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Jeannette Rifosta, une femme d’action se raconte


Interviewée dans le cadre du projet "Réunion qui es-tu ?", Jeannette Rifosta, née le 27 février 1955 à la Ravine des Cabris, se raconte : « Le mot « métissé » convient bien. Du côté de mon père, on a de la famille blanche et chinoise, et de la famille indienne du côté de ma maman. Je représente l’histoire de la Réunion à moi toute seule ! »


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Jeannette RIFOSTA
Photo : Emmanuel Blivet

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Jennifer Vignaud : Comment vous décririez-vous en quelques mots ?

Avec moi, tu ne passes pas n’importe où, n’importe comment ! (rires) Je ne sais pas si j’ai un grand cœur, mais j’ai des mains et des bras, et si je peux les ouvrir pour t’inviter à y venir, je le ferai. Peu importe pour qui. Si on m’appelle, je viens. Je fais ce que je peux. Je ne suis pas Sainte Jeannette, je suis Jeannette tout court ! (rires)

Quels sont vos passions et vos loisirs ?

Une de mes premières passions, c’est le contact avec l’autre et l’écoute. C’est le plaisir d’être ensemble ! Mes maîtres-mots sont le partage, la convivialité, le respect et l’amour avec un grand « A ». Vous n’êtes pas obligés de m’aimer, mais vous êtes au moins obligés de me respecter.
Et puis, il y a la danse et le chant sous toutes leurs formes, et la marche aussi. Je m’arrête là parce que sinon, je n’aurai pas assez de temps pour vivre ! (rires) J’ai un emploi du temps bien chargé : le lundi et le jeudi, je fais le fitness et la cardio. Le mardi, c’est la country, etc.

Quelles sont les choses que vous n’aimez pas ?

La violence sous toutes ses formes. S’il y a de la violence, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. À quoi sert un coup de poing ? On pourrait s’asseoir et discuter, dire ce qu’on a à dire. Cette violence envers nos aînés, c’est une catastrophe. Il n’y a plus de repères ni de respect. Quand il y a de la violence à la télévision par exemple, j’éteins. Quand il y a des reptiles ou des serpents, j’éteins aussi. Paradoxalement, quand j’ai vu des reptiles à Madagascar, je les ai trouvés jolis ! (rires) J’étais avec des enfants, ils jouaient avec, et c’était beau.

Quelle est votre plus grande peur ?

C’est l’être humain. Un animal, si je lui donne un coup de pied, il s’en va ; ou alors c’est moi qui cours. Tandis que l’être humain dans la « connerie », je ne peux pas.

Quel est votre plat préféré ?

Je suis apparemment une grande cuisinière ! (rires) Dans mes recettes de base, il y a un bon carry poulet pays. On cuit la poule ou le coq au feu de bois du matin jusqu’à midi. On sert avec un grain vert et un rougail mangue. Puis, un bon gâteau manioc ou un bon gâteau patate fait maison, et c’est bon ! Le secret, c’est la patience ! Une de mes dernières recettes, c’est le boucané aux brèdes pet-saï (un chou de Chine). Une fois, j’ai eu une invitée imprévue, et je n’avais pas assez de carry. Je me suis demandé comment j’allais faire… J’avais un peu de boucané et des brèdes. J’ai pris les brèdes qui étaient en train de cuire, et je les ai vidées dans le boucané. J’ai laissé mijoter. C’était un délice et aussi une nouvelle recette ! La dernière fois que je l’ai faite, c’était pour un repas-partage. Une dame du Tampon en a eu les larmes aux yeux, et elle m’a demandé mon secret. C’était une dame chinoise, ça devait lui rappeler son enfance.

Quel est votre livre préféré ?

J’ai oublié le titre… C’est l’histoire d’un enfant battu par ses parents.

Quelle est votre musique préférée ?

J’aime tout, parce que la musique est universelle. J’ai toujours adoré les chants grégoriens. J’écoute ça dans la voiture, et les gens me disent à chaque fois : « Mais ça va pas ? Tu penses que tu es morte ou quoi ?! » (rires) Je réponds que ça me détend. Je ne vois pas la mort à travers ces chants. De toute façon, si je meurs, il faudra mettre de la musique ! (rires) J’aime aussi tout ce qui est africain, les rythmes entraînants.

Pouvez-vous nous parler des plantes médicinales ? Avez-vous une recette à conseiller ?

Lontan notre médecin était à Saint-Pierre. Quand quelque chose n’allait pas, on utilisait les cœurs de cerises par exemple, ou bien différentes feuilles pour soulager. Je le fais encore. Je regarde les tisanes à la pharmacie et je me rends compte que j’ai tous les ingrédients à la maison, alors pourquoi aller acheter ? Pour la grippe, on utilise la cannelle, la citronnelle, un zeste de citron ou d’orange et un peu de miel. Il n’y a pas mieux ! Ensuite, et pour les adultes uniquement, on se met sous une couverture et on prend un peu de rhum pour bien transpirer.

Quelles sont vos origines ?

Mes parents sont originaires de la Ravine des Cabris. Mon père était cultivateur propriétaire, et ma mère femme au foyer avec dix enfants à charge. Tout le monde était ensemble et on s’entraidait beaucoup. Je n’avais pas l’impression que c’était un travail difficile. Je sais que dans mes origines lointaines, on était bien mélangés. Le mot « métissés » convient bien. Du côté de mon père, on a de la famille blanche et chinoise, et de la famille indienne du côté de ma maman. Je représente l’histoire de la Réunion à moi toute seule ! C’est lourd, mais c’est agréable. De tous mes frères et sœurs, je suis la seule à être comme ça.

Quel est votre tout premier souvenir ?

Mon plus vieux souvenir n’est pas très gai : c’est la mort de mon petit frère. Je pense qu’il a eu la maladie bleue. Maman est descendue en disant que mon frère n’était pas très bien, et elle est partie chez le docteur. Quand elle est revenue, on a installé mon petit frère. J’étais petite, je n’ai pas compris pourquoi on le mettait dans une boîte. On en a discuté. À ce moment-là, j’ai trouvé que la vie était injuste.
Un autre souvenir, c’est les tantes qui allaient acheter nos petites poupées en plastique pour Noël. On avait aussi des balles de letchis. Mon parrain, qui avait un champ, donnait des letchis à mon papa. C’est pour ça que j’adore mon pied de letchis aujourd’hui… Je me rappelle aussi qu’on tuait le cochon la veille pour Noël et le jour de l’An. On préparait le boudin, le graton, ces choses-là… On était contents ! Ce sont des bons souvenirs.

Quelle éducation avez-vous reçue ?

Il y avait beaucoup de valeurs. On était dix enfants en tout, dont un qui est décédé. En tant que filles, on n’avait pas le droit de sortir quand on voulait, où on voulait, ni d’aller au bal. MON PERE était cultivateur propriétaire, et il touchait les sous en fin d’année. On attendait avec impatience des souliers, une robe, des choses comme ça ! Il faut s’imaginer la gestion sur l’année que maman devait faire ! On mangeait de la viande une fois par semaine. La volaille, c’était le week-end, sauf s’il y avait du monde. Il n’y avait pas de boissons non plus : tu prenais tes mangues, tu les écrasais et tu faisais ton jus. De la même manière, on faisait nous-mêmes les confitures avec le fruit à pain, la patate, la mangue ou l’écorce de pamplemousse. Aujourd’hui, j’essaye de transmettre ça ici et ailleurs.

Quels étaient vos rêves d’enfant ? Les avez-vous réalisés ?

Je voulais réussir dans la vie pour faire plaisir à mes parents. Je souhaitais être professeur de maths, physique et chimie. Mais comme mes aînés étaient déjà passés par cette filière, le conseiller principal d’éducation m’a dit que pour moi, ce serait la filière sociale. J’ai pleuré, je ne comprenais pas. Mais il avait peut-être raison, puisque je suis dans le social depuis ce jour ! (rires) J’avais peut-être déjà une certaine finesse avec les gens, que je ne percevais pas encore.

Quels évènements ont marqué votre vie ?

Le premier gros évènement a été le fait d’avoir mon boulot. Surtout que j’ai commencé à l’APECA à dix-huit ans. C’était vraiment dur là-bas. Il y avait des gens qui voyaient leur famille peut-être une fois par an, et encore… Mais quelles valeurs il y avait là-dedans ! Plus tard, on n’y a vu que le côté maltraitance, mais non ! Quand je travaillais avec les filles, on se levait à 5 heures du matin pour nettoyer et préparer le petit-déjeuner. Tout était nickel. Vous alliez à l’école, vous faisiez des activités, on tuait le cochon… Et les plus beaux choux à la crème, c’est à l’APECA que je les ai mangés ! Pareil pour les gâteaux de pain. Les sœurs faisaient ça avec les enfants. C’est l’APECA qui m’a formée. J’ai trouvé beaucoup de valeurs là-bas.
Le deuxième évènement a été ma voiture et mon compte en banque. Wahou, là on est quelqu’un ! (rires)
Le dernier événement marquant a été la mort d’un de mes frères il y a quelques années. Je ne m’y attendais pas, je l’avais vu la veille. Il a fallu se ressaisir et aller de l’avant.

Quel est votre meilleur souvenir ?

C’est la famille que j’ai. Ils sont là pour m’épauler : si je tombe, ils me relèvent. Cette relation qu’on a créée avec mes trois enfants et mon mari est basée sur la solidarité, la convivialité, l’amour. Si on n’arrive pas à le faire entre nous, on ne pourra pas le faire ailleurs avec d’autres. Au début, quand mon mari voyait que je donnais autant aux autres, il ne comprenait pas. Et puis un jour, il est arrivé dans un lieu où on était invités pour un baptême. Quand il est entré et a vu l’accueil qu’il a eu, il s’est mis à pleurer, et il m’a dit : « Je comprends mieux, maintenant. » On ne le connaissait pas, mais il venait avec moi. Et si tu vas avec Jeannette quelque part, tu es Jeannette bis, et on te recevra toujours bras et mains ouverts !

Quel est votre pire souvenir ?

La mort de mon frère. Il était jeune et a laissé quatre enfants. Mais c’est la vie. Il faut passer par là, on n’a pas le choix.

Quand avez-vous ri pour la dernière fois ?

Pas plus tard que tout à l’heure… Je ris tout le temps ! Le rire, c’est un tout. Une fois, je suis partie en métropole avec les personnes âgées. Dans une des maisons de retraite, la directrice m’a dit : « Jeannette, je te remercie. Je n’ai jamais vu ces résidents aussi heureux et rire autant. » Elle croyait bien faire en me disant quelque chose comme ça. Mais moi, j’étais choquée. Je lui ai répondu : « Je peux me permettre de te dire quelque chose ? Change de boulot ! » Elle m’a demandé pourquoi. Je lui ai expliqué : « Quelqu’un qui ne rit pas, ce n’est pas normal. » Au moins un sourire... Si tu ne ris pas, je vais venir vers toi pour savoir ce qui ne va pas !

Quand avez-vous pleuré pour la dernière fois ?

Pour la mort de ma maman. Il y a eu aussi le moment où ma fille est revenue à la Réunion, et qu’elle avait eu ses diplômes. Là, j’ai pleuré de joie. Je suis quand même assez sensible : un petit quelque chose suffit à me faire verser une larme.

Que changeriez-vous dans votre vie si vous pouviez remonter le temps ?

Je ne changerais pas grand-chose. La vie est un perpétuel combat. Je ne peux qu’ajouter ma pierre à l’édifice.

Pouvez-vous me parler de votre métier ?

Je suis monitrice éducatrice de formation et je m’occupe actuellement des personnes âgées. Depuis toute jeune, je fais du social sans le savoir, puisque qu’on nous a toujours dit à nous, Créoles, de rendre service à nos camarades. J’ai aussi été secrétaire médicale. Dans le dernier foyer où j’ai travaillé, le foyer de Terre Rouge, j’avais une troupe de jeunes de danses et chants traditionnels. À mon grand étonnement, les plus âgés sont venus vers moi me demander pourquoi les plus jeunes faisaient ça et pas eux. Ça a été une grande claque, je ne m’y attendais pas du tout ! J’ai alors créé une autre troupe, et j’ai jonglé entre les deux. On a fait des concours de danse et de maloya. On a eu des prix ! Et puis, on a monté la troupe de chants et de danses traditionnels intergénérationnelle : la plus jeune a quatre-vingt-sept ans cette année, et la plus vieille quatre ans ! (sourire) J’ai commencé avec les personnes âgées et les jeunes, et je mourrai de cette façon ! (sourire)

Que pensez-vous du travail ?

Le travail, c’est montrer que je suis utile. C’est un tout par rapport à tout ce que je vois et que j’essaye de donner. C’est surtout tout ce que les autres me donnent. Je vois tellement de souffrance que mon travail me permet de capter toute la richesse qu’il y a autour de nous ! Cette richesse, on a tendance à l’oublier, voire à la banaliser. On met très vite aussi une étiquette sur la tête de quelqu’un, mais je ne suis pas d’accord !

Que pensez-vous de l’argent ?

L’argent est un support dans ma vie. Peut-être que si je n’en avais pas eu, j’aurais aussi fait avec. Mais j’ai toujours travaillé pour en avoir. Mes parents ont travaillé aussi, mais je n’avais pas d’argent chez eux. Pour autant, je n’étais pas malheureuse. L’argent est un complément dans la vie. Il ne faut pas se dire que c’est un but, parce qu’une fois obtenu, tu n’auras peut-être même pas le temps d’en profiter. Je ne me focalise pas dessus.

Que feriez-vous avec un million d’euros ?

Je placerais cet argent et puis ce terrain à côté, c’est celui de mon frère. Je lui demanderais s’il veut bien me le vendre. S’il accepte, je ferais une superbe salle avec la possibilité de donner à nos aînés le loisir de venir échanger, faire des activités, causer. Ce serait bien s’il y avait des jeunes qui voulaient bien donner un petit coup de main. Parce qu’il y a trop de personnes âgées dans le dénigrement. Il faudrait que chacun soit acteur. Si tu viens chez moi et que tu n’as pas de sous, ce n’est pas grave, mais tu peux donner un coup de main.

Quelle est votre définition de l’amour ?

L’amour, c’est aider son prochain à parcourir le chemin, qu’importent les embûches !

Avez-vous un conseil en amour ?

La communication et le dialogue. Si vous êtes ensemble, c’est que vous avez envie d’être ensemble, de parcourir votre chemin.

Que représente la famille pour vous ?

C’est le socle, c’est primordial. Sans famille on n’est rien, on est mort. Que ce soit la famille biologique ou adoptive. Parce qu’on peut faire un enfant et le rejeter, mais d’autres le considèreront comme leur famille.

Quelle est votre définition de l’amitié ?

Un ami, c’est quelqu’un sur qui je peux compter dans les bons et les mauvais moments. Il ne faut pas juger les gens, on ne sait pas ce qu’ils peuvent vivre.

Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

Je voudrais qu’ils soient soudés. Et j’aimerais qu’entre les trois, s’il y en a un qui a moins et qui essaye de travailler pour avoir de l’argent mais n’y arrive pas, celui qui a beaucoup plus lui tende la main. Je ne parle pas forcément d’aspect financier, mais d’aider. L’être humain est quelque chose de tellement important. Je sais que le mal et le bien existent, mais arrêtez s’il vous plait de vous renvoyer la balle. La société, c’est toi. Commence par t’occuper de toi, et ensuite on verra.

Quelle est votre définition du bonheur ?

Le bonheur, c’est tous les jours ! Si je rencontre quelqu’un et que la personne rit avec moi et est heureuse, moi aussi je serais heureuse. Si quelqu’un a des difficultés et que je peux l’aider, c’est un bonheur pour moi. Le bonheur n’est pas centré sur moi, mais ouvert vers les autres. Si je suis ouverte aux autres, c’est peut-être aussi que je suis ouverte à moi-même.

Si c’était la fin du monde dans six mois, que feriez-vous ?

Je souhaiterais que tout le monde s’entende, même si ça peut paraître utopique. J’aimerais faire en sorte que les hommes politiques ou les décideurs fassent un peu plus de travail de proximité, pour que les gens soient un peu plus heureux. Je trouve que les valeurs se perdent. Quand tu casses un magasin, c’est pour manger, pas pour récupérer une télévision pour mettre dans ton salon… Il y a un souci là ! Où est l’éducation ? C’est pour ça que je voudrais que les décideurs viennent. Qu’on discute et qu’on écoute. Qu’on fasse ce que l’on peut, parce qu’on ne pourra pas satisfaire tout le monde. Mais si les gens se reconnaissent, il y aura ces valeurs, cette transmission, ces repères. Avec ça, on peut déjà faire beaucoup de choses.

Que pensez-vous qu’il y ait après la mort ?

C’est mon grand doute… Je ne sais pas. Personne n’est jamais revenu nous le dire, alors j’appréhende. Un jour, j’ai eu un reflux gastrique : j’avais beaucoup mangé, et à cause d’un problème hormonal, mon estomac n’était plus habitué et j’ai failli y passer. Je n’avais plus de respiration, j’ai vraiment cru que mon heure était arrivée. Maintenant, quand je mange un peu trop et que j’ai le hoquet, je redépose la nourriture. C’est mon alerte. Ça m’a appris à connaître mon corps, à écouter ce qu’il disait.

Pratiquez-vous une religion ?

J’ai eu une éducation libre. Ma maman est malbare. Du côté de mon papa aussi, j’ai de la famille malbare qui fait des services. On avait l’église pas trop loin, alors on était plus dans la mouvance catholique. Mais je suis catholique, je suis musulmane, et quand je m’en vais ailleurs, je passe partout et je suis bien. Je suis multi-religions car la base reste la même, seule l’interprétation change. Je crois en quelqu’un, peu importe le nom qu’on lui donne. Je me dis qu’il y a quelqu’un quelque part, parce qu’avec tout ce que j’ai vécu depuis mon enfance, c’est bien qu’on m’a aidée. Il faut qu’on s’accroche à quelque chose, parce que sinon, on est un mort-vivant.

Quel est le sens de la vie ?

Je me suis posé cette question plusieurs fois. Je regarde le ciel et je me dis que ce qui nous arrive n’est pas juste. On nous a envoyés ici pour repartir ensuite. Pourquoi ? Ensuite, je me dis que si je suis sur la Terre, c’est que je dois être utile à quelque chose. Il faut essayer de ne pas voir uniquement son nombril, de regarder autour de soi et d’accompagner les gens. Si je peux apporter ma pierre à l’édifice, je le ferai.

Si une fée apparaissait pour réaliser trois vœux, que lui demanderiez-vous ?

J’aimerais être plus riche en émotions. Je voudrais aussi être bien financièrement pour aider les gens dans le besoin. Je n’oublierais pas mes enfants, mais ce serait plutôt pour pallier toute cette pauvreté ambiante, qu’elle soit intellectuelle ou matérielle. Je lutterais contre la solitude et l’isolement qui tuent. Je demanderais à la fée de faire quelque chose pour que moi, je puisse faire quelque chose. Même si notre contribution est de cinq minutes par jour : invitez les gens pour les fêtes de fin d’année ! Allez les uns chez les autres ! Ce sont l’entraide et la solidarité qu’il faudrait remettre au goût du jour.

Quel message voudriez-vous donner au monde ? Aux futures générations ?

Ouvrez bien vos yeux ! Arrêtez de juger et de remplir vos poches ! Il y a des plus petits que vous, qui sont peut-être beaucoup plus riches que vous. L’argent fait peut-être le bonheur, mais pas éternellement. On ne part pas avec quand on meurt. Nous sommes tous égaux, ouvrons grands nos yeux !

Pouvez-vous me décrire la Réunion de votre enfance ?

Dans la Réunion de mon enfance, on se retrouvait tous assez souvent. On jouait entre enfants. On buvait du lait Nestlé. Si on avait faim, on arrachait un fruit à droite ou à gauche. On écoutait les parents. Quand notre maman nous disait : « Attention, ne fais pas ça ! », on craignait un petit peu. Notre maman ne nous frappait pas : elle nous attrapait l’oreille, et on avait déjà l’impression qu’elle nous la détruisait ! Notre papa ne nous frappait pas non plus ; il avait son vieux chapeau créole, et un coup suffisait.

Pouvez-vous me parler de la Réunion d’aujourd’hui ?

Avant, on était solidaires, on s’entraidait, on partageait. On a tendance à l’oublier maintenant, parce qu’il y a cette société de consommation. Mais c’est nous qui consommons… Alors, arrêtons !

Comment souhaiteriez-vous voir évoluer la Réunion ?

On devrait balayer devant notre porte avant de vouloir balayer ailleurs. Toute la richesse qu’on a chez nous, il faut la mettre en valeur et ne pas l’oublier. Il faut que nous marchions tous ensemble, main dans la main. Et que la Réunion soit quand même un peu plus tolérante. Qu’est-ce que ça veut dire, « chez vous » ou « chez nous » ?! Nous aussi, nous sommes en France et ailleurs. Ouvrons nos yeux et arrêtons de regarder les grosses goyaves d’ailleurs ! Nos petites goyaves à nous sont sucrées, roses et délicieuses.

Quel est votre endroit préféré à la Réunion ?

Chez moi ! (rires) J’aime bien aussi les coins retirés. Je pense que j’ai dû être campagnarde dans une autre vie. Cilaos et la Plaine des Cafres sont des endroits que j’aime. Même quand je m’en vais en métropole, qu’est-ce que je suis bien dans les campagnes !

Que pensez-vous du créole ?

Je suis fière de cette langue. Elle est à nous, il faut continuer à la transmettre. Mais il faudrait déjà que nous sachions l’écrire correctement. Je ne connais pas trop la question des graphies. Moi-même, je n’arrive déjà pas à lire le créole, alors que je le parle ! On devrait l’écrire comme on l’entend, je pense que ça passerait. Pour que les gens comprennent le créole quand je chante, je leur dis : « Les chansons créoles sont toujours imagées. » Les gens arrivent à répéter parce que je découpe la chanson, je fais des gestes, je montre, je mime. Je transmets tout ce que j’ai aux enfants et aux autres.

Avez-vous un message pour les Réunionnais ?

Que l’on n’oublie pas notre savoir-vivre et savoir-être. Les jeunes doivent avoir leur place dans la société, mais nos aînés aussi. Il y a un gros manque de considération à l’égard de ces derniers. Si tu as en face de toi une personne âgée, avec à ses côtés sa fille ou son garçon et un de ses petits-enfants, la personne âgée correspond aux racines, à côté c’est la branche, et enfin on a le bourgeon. Sans les racines, le reste ne peut pas vivre. Accueille-les comme elles sont. Il y a des personnes âgées qui sont plus jeunes que nos jeunes. C’est mon message ! (rires) Je voudrais aussi que les décideurs arrêtent de nous regarder avec des lunettes déformantes. Nous ne sommes pas des idiots. Ne comptez pas toujours sur les autres si vous voulez arriver quelque part.

Comment avez-vous vécu cette interview ?

Super ! C’était un bon échange. Ça va renforcer les autres quand ils vont lire ça ! C’est comme si je recevais ma famille : on échange entre nous, et c’est tout.


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