurait, sans doute, jamais été victime de la colère de ses su-jets ! Ou bien, il l’aurait retardée cette Révolution ! Comme quoi, l’histoire de France, vue sous cet angle anecdotique, n’est pas plus mal. Elle devient plus vivante et plus charmante et séduisante ! Le charme de l’Histoire, ce sont les anecdotes insolites, croustillantes, invrai-semblables et pourtant vraies qui la composent, et non forcément les dates.

- Les deux versions de l’Histoire sont nécessaires, lui répondis-je. L’histoire, la petite histoire, anecdotique, marrante, remplie d’humour palpitant et ses dérisions captivantes, est complé-mentaire à la grande Histoire avec un grand H. Cette dernière obéit, évidemment, à une démarche scientifique (constats, analyses, critiques) et au doute méthodique qui lui sont propres ».

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Sharon-Wesley m’avait aussi ra-conté que sa grand-mère maternelle qu’elle a eue l’occasion et la chance de connaître, a été une des survivantes de la tragédie du Titanic, ce paquebot qui avait sombré au cours de son voyage inaugural, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. C’était la catastrophe maritime la plus médiatique de tous les temps, à défaut d’être la plus meurtrière (1502 victimes). Elle compléta en me narrant avec émotion, que son grand-père paternel fut un rescapé de la nuit du 7 mai 1915, au début de la Première Guerre mondiale quand le paquebot britannique Lusitania, en provenance de New York, a été coulé par un sous-marin allemand.

« - La vie est-elle aussi liée à la chance ou au hasard ? me disait-elle. Comme notre rencontre d’aujourd’hui ! Effet du hasard ? Signe du destin ? Ou simple coïncidence ? Aventure d’une semaine, romance d’un mois ou amour d’une vie ? Quelle qu’elle soit, il faut vivre cette occasion pleinement, car la vie est bien courte sur Terre, et la seule chose dont nous pouvons être certains, c’est que nous naissons et nous mourrons, le reste n’est qu’une histoire de points de vue, de représentations mentales et d’explications !

- C’est tout à fait vrai ! Même les limites entre les notions de Bien et de Mal sont tellement ambigües ! Tout dépend des critères mis en place par les différentes civilisations. Même les grandes civilisations et des sociétés naissent, atteignent leurs apogées et meurent à leurs tours pour laisser la place à d’autres. Rien n’est figé dans le temps. Tout évolue ! Tout est relatif ma chère amie, lui lançais-je alors ! Et c’est pour cela, qu’il faut vivre la vie pleinement comme un être Carpe diem ! »

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Cette conversation que j’avais eue avec cette fille, je m’en souviens comme si c’était hier. C’était aussi pour moi, je me rappelle comme dans un film, l’occasion idéale de lui raconter avec certainement, une naïve fierté, que parmi mes propres ancêtres figuraient, selon la légende et la glorieuse mémoire des aïeux, des ancêtres aventuriers qui se sont transmis le goût de la quête de l’inconnu et la soif de l’aventure de génération en génération. Un d’entre eux faisait partie de l’expédition de Bartolomé Dias et disparut dans une tempête au large du cap de Bonne-Espérance en 1488. Un autre, bien avant lui, parcourut la route de la soie et avait eu l’occasion de rencontrer, toujours selon la mémoire ancestrale, Marco Polo et ses frères à la cour de l’empereur mongol Kubilaï Khan, auquel il avait donné une profusion de détails sur la Chine et sur d’autres pays asiatiques : Siam, Japon, Java, Cochinchine, Ceylan, Tibet, Inde et Birmanie, en 1290 déjà, informations qui ont aidé Marco Polo à rédiger « le Devisement du Monde ».

Enfin, un autre encore aurait rencontré Vasco de Gama en 1498 à Calicut et serait devenu son grand ami. Il aurait fait, accompagné d’un de ses fils naturels, les voyages de retour en tant que marin sur les caravelles, jusqu’à Lis-bonne en 1499 et en 1502, et, aurait considérablement aidé le navigateur portugais alors nommé vice-roi des Indes, dans ses derniers moments alors qu’il agonisait en 1524 dans la ville indienne de Cochin. Son fils naturel aurait, quant à lui, fait partie de l’expédition de Pedro Álvares Cabral et aurait, à ses côtés, dé-couvert le Brésil le 22 avril 1500. D’après son témoignage, on aurait su que pour éviter les tempêtes et les calmes plats, Cabral aurait choisi une route plus à l’ouest que celle suivie par Vasco de Gama, mais les vents et les courants firent dériver ses vaisseaux encore plus vers l’ouest. Cabral atteignit l’actuelle région de Bahia, au Brésil. Après avoir pris possession de la région au nom de Manuel Ier, il envoya un vaisseau commandé par cet ancêtre aventurier, porter la nouvelle de sa découverte au Portugal.

« - Légendes historiques ou réalités romanesques ? Me demanda la charmante demoiselle.

- Qui sait ? Lui répondis-je. Ce sont les mystères et les énigmes de l’histoire qui génèrent les mythes, à travers la transmission orale, pour préserver la mémoire des aïeux. La généalogie est tellement aléatoire et complexe ! En tout cas, ces gens ont vécu leurs vies respectives pleinement, et ils ont été dignement immortalisés à travers la mémoire familiale pour alimenter les anecdotes historiques ! Toutes ces chroniques et ces périples ont été transmis oralement de génération en génération à mon arrière-grand-père, qui lui-même les a racontés à son propre fils (mon grand-père) qui me les avait, à son tour, narrés les soirs, quand il me racontait dans mon enfance, les contes et les légendes, à Hell-Ville...Mais tout cela est tellement loin maintenant, mais si présent et immortalisé dans ma mémoire ! Je me souviens aussi que mon grand-père m’avait dit qu’il avait eu l’occasion de lire dans un journal de 1927, qu’un voyageur avait emmené en décembre 1927, sur l’île de Nosy-Bé, l’histoire magnifique du Français Charles Lindbergh qui avait effectué, le 10 mai de la même année, le premier vol transatlantique, sans escale et en solitaire, entre New York et Paris, à bord du Spirit of Saint-Louis. Il m’avait parlé des anecdotes historiques qu’il disait avoir tenu de son propre père, lorsque celui-ci était encore marin à bord des boutres. Il m’avait dit que son père avait appris - à travers la communication avec le Contre-amiral, Henri Louis François de Parseval, commandant de la canonnière le Scorpion, qu’il avait croisé lors d’une escale au Cap de Bonne Espérance en 1916, - l’exploit réalisé par Louis Blériot, à bord du Blériot XI, le 25 juillet 1909. Cet ingénieur français a été le premier à traverser la Manche (Calais à Douvres). Il m’avait aussi raconté la performance d’un des pionniers en aviation, en 1912, du Français Roland Garros qui avait traversé la mer Méditerranée.

- C’est intéressant, me disait Sharon-Wesley. C’est très enrichissant de savoir que les informations et les con-naissances pouvaient circuler à travers les mers et les airs pour atteindre différentes contrées lointaines, et combien la notion de distance était devenue relative. La mémoire des Anciens était solide ! poursuivait-elle. Les informations circulaient déjà d’un continent à l’autre à l’époque, grâce à la révolution maritime, les bateaux à vapeur et au développe-ment du chemin de fer !

- Nos ancêtres ont pris le temps, poursuivais-je donc, de nous transmettre au-delà des vraies valeurs et des honnêtes sagesses, tous les grands événements et les exploits d’une sacrée époque ! A nous d’en prendre soin et d’en être fiers et dignes évidemment, de cette mémoire ancestrale. L’histoire est une reconstitution du passé par la mémoire orale et écrite ! Chaque personne âgée qui meurt emporte avec elle, une bibliothèque entière de connaissances, de réflexions philosophiques et des leçons de sagesse.

- La généalogie est aussi magnifique et offre de nombreuses anecdotes historiques croustillantes poursuivit Sha-ron-Wesley. Par exemple, un professeur-chercheur passionné par les lignées royales m’avait raconté qu’Agnès Sorel, maîtresse du roi Charles VII, Diane de Poitiers, maîtresse du roi François Ier et de son fils Henri II et Gabrielle d’Estrées, maîtresse du roi Henri IV ont toutes en commun le privilège d’être les ancêtres du roi Louis XV par sa mère Marie-Adélaïde de Savoie ! La généalogie nous montre aussi qu’Aliénor d’Aquitaine, mal-gré son divorce avec le roi Louis VII, reste quand-même par sa descendance anglaise et son second mariage avec le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, l’arrière-grand-mère du roi Louis IX (Saint-Louis) et donc, la grand-mère de Blanche de Castille (mère de Louis IX) ! L’étude de filiation nous révèle aussi que Catherine de Médicis, femme d’Henri II et la maîtresse de celui-ci, Diane de Poitiers étaient des arrière-cousines germaines ! L’épouse d’Henri II et sa maîtresse avaient le même arrière grand-père Bertrand VI de la Tour ! Autre anecdote croustillante : Le Grand Dauphin, fils de Louis XIV n’a pas plus d’arrière-grands-parents que de grands-parents. Etant donné que ses parents (Louis XIV et Ma-rie-Thérèse d’Autriche) étaient des doubles cousins germains, Louis le Grand Dauphin n’a que quatre arrière-grands-parents au lieu de huit. Et on peut les citer : Henri IV et Marie de Médicis (parents eux-mêmes de Louis XIII et d’Elisabeth de France) et Philippe III d’Espagne et Marie-Marguerite d’Autriche (parents eux-mêmes d’Anne d’Autriche et de Philippe IV d’Espagne). En 1615 il y eut un premier mariage croisé : Louis XIII et Anne d’Autriche se sont mariés ainsi que Philippe IV d’Espagne et Elisabeth de France… et en 1660, les alliances matrimoniales arrangées se sont poursuivies avec le mariage de Louis XIV et Ma-rie-Thérèse d’Autriche ! Louis le Grand Dauphin qui est né en 1661 de l’union de ces deux derniers et mort en 1711, n’a jamais régné sur le trône de France, mais fut fils du roi Louis XIV et père du premier roi Bourbon d’Espagne, Philippe V ! Alors une passion est peut-être le juste milieu entre les authenticités romanesques et les mystifications historiques. Quelle est la part du réel dans les mythes millénaires et les légendes ancestrales, quelle est la part de l’imaginaire et des mystères dans l’Histoire officielle ? Où est le juste milieu entre la légende et la vérité ? La question se pose et pourtant, les mystères et les anecdotes historiques nous font tant rêver et voyager dans le Temps à la découverte des coulisses secrètes et des labyrinthes confidentiels des châteaux de France et d’Europe ! Les dédales de l’Histoire sont remplis de mystères et d’énigmes ! »

Et, c’est sur ces digressions entre cette petite étudiante anglaise - blonde, émouvante et douce, aux yeux vert-noisette - et moi, et, une visite de l’Histoire, vue différemment - dans la bonne humeur, le fou-rire, l’extase, l’excitation - que j’avais vu les lumières de l’île la Réunion, la première fois, il y a déjà 49 ans de cela ! Cet espace insulaire, illuminé par des lumières de toutes les couleurs, brillant comme un sapin de Noël dans la nuit noire, cet îlot de richesse dans un océan de pauvreté faisait naître dans mon cœur, des élans d’ambitions accompagnés de forces intérieures intrépides. Mes yeux s’illuminaient en voyant ce rocher volcanique étincelant qui émergeait dans l’océan Indien, ressemblant à plusieurs gouttes d’encre multicolores versées sur du papier blanc.

Ce 21 avril 2043, après avoir passé un long moment à ressasser mes souvenirs, j’ai fini par fermer les yeux, en rêvant encore, tout au long de mon vol au 10 août 1994. J’étais un peu abasourdi quand Eléonore, Vijay et Kareena me réveillèrent presque en chœur lors de l’atterrissage. J’étais très heureux, après avoir quitté mon île d’enfance de retrouver mon île de cœur, mon île adoptive, l’île de La Réunion où s’est aussi écrite la deuxième partie de mon histoire : mes années de formations mais aussi mon parcours de vie.

Chapitre XV

La petite île de La Réunion, je la porte dans mon cœur comme un médaillon. Et, pareillement à l’île de Nosy-Bé, j’aime beaucoup cet espace insulaire adoptif qui est ancré dans l’océan Indien, où baignent - dans le blanc des vagues et la force incolore des Alizées, entre le bleu de la mer et le rouge du volcan et des flamboyants, entre le vert des cryptomerias et des tamariniers, et même, depuis 2025, le blanc de la neige - les peurs des uns et les espoirs des autres.

L’histoire de cette île splendide - autrefois, d’abord connue sous le nom arabe de Dina Margabim, puis nommée Bourbon par les Français, ou encore île Bonaparte - renferme presque 600 an-nées de chroniques politiques, économiques, culturelles et sociales remplies d’événements que chaque Réunionnais natif ou adoptif a appris à ne plus nier, ni ignorer. Chaque Réunionnais est désormais détenteur de son histoire passée et des « splendeurs et des misères » qui la composent. Car, c’est de cette façon, qu’il a réussi à mieux se connaître, pour pou-voir s’affirmer et saisir son identité insulaire, sa fierté française, sa notoriété et son appartenance à la communauté de citoyens d’une région ultra-périphérique européenne.

Par ailleurs, il est fier et n’éprouve plus de honte à mettre en valeur - à travers la coiffure, la musique, les vêtements - ses racines africaines, (angolaise, mozambicaines, zanzibarites, malgaches) ainsi que les influences asiatiques (culinaires et spirituelles) qui ont contribué, à enrichir son parcours identitaire et mentale, et qui lui ont appris à relativiser les échecs, à en tirer les leçons, tout en persévérant dans ses efforts et prospérant dans ses ambitions et ses rêves pour demain.
Je termine par la phrase remplie de sagesse, de mon grand-père paternel Selman Raja Chahar Khan :

« L’instruction et la culture donnent de la dignité à la pauvreté, de la force et du respect à la tolérance, de la grandeur et des ailes à la liberté et, de la sagesse à la raison ».
Après 1994, c’est sur l’île de La Réunion que s’est écrite la suite de mon histoire, mes années de bonheurs en tant qu’étudiant, en tant que fondateur d’une famille et, en tant que professeur. Je rends hommage à cette île qui est deve-nue mon île porte-bonheur.

A l’aéroport de La Réunion le 21 avril 2043. Vijay, Kareena et Eléonore me donnèrent leurs impressions sur ce voyage a Nosy-Bé, qu’on venait de réaliser ensemble.

« - Ce voyage qu’on vient de faire à Nosy-Bé, me dit Vijay nous a vraiment plu et a été très instructif pour notre identité.

- Tu sais papa, poursuivit Kareena. Ce n’était pas un voyage banal et touristique ! C’était un voyage dans le temps, à contre-courant. Papa, tu nous as permis, à travers ta mémoire, de braver l’irréversibilité du temps qui s’écoule et de le remonter grâce à l’autopsie de tes souvenirs.

- Qui a dit que remonter le temps c’était impossible ? Continua Eléonore.

- Merci surtout, à vous les enfants de m’avoir permis de repartir sur les traces de mon enfance et quelque part de votre histoire ! Ce voyage fut merveilleux et c’est le plus beau cadeau d’anniversaire que j’ai eu.

- C’est avec joie que nous te l’avons offert, dirent les enfants. Ton passé, c’est vrai, c’est aussi notre histoire…et de plus, nous avions pu mettre des images, des paysages sur ton histoire et sur ce que tu nous avais raconté …Nous pourrons à notre tour, transmettre cette mémoire à nos propres enfants…

- Un jour, comme vous me l’aviez suggéré lorsqu’on a visité le cimetière à Nosy-Bé, je coucherai par écrit, cette magnifique aventure que je viens de vivre avec vous, dans les couloirs du temps et dans le sas de mes souvenirs. Ça me permettra d’occuper mon temps, pendant cette (j’espère !), longue retraite qui commence. »

J’étais content de retrouver ma maison. Plus que les pyramides d’Egypte ou les statues géantes moai, les mégalithes de l’île de Pâques, plus que les énigmes françaises - comme celles du vrai sexe du chevalier Charles Geneviève d’Eon, de Bernadette Soubirous ou l’assassinat éventuel de Napoléon Bonaparte - ou encore les arcanes mondiaux, comme celui du mythe de l’Atlantide, celui des messages impénétrables des Crânes de cristal, celui du Triangle des Bermudes, du monstre de loch Ness, des mystères des Templiers, de Rennes-le-Château, de la bête du Gévaudan, des Mystères archéologiques en Egypte, du suaire de Turin et des sociétés secrètes - j’ai toujours été fasciné par la construction des châteaux forts au Moyen-âge (XIème siècle-XIVème siècle). Ces forteresses militaires, ces centres de domination sur la paysannerie, ces cellules de pouvoir et ces lieux de vie pour les seigneurs - comme Gisors et Château-Gaillard en Normandie, Bonaguil dans le Lot-et-Garonne - m’ont toujours séduit. A cela, il faut ajouter, les châteaux de la Loire sous la Renaissance datant du XVIème siècle comme celui de Chambord, qui est le symbole du renforcement de l’autorité royale et un lieu des festivités du Valois François 1er, de ses favorites et de sa cour nomade, mais aussi un théâtre de guerres de religions sous Hen-ri II et Catherine de Médicis. Ces châ-teaux m’ont toujours envoûté. Et, évi-demment, celui qui reste insolite est le château du Roi-Soleil des XVIIème-XVIIIème siècles. Versailles ! Comme les autres châteaux, je l’ai visité en 2014. C’est paradoxalement, non seulement, le symbole par excellence, de l’apogée de la monarchie absolue de droit divin et de l’affirmation de l’autorité, et de la centralisation du pouvoir par le descendant des Bourbons Louis XIV, mais également, l’emblème de la décadence et de la chute brutale de la monarchie française, d’abord sous Louis XV et surtout sous Louis XVI et Marie Antoinette d’Autriche durant la Révolution. Cette Histoire de France, quelle belle Histoire ! Elle m’a toujours charmé, elle m’a toujours ensorcelé. Elle est magnifique et c’est notre fierté. J’avais fait faire des répliques architecturales entières de ces châteaux, en format réduit pour mes petits enfants. Ces répliques trônaient majestueusement dans notre cour. Sur le mur de notre jardin, sur la façade de la maison, et du sol de la terrasse, des trompe-l’œil apportaient une touche particulièrement ravis-sante et conviviale à notre de-meure…Durant toute ma vie, j’ai essayé de vivre et réaliser chacun de mes rêves jusqu’au bout car je sais que la Vie est courte et que, comme le disait si bien Victor Hugo « On passe une moitié de sa vie à attendre ceux qu’on aimera et l’autre moitié à quitter ceux qu’on aime. »

Manuscrit de Amith-Kumar Raja-Chahar-Khan, année 2043.

Extrait du roman Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire de Tamim KARIMBHAY.

http://www.thebookedition.com/annee-2043--autopsie-d-une-memoire-de-tamim-karimbhay-p-56300.html

http://www.critique-livre.fr/histoire/auteur-francais-en-k-karimbhay-tamim/







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